Le 25 Septembre 2015

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La semaine a été longue, tu ne peux pas imaginer à quel point c'était ennuyeux. Une semaine de réunions, de débats et de conseils. Une semaine à veiller, à agiter les bras et la langue pour finalement décider de ne rien faire... Enfin, presque.

Le conseil a décidé d'envoyer deux hommes en mission pour « évaluer la menace ». Ils devront découvrir de quoi il en retourne. Pas besoin d'une mission pour ça, je peux leur dire, sur le champs. Après 15 putain d'années, ils n'ont toujours rien compris ?

Pillage. Viols. Meurtres.

Je ne me suis pas privé pour leur dire, haut et fort. Ils m'ont répondu que si c'était le cas, que ces étrangers avaient vraiment ces intentions, ils seraient déjà passés à l'action. Les autres n'ont jamais attendus si longtemps, c'est vrai. Cette remarque m'a un peu cloué le bec sur le moment, je dois bien l'avouer.

Cependant, je n'ai aucun doute : ils nous attaqueront. Quand et comment, je n'en sais rien. Ce qui me fait peur est justement ce temps mort. Ils se préparent, ils nous observent et leur assaut n'en sera que plus meurtrier. Je leur ai dit tout ça à la réunion de mercredi ! J'ai soumis un vote au village...

Voilà, avant hier, j'ai proposé d'en finir avant que cela commence. De partir avec quelques hommes et de faire des ravages dans leur campement. Je savais que le conseil des vieux serait hostile à cette idée alors j'ai demandé un vote du village, je pensais les avoir dans ma poche.

Tu sais quoi ? De la merde.

J'ai bien reçu le soutien des vigies et de quelques chasseurs mais c'est tout. Tous des trouillards, des lâches. Ils ont peur des représailles et en tout cas préfèrent en savoir plus sur eux avant de décider quoi que ce soit. Alors non seulement mon idée a été rejetée en bloc, mais j'ai été mis à l'écart pour la mission. Je suis la meilleure vigie du village mais ils ont décidé de me percher sur l'ancien château d'eau des cités. Deux semaines sur cette putain de tour à regarder des ruines toute la journée.

Bon sang, qu'est ce qu'on s'emmerde là-haut. J'ai déjà tiré deux jours et j'ai l'impression que cela fait une éternité. Je déteste rester comme ça, sans bouger, sans rien foutre et d'avoir 6 m² pour se dégourdir les jambes. En plus, il y a du vent.

Bon, par contre, dans mon malheur, Clémence a eu un peu pitié de moi et elle dégourdit à sa manière depuis deux soirs. Je vais pas me plaindre, c'est pas désagréable. Dommage qu'elle soit mariée, je l'aurai bien gardé pour moi. Enfin, si c'est possible de garder pour soi une panthère pareille. Ca ne devrait pas durer longtemps, son mari est l'un des deux qui est parti en mission. Il devrait revenir demain au plus tard. Après, ce sera fini ces petites parties de jambes en l'air, ou en tout cas, moins fréquent. Dommage.

Quelque part, il y a une forme de justice là-dedans. Il a piqué ma place dans cette mission, je lui pique la sienne dans son plumard. Ha !

Je ne sais même pas pourquoi je raconte toutes ces conneries.

Ah si, je sais pourquoi en fait. Je me fais tellement chier là-haut que je passe mon temps à observer le village avec la lunette de mon fusil. Tu sais quelle est la différence entre eux et les bandits ? Aucune. Leurs visages me sont familiers, c'est tout.

A un moment -un long moment- j'ai eu Michel, ce vieux débris, dans mon viseur. Putain que je l'aime pas. Il a passé la semaine à me démolir, à chier sur mes arguments en me taxant de choses dont je n'ai même pas compris le sens. C'est lui qui m'a foutu sur ce perchoir. Il m'accuse d'être trop violent et affirme que je ne vaut pas mieux que tous ces tocards dehors.

Mais là, il était dans mon viseur. En un instant - BIM - j'aurai réglé le problème. Mais si j'avais appuyé sur la détente, il aurait eu raison.


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