Le 15 Janvier 2016

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Ma première chasse avec les Cobras ne me valorisa pas. Jimmy me cantonna à l'observation. Je restai cloîtré dans la cabine du camion tandis qu'ils capturaient des goules. Ils considérèrent la journée comme bonne en prenant trois d'entre elles. Tuer ces monstres est bien plus facile. Les gars ne se rendent même pas compte du risque de contamination. Ils se protègent en multipliant les couches de vêtements mais je doute que cela suffise. De plus, ils prennent soin de ne pas abîmer leurs prisonnières et vont au contact pour s'en assurer. Je peux le dire : je n'ai plus envie d'y participer.

Le choix m'appartient-il seulement ?

Je ne possède aucun autre moyen pour accomplir mes objectifs. Je pourrai me satisfaire du nettoyage des légumes et de l'arsenal, tenter d'oublier les raisons de ma présence ici... je ressemblerai trop aux lâches que je hais tant.

Il faut voir une journée de cette chasse pour comprendre pourquoi je m'interroge. S'ils pouvaient courir à poil avec un lasso, ils le feraient ! Des cordes, des filets et un appât composent leurs pièges. L'appât en question est un Dingo, un volontaire pour attirer les monstres dans le traquenard. Ces fous doivent galoper vite alors ils ne s'embarrassent pas d'équipements trop lourd. Ils ne s'habillent du strict minimum pour ne pas s'encombrer. Toutefois, il leur reste un pistolet, en tout dernier recours. S'ils tombaient sur une horde, de toute évidence, ils courraient à leur ruine.

Bordel, tu sais quoi ? Jimmy m'a mis au parfum : si je souhaite encore chasser avec eux alors je serai le prochain Dingo. Dans deux jours, je chierai dans mon froc avec des goules collées au train.

« Paraît qu'ils aiment l'odeur de la peur ! »

J'en discutais vaguement avec Mickael et la distance prise à cet égard me dérouta. En mots clairs : il s'en branle. La production de liqueurs compte désormais plus que tout. Il se sent bien ici, les Cobras prennent soin de lui. Il ne dort déjà plus dans la cage et partage même sa nouvelle couche avec une des nymphomanes de la bande. Il me montra sa conquête et je me retiens encore de vomir. Imaginez : Pat, la quarantaine, des valises noires sous les yeux, maigrichonne au ventre gonflé par alcool. Ajoutez un sourire édenté accompagné d'une haleine de cimetière. Quand je la regarde, elle me donne l'impression de s'affaisser pour un jour disparaître et ne laisser qu'un tas de peaux fripées. Je ne sais pas comment fait Mickael pour y tremper sa queue. Je préférerais encore me masturber sur des cadavres de goules.

Clémence, jeune, belle, torride, me revient entière presque chaque soir. Elle me quitte à l'aube dans une vision d'horreur qui ne cessera jamais de me hanter. A vrai dire, je ne l'espère plus. Et je commence même à apprécier ses visites dans mes songes. La routine s'installe et me rassure, même sous un masque sanglant. Elle restera le meilleur souvenir de ma vie à Espoir et justifie à elle seule ma mission.

A bien y réfléchir, une femme comme elle à mes côtés transformerait l'homme que je suis. Mais rendons nous à l'évidence mon ami, il en existe pas d'autre. Je tomberai peut-être sur une Pat un peu plus bandante. J'abandonne définitivement les baisers sucrés et les seins fermes à la peau douce. Se profilent à leurs places les langues rugueuses et les chairs flasques aux effluves rances. Quel délicieux avenir se dessine devant moi ! Ma récompense si je survis à l'épreuve du Dingo !

Je regarde plus loin pour trouver la force et le courage. Je ferme les yeux et je distingue un visage apeuré, implorant un pardon que je refuserai.

Ma cruauté bouillonne en silence Michel, tu ne paies rien pour attendre. Ton heure viendra du bout de mon canon. Mickael a raison, te tuer ne me soulagera pas mais me procurera du plaisir. Si je dois passer ma vie à baiser des laiderons, autant goûter à l'extase une dernière fois. Aujourd'hui, plus que jamais, je comprends les bandits.

Je parviens à imaginer la jouissance dans le meurtre. Tellement facile et tellement immédiat. De l'autre côté, les voies de la paix me torturent de longueurs, de déceptions et de douleurs. Quelle aisance à s'abandonner aux plaisirs du sang et de la violence. Combien de temps vais-je résister ? Quand serai-je l'un de ces monstres ?

Mickael ne m'aide pas beaucoup sur ces questions. Il prétend que je suis le seul à pouvoir y répondre, le seul à pouvoir faire le travail. Il pense pouvoir me prêter assistance en aiguillant ma réflexion et quelques mots reviennent dans son discours : résistance ou démission, volonté ou défaillance. A la fin n'apparaît qu'un choix, celui de vivre ou de mourir. Lui ? Il lâche l'affaire. Il me le fit clairement comprendre. Nous n'emprunterons plus les mêmes chemins. Il ne renonce pas pour autant aux liens tissés, il cessera simplement de me suivre. Il attendra la fin dans l'abandon et la toxicité de son nouveau foyer.

Pour le reste, je ne porte plus beaucoup d'espoir. Durant la chasse, dans le camion, je discutais avec Jimmy. Cela dura un bon moment et il aborda sans détour la raison de ma présence parmi eux. Comme je le soupçonnais, Crétin lui rapportait toutes nos conversations. Jimmy a l'âme d'un chef, il possède ce pouvoir secret de lire au travers des gens et de les cerner en un instant. Selon lui, ma quête s'annonçait peine perdue.

« Les Crânes sont la pire racaille sur cette foutue planète. Tu vois, nous, on capture les goules... Eux les fabriquent. Ils ne font pas de prisonnier ou d'esclave. Non, ils les contaminent volontairement pour les vendre aux Blouses peu avant la mutation. Paraît que c'est l'idéal pour étudier et le Docteur R paie vachement plus.

Il n'y a que les petites nanas toutes fraîches qui ont le droit à un autre traitement. Ouais, elles finissent comme esclaves sexuelles... Ah putain, je me demande si c'est pas pire que de tourner goule.

Un conseil : oublie les. Tous. »

Résistance, abandon. La vie, la mort. Je ne sais plus.



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