Le 01 Janvier 2016

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Bonne année, bonne santé, Mickael nous a sauvés.

Tu t'en doutes, des événements bouleversèrent mes plans. Notre cachette ne nous dissimulait pas si bien finalement. Des hommes de la cité nous débusquèrent en plein après-midi alors que nous surveillions les ruelles. Pris par surprise ! Ils fondirent sur nous en deux craquements de portes et nous menacèrent l'instant d'après. Ils nous demandèrent ce que nous foutions là, à nous planquer comme des rats. Je répondis instinctivement que nous cherchions les nôtres. Ils rirent à pleines gorges ; nous nous cachions dans le domaine des rats : pour trouver des gens vivants, il fallait rejoindre la ville. Nos agresseurs portaient un écusson représentant un gros serpent noir enroulé sur lui même et sa tête se dressait fièrement. Un cobra. La dizaine de bandits pointaient encore leurs armes sur nous, balançant dangereusement leurs canons sous nos nez. Leurs visages n'inspiraient pas grand chose de bon, leurs traits trahissaient la rudesse de leur quotidien. Par chance ils parlaient notre langue et le chef présumé s'adressa à nous :

« Donnez-nous une bonne raison de ne pas vous tuer là, tout de suite. A quoi vous pourriez servir? »

Il ne plaisantait pas. Je lui affirmai savoir manier les armes. Il abaissa le cran de sûreté de son fusil à pompe pour réponse.

« Nous aussi, on n'a pas besoin de toi. »

Il se tourna ensuite vers Mickael, tout recroquevillé, les deux mains tremblantes au-dessus de sa tête.

« Et toi ? Tu sais faire quoi ? »

La terreur se lisait sur son visage. La mort en face, ses lèvres paniquaient, la sueur perlait sur son front. Il lui suffisait de donner la mauvaise réponse pour embrasser la mort. Au lieu d'un aveu de faiblesse, il bégaya :

« Je sais faire de la gnole. »

Le commando baissa son arme et deux billes apparurent à la place des yeux.

« Ça ouais, voilà quelque chose d'utile ! »

Il balança de nouveau son arme de mon côté et exigea mon arsenal. « Lentement, sans faire le con. » Je trimballais presque une dizaine de flingues depuis notre départ d'Espoir. Je transportais autant de munitions, dans chaque poche, dans chaque recoin de mon sac. J'exécutai l'ordre sans broncher.

« T'en as pas planqué dans ton cul aussi ? »

Les autres ricanèrent à sa remarque. Je me gardais bien de les imiter. Je ne me sentais pas spécialement fier sur le moment, plus aucune fibre héroïque ne vibrait à l'intérieur. Piégé comme un rat, je devais m'écraser pour ne pas finir en bouillie. Ils nous conduisirent ensuite à l'extérieur et au travers des décombres. De grandes barricades interdisaient l'accès à la ville et quatre miradors armaient chaque porte. Les gardes ouvrirent la voie lorsqu'ils reconnurent le groupe. On entra en silence dans la cité pour y découvrir un calme sinistre.

Chaque clan disposait de son quartier, nous confia Jimmy, le leader de la bande. D'après lui, la vie et le bruit y prenaient plus de place. Dans le leur, nous attendait de la bouffe, de la bière et des femmes. Si on se débrouillait plutôt bien, nous pourrions partager ces trésors, à la seule condition de porter le serpent.

« ... mais pour ça, faut le mériter. En attendant que vous fassiez vos preuves, on va vous foutre dans une cage à bouffer nos restes. Essayez de vous barrer et on vous colle une balle dans le dos. Jouez un mauvais tour et on vous coupe les couilles. Faites du bon boulot et je vous récompenserez. »

On arriva enfin au quartier des Cobras. Un vieux théâtre à moitié délabré officiait comme base. Des panneaux en bois placardaient les portes et les fenêtre pour ne donner à la bâtisse une unique entrée. Partout sur sa façade s'exhibaient des graffitis et des dessins obscènes. L'ancienne scène accueillait dorénavant une salle commune. Autrefois garnit de luxe cette pièce transpirait la débauche. Des hommes et des femmes ivres jonchaient l'endroit et dormaient parfois sur les grandes tables à tréteaux. Tout ce petit monde vivait presque cul nu au milieu des restes de leur dernier festin. Je pouvais sentir la puanteur de leur graillon et elle me déchira l'estomac. A force d'avaler du rat ou de l'écureuil, la moindre odeur un peu cuisinée rappelle l'appétit. On traversa rapidement ce joyeux bordel, les présentations attendraient.

On descendit ensuite au sous-sol où des cages vides occupaient l'espace. Jimmy commenta du haut des marches étroites :

« Ça, c'est les quarantaines. Quand on a des doutes sur des gars, on les fout là-dedans. Il y a des seaux pour pisser et chier. Y a aussi des matelas et des couvertures. On désinfecte tout à la pisse de mammouth, vous risquez pas de chopper une saloperie ou de tourner goule. »

Il verrouilla ensuite notre prison et partit en gueulant à Isa de nous servir une auge dare-dare. Mon estomac grinçait tellement... La femme en question arriva quelques minutes plus tard en titubant, elle tenait deux  bols de bouillon brûlant. De gros morceaux de pain rassis flottaient et cela constituait le repas le plus alléchant de ces dernières semaines. Ça réchauffe putain ! Nous pouvions dormir un peu, à l'abri et au chaud, sans devoir veiller l'un sur l'autre.

« - Merci Mickael

   - Merci pour quoi ?

   - De nous avoir sauvés.

  - Nous sommes prisonniers Vincent, c'est pire.

  - Pire que morts ? On va leur montrer notre talent, on ne restera pas ici très longtemps à mon avis.

   - Ouais. Si tu le dis. N'empêche, tant qu'on est coincés avec eux, tu ne pourras pas secourir les    autres.

   - C'est vrai mais regarde : nous n'avons jamais été aussi proches. On n'aurait pas pu franchir la barricade et on va bien finir par savoir où ils se cachent. Et puis, tu voulais un abri, avec du monde, te voilà servi.

  - C'est pas faux.

  - Alors merci mon pote, c'est toi qui nous a sauvé. »




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