Le 26 Février 2016

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Rien ne sera plus pareil. La Cité s'effondra avec ma contribution.

Avec Crétin, nous observions la ville, pour établir le meilleur plan de sauvetage. Nous nous contentions du repérage et du placement de la voiture pour me tirer loin d'ici. Nous en parlions à personne, ni à Jimmy ni à Mickael. Je connaissais bien son désir de rester chez les Cobras. Il s'y plaisait, je le sentais heureux entre Pat et la gnôle. Christophe et moi avions conclu un pacte : il gardait le silence contre ma promesse de partir une fois Sarah libérée. Il craignait trop la colère de Jimmy pour me trahir.

Mais voilà, en rentrant un soir d'un tour de reconnaissance, le théâtre semblait éteint. D'habitude, des chansons paillardes tambourinaient à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Sauf à ce moment là, un calme inquiétant, une tranquillité morbide.

Ils ont tous été tués durant notre absence.

Des impacts de balles témoignaient de la violence de l'affrontement. Nous pataugions dans le sang, un vrai carnage. Jimmy trônait nu au milieu de la scène, empalé sur une barre de fer, le sexe tranché et fourré dans sa bouche. Je ne saurai dire s'il est mort par hémorragie ou asphyxie.

Crétin tomba à genoux devant le corps sans vie de son chef adoré, des larmes silencieuses coulaient sur ses joues. Il n'essaya même pas de descendre le corps de Jimmy de son perchoir, il restait immobile. Je cherchais instinctivement Mickael du regard. Introuvable. Connaissant le gaillard, il avait dû se planquer au premier coup de feu et je ne me suis pas trompé. Il était là, dans son local., au milieu de ses alambiques.

Adossé contre un mur, il se tenait l'abdomen d'où son sang coulait abondamment. Il respirait encore mais il n'en avait plus pour très longtemps, pas besoin d'être devin pour le comprendre. Je me penchai sur lui silencieusement pour recueillir ses dernières paroles. Il me répondit par un sourire teinté de rouge.

« Tu vois Vincent, je t'avais dit que je crèverai d'une balle dans le bide. Putain j'ai mal. »

Foutu rêve prémonitoire.

« Les Crânes nous ont pris par surprise, comme à Espoir. Hé, tu vas être fier de moi, j'en ai descendu deux ! »

Des gémissements et des soupires gênaient son expression. Un petit sifflement accompagnait chaque expiration quand il n'expulsait pas du sang en toussant.

« Je vais crever Vincent, pour de bon. La Mort est venue finalement... Je pensais pas que c'était si douloureux bordel. Tu es le dernier survivant d'Espoir maintenant. Putain de vie hein ? »

Pas tout à fait le dernier. Il reste encore Sarah mais il ne pouvait pas le savoir. Je manquais de temps pour cet aveu mais quelle importance ? Quelle incidence ?

« Merde Vincent, je crois... je... me suis chié dessus... »

Et la vie l'abandonna sur ces dernièrs mots. En l'écrivant ainsi, je réalise ne pas lui rendre hommage en le consignant dans mon journal. La vie, notre vie, n'est qu'une grosse flaque de merde, du début à la fin. Et sa fin, à Mickael, l'illustrait parfaitement.

Adieu l'ami.

Plus question d'attendre à ce moment là malgré l'étrange sensation de vide s'emparant de moi. Je devais agir dans la foulée, mettre mon plan à exécution. Pour commencer, il me fallait une diversion et nous n'avions rien imaginé de mieux que de faire péter le hangar des Crânes. Un pied de nez du destin pour boucler la boucle. Je les tue, ils nous tuent, je les tue encore ; l'importance de conserver le dernier mot.

Tous les soirs, un pick-up livrait une citerne d'essence à ces enfoirés. Le conducteur et son pote s'arrêtait toujours trois rues plus haut pour planquer leurs bouteilles et pisser un coup. Impossible de rater ces ivrognes ! Une balle dans la tête du premier et une dans l'épaule du second. Je ne le graciai pas d'une exécution propre, non, à la place je lui collai le canon encore chaud entre les jambes. Son regard devint fou.

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