Le 30 Octobre 2015

16 5 0

Salut lecteur. Pour être tout à fait franc je ne sais pas trop par quoi commencer pour te décrire cette semaine. Il n'y a pourtant pas eu de grand chamboulement. Cependant, il a quelque chose qui me tracasse. Une idée qui fait son chemin dans mon esprit. Une idée qui me pousse à prendre une décision importante. J'ai la drôle d'impression qu'un truc me retiens , j'aime croire qu'il s'agit d'une intuition ou du sens du devoir envers Espoir. J'aime croire cela plutôt que d'admettre un manque de courage. 

Et si je commençais par le début, hein, tu en penses quoi ? Peut-être qu'en l'écrivant la situation me paraîtra plus claire et ma décision plus simple à prendre. La dernière fois que j'ai écris, j'étais dans les ruines de Le Roman. J'ai passé la toute la journée du lendemain à les parcourir pour comprendre ce qu'il s'était passé. J'ai découvert quelques indices et je sais maintenant que les bandits ont tué tout le monde. Enfin, ça me semble évident, le sang, les traces de combat... Et la place, je mettrai ma main à couper qu'ils les ont tous exécuté à cet endroit. Mais pourquoi ?

J'y ai réfléchi et deux explications sortent du lot. D'abord, je me suis dit qu'ils étaient peut-être cannibales et qu'ils allaient festoyer de la chair de nos amis. J'ai entendu des rumeurs autrefois concernant des hordes entières de mangeurs d'hommes. Mais ces bandes devraient être plus à l'Est et elles n'ont jamais menacé la région. Il y a même des zones radioactives par là bas, le voyage est très dangereux. A moins qu'ils n'aient déjà bouffé tout le monde par chez eux, il n'y a aucune raison de prendre de tels risques. Sauf si ils ont été chassés. Il y a quand même un truc qui ne colle pas : pourquoi avoir laissé les morts et abandonné les blessés aux flammes dans leurs autres attaques ? Peut-être qu'il y a deux bandes en fait. Avec un peu de chance on arriverait à les faire se bouffer entre eux. Ca serait marrant mais trop beau pour être vrai.

La deuxième version serait de se servir des ces corps comme appât pour les goules, histoire de pourrir la région. Je l'ai déjà expliqué la semaine dernière mais même dans ce cas de figure, ben il y a un truc qui me chiffonne. Pourquoi contaminer une région de ces monstres dans laquelle ils vivent aussi ? Ils se tireraient une balle dans le pied et, passe moi l'expression, c'est complètement con. Alors soit ils disposent de grandes réserves, soit ils ont l'intention de bouger. Ils nous laisseraient là, assiégés par une armée de monstres affamés. Bon, les bandits y perdraient leurs butins mais tiendraient leur revanche de la plus cruelle des manière. Enfin, il faut vraiment qu'ils aient une dent féroce contre nous et qu'ils ne supportent pas le goût de la défaite. Quelque part, je jubile de pouvoir provoquer ce genre d'effet.

En vérité, je n'ai toujours pas la moindre idée de ce qu'ils manigancent. J'en ai un peu discuté avec les autres vigies à mon retour mais nous en savons trop peu. Sinon, la semaine a été calme. Pas un bandit et pas l'ombre d'une goule. J'ai passé mes quelques soirée de libres à boire des trucs artisanaux avec mon pote Mickael. Des liqueurs corsées de sa fabrication, des trucs à réveiller un mort pour le re-tuer dans la foulée. Pouah, j'ai encore la gorge qui me brûle !

D'ailleurs, hier soir, autour d'un verre de sa réserve personnelle, on a discuté de ce que m'a dit Clémence. Je ne suis pas trop rentré dans les détails mais le principal était là. Il est resté un moment sans rien dire, le temps de finir son tord-boyaux.

