Le 22 Avril 2016

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Le cœur de la nuit battait son rythme lent et charriait son lot d'angoisses. Je peinais à trouver le sommeil. Crétin ronflait et sursautait parfois sous les coups de Sarah aux prises avec des rêves agités. Je me retournais sans cesse, tirais la couverture, la repoussais, rien à faire, peu importe la position : je ne dormais pas.

Dans la soirée, mes compagnons et moi avions discuté de l'ultimatum des nomades. Leur hospitalité s'achèvera demain soir et nous devrons choisir : les rejoindre ou quitter la communauté. Sarah et Crétin décidèrent sans concertation d'intégrer la Caravane. Ils ne m'expliquèrent pas vraiment leur décision, mais cela me met dans l'embarras.

De mon côté, la balance ne penche pas vraiment en faveur des conditions de vie proposées par les nomades, leurs règles n'ont vraiment rien pour me séduire. Et de l'autre côté, si je décide de partir, et bien je me retrouve seul. Contre toute attente, cette idée me terrifie. Mon choix est pourtant simple, opter pour le moins pire. Mais lequel est-ce ?

Soudain, une quinte de toux retentit à l'autre bout du campement et m'extirpa de ces pensées. Je considérai quelques instants mes compagnons de lit et décidai de sortir faire un tour. J'avais besoin de me rafraîchir les idées et de me dégourdir les jambes. Dehors, les nuages voilaient la lune et les étoiles, je n'y voyais pas grand chose. Je marchais doucement dans la terre humide et d'autres questions m'assaillirent. Je pensais à Sarah en premier lieu. Son état ne cesse d'empirer, elle souffre d'un mal que j'ignore... Ai-je seulement le droit de l'abandonner ? Après l'avoir sauvé ?

Au cours de ma ronde nocturne, les silhouettes en patrouille sur les toits me saluèrent silencieusement. Sans vraiment m'en rendre compte, je me dirigeais vers la roulotte de Kube. Le second accès de toux interpella mon attention. Je remarquai alors la lumière vacillante qui filtrait au travers des carreaux sales de sa caravane. En m'approchant à pas de loup, je distinguais des voix plutôt graves. Je n'osais pas m'annoncer, je restai planter devant la porte à essayer de comprendre la conversation. Une sentinelle arriva derrière moi et je frappai à la porte par réflexe. Qu'aurait-elle imaginé en me voyant ainsi ?

Le grand gaillard chauve m'ouvrit la porte et un brouillard de fumée s'évada par la même occasion. Sans rien dire, il m'invita à entrer dans son taudis. Kevin se tenait à sa table en compagnie d'une bouteille et d'un verre. Ses petits yeux trahissaient sa fatigue et l'irritation due au tabac.

« Laisse la porte ouverte, ça fera un courant d'air... »

Kube m'installa ensuite à sa petite table dégueulasse et me proposa un verre de sa liqueur dans la foulée. Le même verre que la dernière fois, il devait l'avoir posé là sans avoir même songé à le nettoyer. Je refusai en grimaçant. Mon hôte s'assit dans les grincements de son tabouret. Il se servit un verre à ras bord. Je compris mieux ses joues écarlates et ses yeux souffrants de rester ouvert.

« - Comme tu veux Vincent. Qu'est ce qui t'amène ici ?

- Je ne trouve pas le sommeil, je vous ai entendu et j'ai vu de la lumière...

- Et tu le cherches ? Le sommeil ?

- Ouais, j'ai essayé. »

Il se mit debout brusquement et leva son verre en faisant mine de porter un toast. Son t-shirt bien trop court laissait apparaître son nombril, monument de sa panse trop tendue.

«  Comme le disait camarade Yoda : fais le ou ne le fais pas, il n'y a pas d'essai ! »

Il vida son godet d'un trait, la toux le saisit de nouveau. Kube devint tellement rouge que l'on aurait cru une tomate. Je n'avais pas compris un traître mot et cela amusait Kevin qui ricanait bêtement dans son coin.

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