Le 27 Novembre 2015

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Nous avons lutté deux jours contre le vent et neige. Nous sommes enfin parvenus à ce qui semble être leur avant poste. Il est totalement déserté mais l'endroit ressemble aux descriptions qu'avaient faites nos éclaireurs. Il ne reste plus que des cages, des cadavres et des goules prisonnières de chaînes et de harnais. Ces salauds utilisent les créatures comme chair à canon. Je me demande bien comment ils font pour se faire obéir.

En y regardant de plus près j'ai pu remarquer des traces de mutilations sur les corps décharnés. Il s'agit de torture à n'en pas douter. Des tortures sur les goules mais aussi sur les autres captifs. Ces types sont de grands malades et nous aurions pu réagir autrement si nos gars avaient rapporté ces faits. Enfin, les habitants d'Espoir m'auraient peut-être écouté.

Quoiqu'il en soit, il est trop tard maintenant et ne pourrai pas changer le cours de l'histoire. La seule chose qui est en mon pouvoir est de secourir les survivants et il y en a des camions entiers. Seulement, nous sommes à pied et même si nous pouvons facilement suivre la piste, le convoi continue à prendre de l'avance. J'ai l'impression qu'il se dirige vers l'Allemagne, en prenant soin d'éviter la moindre bourgade.

J'aimerai accélérer la cadence de notre « poursuite » mais je découvre que mon grand copain s'avère être un boulet sans commune mesure. Je me suis lourdement trompé sur son compte. Je le croyais fiable mais... un coup il a froid, après il a faim, ensuite il a mal aux pieds quand son sac n'est pas trop lourd. Il y a toujours un truc qui ne va pas. Une vraie pleurnicheuse ! Ça me gonfle mais d'une force !

Tout à l'heure, pendant le repas (enfin ce qui y ressemblait), il m'a interrogé sur ce que nous poursuivons. « Les nôtres » ai-je répondu.

«  -  A quoi ça sert tout ça hein ? Ça se trouve, ils sont déjà morts !

-  Je n'ai pas croisé leurs cadavres, et toi Mickael ?

-  Non c'est vrai. Mais qu'est-ce que tu crois qu'ils vont faire en vous voyant arriver ? Tu crois qu'ils      nous dire « pardon, on est désolé » ? Nan mec, ils vont tuer aussi sec.

-  On ne les attaquera pas de front, je ne suis pas stupide à ce point !

« On » les attaquera ? Tu veux dire que TU les attaqueras ! Je ne ferai rien du tout moi !

Comme à Espoir ? T'iras te planquer et regarder les autres se faire prendre ?

Merde Vincent, ils étaient armés jusqu'aux dents. Je suis sûr qu'ils avaient des putains de grenades dans le fond de leurs putains calbutes. Ils m'auraient découpé en deux, c'est sûr.

-  Tu aurais du essayer. T'aurais même pu en descendre un.

-  C'est des conneries tout ça ! Si on crève pas d'une balle, on crèvera de froid ou de faim. Comme des cons ! Mec, écoute moi : on trouve un village et on y reste. Peinards jusqu'à la fin de nos vies de merde, t'en penses quoi ?

-  Vas-y si tu veux. C'est pas dans mes cordes de renoncer. Je vais les traquer et je vais tuer Michel de mes mains. Ça, c'est mon plan... avec ou sans toi. Tu es libre.

-  Alors c'est ça ? Tuer Michel ? C'est ça ta priorité? Et tu voudrais pas sauver les miches de ton pote plutôt ?

-  Tu me fais chier Mickael. Je t'aime bien mais ma patience à ses limites. J'en ai ma claque de t'entendre chialer toute la journée. Casse toi si tu veux, protège ton petit cul de trouillard. Tu connais mes intentions maintenant. Alors, si tu veux me suivre, il va falloir presser le pas et surtout, surtout, fermer ta gueule.

-  T'es vraiment une tête de con Vincent ! La semaine dernière tu les aurais tous mis au bûcher et voilà que tu veux jouer au héros maintenant ! »

L'échange ressemblait à cela et fut clos par ces dernières belles paroles. Il n'a pas tout à fait tort non plus. Il me faudrait un plan plus élaboré que de foncer dans le tas. Je risque de me faire tuer plus vite que je l'imagine et puis il risque d'y avoir des représailles immédiates sur les prisonniers. Il va falloir que je commence par eux d'ailleurs, à les libérer. Il faudrait que je leur file des flingues pour qu'ils m'aident mais je ne sais même pas ce qui m'attend. J'imagine sans peine que la défense des bandits doit être bien rodée et je ne pourrai pas les approcher si facilement.

Quand je regarde ces goules attachées je me dis qu'il doit y en avoir quelques unes qui rôdent autour du convoi... ce qui bloque de nombreuses manœuvres d'approche. Putain, je n'en suis pas encore là. Faudrait déjà que je commence par les rattraper et c'est pas gagné... Et puis, quand je serai sur eux, ils seront très certainement retranchés dans une place forte.

Sans compter la chialeuse qui m'accompagne... Ils vont nous entendre arriver à dix kilomètres. Ça va être compliqué mais je ne peux pas les abandonner. Je suis un des leurs et j'ai échoué dans ma mission. Je devais les protéger et cela n'aurait jamais du se produire. Putain, c'est la première fois de ma vie que je ressens ça : il est de mon devoir de tout essayer.

Et puis, je ne peux pas laisser le plaisir de tuer la vieille croûte à quelqu'un d'autre, plus maintenant. Quand je ferme les yeux, je vois le visage de Clémence, le regard du Matt et ensuite j'imagine tout ce que je pourrai faire subir à Michel une fois que je lui aurai mis la main dessus.

Le silence, tout est calme, il n'y a que le feu qui craque. Mickael s'est enseveli sous ses couvertures. Il oserait presque ronfler pendant que je suis là, comme un con, à me demander comment faire. Pour une fois que j'ai besoin d'aide, la vie me gratifie de la plus grosse poule mouillée de la galaxie. J'espère quand même qu'il tiendra le rythme. Je continuerai à me retourner pour constater que ce sera le cas... Histoire de vérifier que la bouffe me colle bien au train.

Quoi ? Tu ne t'imagines quand même pas que j'allais lui laisser les flingues, si ?



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