En gros, il m'a dit de prendre un peu de recul et de regarder les choses sous un autre angle. Son mari a manqué de se faire tuer alors qu'il défendait le village. Nous avons subit le plus violent assaut de toute l'histoire d' Espoir et les éventuelles répliques promettent d'être plus dangereuses encore. Elle a été jeté au pied du mur. Ce même mur que j'arpente tous les jours, ce mur qui marque la frontière entre le confort du village et la sauvagerie du monde extérieur. Mickael m'a dit qu'elle a du avoir peur quand ça lui a pété à la gueule. Elle a du avoir des remords et sentir le besoin de se racheter.

La vérité ? C'est que Mickael parle de trop quand il boit et il raconte des conneries dans des proportions bibliques. Enfin, je n'avais jamais vu les choses de cette manière. Je lui ai demandé s'il avait peur de moi, il m'assure que non. Il a même rajouté qu'il ne connaît pas mes motivations, a savoir protéger le village ou le plaisir de tuer. Il s'en fout, le job est fait et je mérite qu'on me foute la paix pour ça. Par contre, d'un ton plus grave, il m'avoua qu'il reconsidérerait la question le jour où il n'y aura plus rien à tuer dehors.

Ensuite, l'alcool nous a bien aidé à rire de toutes ces conneries. Mais Mickael m'a donné une idée. Je devais en discuter avec les gens du village, seul à seul, pour éviter l'effet de groupe. Et c'est ce que j'ai fait aujourd'hui. Tu imagines bien que j'ai soigneusement oublié d'interroger Michel et Clémence... je connais assez bien leur avis sur la question.

Tout compte fait, je ne sais pas si c'était une si bonne idée que cela. Je me disais que, isolés, les avis laisseraient des nuances et peut-être une once de terrain d'entente. Bon ben je me suis encore bien gouré. Il y en a qui ont carrément une dent contre moi. Je ne leur ai pourtant rien fait !

Si je condense leurs réponses , une bonne moitié me considère comme « un tocard égoïste et vantard qui sait se mettre en valeur que par les faits d'armes ». L'autre moitié, elle, pense que je suis « le reflet de tout ce qui a de plus mauvais chez l'homme ». Ok, ça fait plaisir !

Une mention spéciale pour la nouvelle votante, Sarah, que je croyais acquise à ma cause.

« Tu peux buter et baiser qui tu veux, j'en ai rien à foutre tant que tu me fais pas chier. »

Ca à le mérité d'être clair ! Je rigole tout seul. Si Michel avait entendu ça il lui aurait conseillé d'aller se laver la bouche à l'acide. Haha, quel con, même quand il dit rien il me fait marrer. Je l'aime bien cette petite, je lui prédis un grand avenir dans notre « communauté » !

Plus sérieusement, ce que je retiens de ces entretiens est que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde du tout. Je crois savoir pourquoi : ils ne connaissent pas le monde extérieur aussi bien que moi. La gâchette serait leur premier réflexe sinon, non ? Comme ils ne savent pas bien comme ça marche dehors alors ils pensent pouvoir se protéger en se blindant. Mais si tu ne t'endurcis pas dans ton cœur, ces blindages finiront par céder. Je suis donc le seul a avoir compris que pour repousser la violence du dehors il faut la dompter pour mieux se dresser contre elle. Ce n'est pas plus compliqué que de combattre le mal par le mal.

De toute évidence, je ne parviendrai pas à les faire changer d'avis, pas avec des mots. En fin de compte, je ne suis pas aussi bon orateur – manipulateur - que Michel finalement. Je pourrai le tuer pour libérer Espoir mais je suis certain que personne ne comprendra mon geste, encore une fois. Je pourrais partir mais déjà une question me taraude : pour aller où ?

Je crois quand même que partir est la solution quand tu es entouré de cons qui ne veulent pas regarder la vérité en face. Partir est cette décision que je n'arrive pas à prendre... Par sens du devoir envers le village, parce que mon intuition me dit que le danger le guette.

Peut-être aussi parce que je n'ai pas d'abri et que vient l'hiver.


Survivance: journal de VincentLisez cette histoire GRATUITEMENT !