Le 08 Juillet 2016

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L'interrogatoire de Lili n'a rien donné la semaine dernière. Ses arguments se sont montrés solides comme les casseroles où elle s'affairait en bonne compagnie. Quatre témoins abondent en son sens en précisant qu'elle n'a même pas pris le temps de soulager sa vessie. Et puis, elle a trop pleuré son compagnon pour imaginer une vengeance. Le même chagrin a rongé Caroline, la maîtresse de son mari, Lili le savait. Caroline avait versé des larmes dans le secret de son intimité, le deuil a dû être plus lourd à porter. En fin de compte, Lili avait pitié de sa rivale.

Aligner deux pas était de trop pour Sarah, elle se serait méchamment vautré. Personne ne l'a vu hors de sa roulotte depuis des jours. Nous sommes au point de départ, l'enquête piétine et j'entends le tueur ricaner en se promenant parmi nous. Les nomades ont organisé une grande réunion autour de ce sujet, mais nous avons volontairement occulté le vol de l'arme. Nous ne voulons pas d'un mouvement de panique et le coupable pourrait bien vendre la mèche à ce propos durant les prochains interrogatoires. La méfiance s'est quand même installée, tous se regardent en chiens de faïence depuis.

Kevin a émis une hypothèse intelligente ; pourquoi attribuer le meurtre à une seule personne ? Nous n'avons même pas pensé au crime en bande ! Cela expliquerait bien des choses et nous compliquerait encore plus la tâche. Dans ce cas, chacun confirmerait l'alibi de ses complices et nous tournerions en bourrique. Pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt ?

En réponse à cette possibilité, Bob a organisé une seconde vague de questionnements. Elle concerne absolument tous les camarades. Il compte chasser la moindre incohérence pour débusquer le meurtrier. Nous avons déjà commencé, la vaste opération ralentit la vie de la Caravane. C'est incroyable comme le moindre grain de sable peut freiner une machine si bien huilée. J'assiste Bob dans cette tâche depuis qu'il m'a innocenté.

« T'es un bon tireur Vincent, trop bon pour penser à l'étranglement. Je connais ton goût pour le sang et j'aime autant que tu canalises ton agressivité sur nos ennemis. De toute manière, ton travail à l'armurerie t'a empêché d'avoir commis l'irréparable. Tu notes tout de toutes manières, et les horaires indiqués sont tous confirmés alors... »

« Je ne te crois pas assez fou non-plus pour t'attaquer à l'un de nous, sans raison. Et si jamais ça arrive un jour, tu ne seras pas assez pervers pour rester. Ce qui m'inquiète, Vincent, c'est qu'un esprit malade se promène avec une arme. »

Tu es un con Vincent. C'est vrai. Tellement que je n'aurai jamais conçu un plan pareil pour tuer quelqu'un. Lorsque je voulais abattre Michel, je pensais lui mettre une balle dans la tête. Pas une seule seconde j'imaginais déguiser mon acte.

La semaine n'était pas aussi noire que cette mauvaise série policière. Un acte heureux a jeté un peu de lumière dans nos regards froids. Kevin a intégré la Caravane sous l'influence de sa romance avec Céline, l'infirmière. Il doit être très amoureux, il n'aurait pas renoncé à son indépendance si précieuse dans le cas contraire. Les camarades l'ont accepté sans discuter, il se décarcasse tellement pour eux depuis le début que l'inverse l'aurait insulté.

En marge de la cérémonie, Camarade Kevin se confia. La belle pièce de viande dans sa gamelle nous l'a rendu plus bavard encore.

« Oh, tu sais Vincent, je le fais pour elle surtout, pour avoir le droit de rester avec. Sincèrement, je suis bien en sa compagnie. A notre époque, dans notre monde, faut pas laisser filer une fille comme ça. J'pensais pas que ça m'arriverait un jour tu vois, alors j'prends un peu sur moi. »

« Tu vois, les camaraderies et les trucs, je m'en tamponne un peu. Je m'en tamponne sévère en vérité. Si un jour on me gonfle de trop, je prends ma petite famille et je me casse ! Ouais ! Toutes ces cérémonies, ces lois, à quoi ça sert ? A rien ! On fait à peu près c'qu'on veut, tout le temps. »

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