Le 13 Mai 2016

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Une odeur de viande pourrie flottait dans l'air humide tout près du camp des Crânes. Des cadavres de goules tapissaient le sol. Le sang poisseux mêlé à la terre fuyait sous nos bottes dans un bruit presque écœurant. Les monstres criblés encerclaient la position défensive des bandits. Eux-mêmes gisaient tripes à l'air après avoir été déchiquetés et mastiqués par des dizaines d'appétit carnassiers. Tous ces cadavres infestés de vers et de mouches ne nous dérangeront plus.

Nous prîmes le temps de collecter les armes et les munitions en les arrachant parfois de mains raidies. Je dus même briser quelques doigts pour récupérer l'un de ces précieux trésors ; la main en question n'avait plus de propriétaire.

Bob nous siffla. Durant ses fouilles, le géant avait découvert une carte raturée et tâchée de sang. Il la déploya sur le capot de l'un des véhicules. Il fronçait les sourcils durant son analyse.

« Ils planifiaient une attaque. »

Seth, le playboy américain, soupira en se retournant vers le charnier. Il haussa les épaules avant de s'adresser à son chef. Sa voix ne trahissait aucune émotion particulière.

« On fait quoi ? On les brûle ? »

Bob replia la carte et la glissa dans une poche intérieure de sa veste avant de répondre : 

« On ne va pas gâcher de l'essence. C'est même idiot de notre part de ne pas avoir pensé à prendre des bidons, on aurait pu siphonner les réservoirs. Tant pis. Il ne nous reste plus qu'à rentrer, on a plus rien à faire ici. »

Je remontai dans le pick-up quelques instants plus tard avec l'impression dérangeante de rentrer bredouille. Le butin était conséquent mais il ne constituait pas l'objet de notre traque. J'étais parti pour le sang, le combat et le meurtre, pas pour faire les poches des morts. Quelque part, les goules nous avaient volé le boulot. Seth remarqua mon attitude et me questionna. Je lui livrai mon état d'âme et il en sembla presque choqué.

« Du feu. Du sang. Tu en auras. Bien assez tôt. Trop tôt, toujours trop tôt. »

Nous étions de retour au camp très vite. En posant pied à terre je cherchai Sarah du regard, comme par réflexe. Je me figurais qu'elle attendrait mon retour en tricotant ses doigts, en rongeant ses ongles ou que sais-je encore pour dissiper son angoisse. Mais il n'y avait personne. Chacun vaquait à son activité et j'imaginais alors la petite occupée à une quelconque corvée. Je l'entendais presque pester contre le labeur ingrat. Cela me fit sourire naïvement.

Puis nous avons transporté l'armement récupéré à l'armurerie. Les sacs étaient lourds mais ne pesaient pas le poids de la révélation de Seth. Elle était enceinte et je n'avais rien remarqué. De qui ? Pourquoi ne voulait-elle pas en parler ? Et surtout, qu'est ce que je pouvais faire pour elle ? L'idée de la voir le ventre rond et d'enfanter me bouleversait quelque peu. Un sentiment de devoir de protection grandissait en moi. J'étais certain qu'elle le remarquerait et qu'elle verrait enfin que je suis capable de faire des choses bonnes. Tout un vaste programme.

Pour l'heure, l'emploi du temps nous contraignit au nettoyage et à la vérification des armes des Crânes. Ce fut long et laborieux puisqu'il fallait démonter, nettoyer, lubrifier et remonter en vérifiant chaque pièce. Vu le tas d'armes, nous n'aurions pas fini avant la tombée de la nuit. Mais c'était un mal nécessaire et Bob avait raison d'insister sur ce point.

« C'est pas un luxe d'entretenir les armes et de trier les munitions. Nous réduisons... comment dit-on déjà en français ? Drastiquement ? Oui, c'est ça. Nous réduisons drastiquement notre temps de réponse en cas de menace. »

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