Le 15 Avril 2016

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Le grand feu de camp brûlait au centre de la Caravane, ses flammes léchaient l'obscurité de la nuit. Nous étions tous assis autour à l'occasion de la séance de vote. Sarah, Crétin et moi occupions un banc au premier rang, seuls, en face des quatre fondateurs bien trop silencieux à mon goût. La flambée dégageait une chaleur étouffante en plus de m'éblouir, nous étions trop près. Je ne pouvais pas distinguer ceux qui défilaient devant nous, ceux qui parlaient de nous, ceux qui se méfiaient de nous. Je ne voyais que des visages faits d'ombres.

Ils trouvaient dangereux un homme capable de mettre en déroute les Crânes par trois fois. Bien sûr je n'avais jamais opéré seul et certains en firent la remarque. Cependant, à chaque fois que l'un des nomades exprimait son inquiétude des chuchotements parcouraient l'assemblée derrière moi. La première ligne de visages dans mon dos affichait une mine rabougrie et usée. Je ne pouvais pas voir au-delà de cette limite, tous les autres empruntaient les traits de silhouettes inquiétantes, sans distinction sinon quelques reflets de lunettes. Ils venaient répondre à la question de la récupération du véhicule abandonné. Notre intégration n'a pas été abordée, ce n'était pas le sujet du débat.

A Espoir, la décision de l'envoi d'une si petite expédition se prenait au sein du Conseil des Vieux, le conseil restreint des villageois, avec, peut-être, le témoignage des intéressés. Ici, dans la Caravane, chacun participe à ces discussions. Tu sais, j'ai le sentiment qu'ils n'ont pas vraiment le choix. Enfin, je m'interroge.

Au bout de deux heures vint enfin mon tour de m'exprimer. Mes mains tremblaient et ma voix hésitait alors que je confirmais avec quelque fierté les propos de mes prédécesseurs. J'admis enfin les conséquences désastreuses de ces confrontations. Espoir, le Théâtre et la Cité toute entière. Tous subirent des représailles sanguinaires. Tandis que je récitais bêtement le discours préparé pour l'occasion, plusieurs voix résonnèrent dans mon esprit.

« Vincent, tu es un con ! » - Clémence

« La violence amène la violence » - Michel

« La Mort rôde autour de toi, reste plus qu'à l'attendre. » - Mickael

Toutes ont disparues de ce monde et subsistent aujourd'hui dans mon seul souvenir. Pour la première fois, les brutalités conséquentes à mes actes portaient des visages accusateurs.

Ma prise de parole achevée, je scrutai le public face à moi, attentif aux murmures s'élevant dans les ténèbres. Kube prit ma place et conclut :

« Il nous garantit que le véhicule est en bon état. Au pire, cela fera un don intéressant. Je me porte volontaire pour la mission si nécessaire. »

Bob, le grand militaire à la peau sombre se leva à son tour.

« Bien ! Mes camarades, il est l'heure de voter. Ceux qui approuvent l'expédition lèvent la main. »

Les fondateurs, le médecin et Kube votèrent immédiatement. Rapidement, les gens de la Caravane répondirent à l'identique et à l'unanimité. J'en fus le premier surpris. Bob, toujours aussi sérieux, reprit :

« Sauf objection, je propose de prendre le commandement de la mission. J'aurai besoin de deux volontaires. Qui nous accompagne ? »

Kube confirma son engagement par un signe paresseux et Seth se désigna. Un fondateur lui aussi. Bien plus petit que son homologue, une épaisse chevelure noire coiffait sa gueule de beau-gosse et son sourire charmeur. Je déteste ces mecs qui ont plus de capital séduction que moi.

« Vincent, tu viens avec nous. »

J'acquiesçai, c'était une évidence.

« Très bien, départ à l'aube. »

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