Le 10 Octobre 2015

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Se faire réveiller par des tirs de Kalachnikov un lendemain de cuite, j'ai connu mieux et plus doux. Au moins, t'es bien dedans dès que t'ouvres les yeux : une belle grosse journée de merde comme il en manque jamais. Les bandits ne se sont pas fait attendre mais heureusement nous étions prêts. Bon, Mickael et moi peut-être un peu moins que les autres mais j'ai fait mon boulot et plutôt bien. Pourtant, c'était mal barré.

Nos alarmes n'ont servies à rien puisqu'ils ont débarqués avec leurs motocross. Putain qu'ils étaient rapides. A deux sur chaque bécane, avec une arme automatique ou des cocktails Molotov. Il y avait bien une dizaine de ces engins de mort sinistrement efficaces. Ceux qui ont pu approcher ont balancé leurs mélanges incendiaires sur nos barricades improvisées. Nous avons tenu position. Que pouvions-nous faire d'autre ? Si nous nous résignions nous courions à la mort.

Une fois que les motos eurent finis leur petit manège, les hommes à pied sont arrivés et pour le coup, j'ai cru que notre dernière heure avait sonné. Tellement nombreux. Tellement. Enfin, j'ai surtout cru que mon heure avait sonné.

Je dois t'avouer que ce qui m'a maintenu en vie était mon instinct de préservation. A aucun moment je n'ai pensé à quelqu'un d'autre que moi. Mickael, Clémence... Non, ils avaient disparu de mon esprit. C'était entre moi et eux, à mort. Et puisque je suis toujours là, à écrire ces lignes, tu peux en déduire que je suis le vainqueur. J'ai descendu une quinzaine de ces salopards à moi tout seul. Sur une vingtaine de victimes dans les rangs adverses, je trouve que mon score est honorable, non ?

Quoiqu'il en soit, le score final est 6 à 21. Nous remportons cette victoire. Alors oui, 21 parce qu'ils y avaient deux blessés en face. Le premier, je l'ai exécuté proprement, une balle dans la tête. Bon, je ne l'ai pas compté dans mon score parce que c'était vraiment trop facile. Marrant mais facile. Le second, on m'en a empêché. Et le Conseil des Vieux l'a fait prisonnier pour en tirer des informations. Je ne sais pas, cher lecteur, si tu as déjà essayé de torturer avec de la tisane mais les résultats ne sont pas terribles. Du coup, nous n'avons pas plus d'informations.

Michel, ce connard, a pris la tête du conseil et voilà son idée de génie. Au lieu, de le passer à tabac, de le faire souffrir comme il faut, non. Non, non. Non. Non, ce vieux putain de débris a décidé de le renvoyer parmi les siens, avec un message. Un message à la camomille si tu vois ce que je veux dire. Michel lui a glissé ces quelques mots à l'oreille à la discrétion de tous et l'a laissé filer.


« Ne revenez pas, nous serons toujours prêts »

Des bandits aussi nombreux, aussi bien armés et organisés ont besoin d'un message foutrement plus fort.

Le soir même, je le traquais dans les bois. Pas bien compliqué de le retrouver. Alors, j'ai mis la ponctuation à cette fabuleuse phrase à grand renfort de barre de fer. C'est dingue ce que l'on peut faire faire avec un bout de ferraille. Les doigts bousillés (faut s'assurer qu'il ne puisse plus se servir d'un flingue quand même), quelques dents en moins et deux ou trois cotes pétées, voilà, le message a quand même plus de gueule.

Sinon, on a retapé le village. Nous avions peu de victimes mais pas mal de dégâts alors il fallait que tout le monde se mette à l'oeuvre. Dimanche, il y aura un Conseil si nous ne sommes pas attaqués de nouveau d'ici là. Je te le donne en mille, un conseil à la demande de Michel. Le vieux fait des trucs bizarres en plus de prendre des décisions à la con.

Enfin, comme tous les hommes sont occupés à redresser les barricades, il s'est porté volontaire pour relever les pièges dans les bois pour les lapins, les écureuils et la petite viande. Il part seul, avec sa canne et son fusil. Il refuse la compagnie d'une vigie. Il dit qu'elle est plus utile ici. J'aimerai bien qu'il croise la route de quelques goules. L'affaire serait réglée et je serai hors de cause. Sérieusement, pour qui il se prend pour m'empêcher de faire ce que j'aime. Et je crois que je suis le seul à avoir remarqué ses allers retours dans les bois. Des fois il revient avec un truc et souvent avec rien.

Tiens, au passage. Michel, si jamais un jour tu lis ces lignes, je vais te répondre : oui, ça m'amuse. Ça m'amuse de leur faire sauter la caboche. Ça m'amuse de sentir mon cœur battre dans le fond de ma poitrine et ça m'amuse de me savoir meilleur que vous tous. Et j'irai jusqu'à dire que tu as eu de la chance Michel. Tu aurais pu être la septième victime du village. Je suis pas étonné de ne pas t'avoir vu sortir de ta cachette de trouillard. Même les gosses avaient des flingues bordel, et toi tu te planques ? Bah... En fait, tu sais quoi tu as raison, une balle pas si perdue que ça est si vite arrivée. Tu peux me faire confiance sur une chose : je ne manque pas ma cible.

Ceci dit, la menace est toujours présente et la semaine s'achève sur une bonne note, une bonne fin de bouteille de whisky. La même que l'on n'avait pas terminé la semaine dernière. Avec le même copain de boisson. Qu'elle est la grande occasion cette fois ? Mais putain, on respire encore !

Qu'il soit damné Mickael avec son rêve prémonitoire. Il n'y aucune balle dans le gras de son bide. Un bon copain, une bonne bouteille. Manquerait plus que Clémence dandine son petit cul pour nous et la soirée serait parfaite. Mais elle ne pointera pas le bout de ses miches, son mec a pris une balle dans la cuisse pendant la bataille. Il n'est pas en danger de mort mais elle dit que sa place est auprès de lui, tout mauvais coup qu'il soit. J'ai pas franchement insisté, ça sera pour un autre jour.


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