Ce chapitre est directement inspiré de l'expérience russe d'hypnologie menée par des chercheurs russes dont fut victime le père de Lana.
-Vous voulez savoir ce qui est arrivé à votre mari?De toute façon vous allez le savoir.
Les plus inutiles des porcs,comme lui,furent utilisés comme cobayes pour cette expérience.Ou alors ceux qui venaient dérober de la nourriture facile à bouffer,sans même réussir à pas se faire prendre.Nous avions constaté d'importantes pertes de gâteau et de fruits secs,de fromage à tartiner,des confiture de lait,d'huile de colza et de café.
Lui,un soldat polonais,un ukrainien un russe et un kazakh,des voleurs,ont donc été choisis pour cette expérience.
Je sais ce que je devrais faire,tenter de déguerpir pour que cesse cette torture psychologique.Mais au fond de moi même,je savais que je devrais l'écouter.Savoir quel calvaire ces chiens ont infligé à papa.
-Ils furent enfermé dans une salle où ils purent simuler une activité minimale,la seule chose qu'ils seraient capables de faire,tout en méditant sur leur imbécilité et croyez moi y aurait du boulot.Dans cette pièce étanche,ils furent privés grâce à un gaz de sommeil pendant 15 jours.
Mon père a donc été humilié de fond en comble sous les yeux de scientifiques fous.Sous la nuit polaire et les pluies de glace,je continuais d'écouter cette histoire.Jusque quand remonte-t-elle?Je n'ai pas osé lui poser la question.
-Il y avait des lits d'appoint...De la nourriture,quelle ironie,nous sommes trop bons...Et une fenêtre qui donne sur la fosse commune où j'ai balancé ton père...
Je ne devais pas réagir à ses provocations si je voulais savoir comment ça se finissait.
-Ces pensées étaient encore et toujours tournées vers son frère de portée et sa chienne espagnole...On lui avait promis à tort qu'après avoir participé à cet examen on le laisserait sortir,oh,comme c'est attendrissant...Donc pendant 17 heures on les a laissé échanger en russe,au moins ils maîtrisaient la langue mieux que toi,et j'ai pu en savoir plus sur sa mère...C'est le fils d'une étrangère.Cette veinarde est morte avant qu'on puisse l'arrêter.Et avant de pouvoir se venger si elle sait ce qu'on a fait à son joli petit enfant...
Après 4 jours,je sus plus sur les évènements traumatisants de sa vie comme le départ de Ziga.
Je me réprimandai moi même,pour ne pas flancher.Salauds...
Ma mère souffrait,et je pense que c'est cela qui aura raison d'elle.Sa main quitta son autre paume,sur laquelle elle appuyait,et vint prendre la mienne.Ses yeux restaient fixées sur le chemin tracé dans les congères.
-Après,ils ont développé une grande paranoïa,et arrêté leurs critiques à l'égard du régime,s'adressant aux microphones.Ils se sont dressés les uns contre des autres,pour qu'on leur accorde leur confiance,comme des rats qui se dévoreraient dans un tonneau.J'ai proposé qu'on puisse encore attendre de voir si c'était un des effets du gaz lui même.Après neuf jours,le berger kazakh s'est mis à crier.Rien de bien méchant,des insultes du pays qu'il crierait après une cuverie de fin de semaine.Il a couru pendant 3 Heures en long en large de la salle en criant continuellement,assez loin pour quitter la région.
Mais votre mari aurait pu être capable de courir jusqu'à la ville la plus proche.Aurait pu je dis bien.
Hahaha,j'aurais presque pu dire ironiquement que je l'aimais bien.Le seul qui a un peu tourné la tête quand le berger s'est déchiré les cordes vocales.
Plus ça allait,plus je trouvais que je regardais mon père là où il n'aurait pas voulu que je le vois.Vous ne trouvez pas que vous affichez un peu trop sa souffrance?Que c'est comme écorcher vif et exposer au monde entier des organes putrides?
Mais qu'est-ce que je peux faire sinon?
-Le russe s'est mit à crier deux jours plus tard.Pendant que votre mari si célébré sombrait dans la folie et collait avec l'ukrainien des pages badigonées de sa propre merde.Qu'est-ce qui a moins de valeur que du caca de cochon dîtes moi?
Trois jours passèrent et un vendredi,on a vérifié les microphones.Le silence régnait anormalement dans la pièce.La consommation d'oxygène indiquait qu'ils polluaient encore l'air.J'avais espéré pouvoir finalement carrément rentrer dans la pièce mais finalement je ne le fis jamais.J'ai juste utilisé l'interphone de la chambre:
Nous ouvrons la chambre afin de tester les micros. Ne restez pas près de la porte et couchez-vous à plat sur le sol ou vous serez tués. Si vous coopérez, l'un de vous sera libéré immédiatement.
À leur grande surprise, ils entendirent qu'une seule phrase émanant des sujets de test :
Nous ne voulons plus être libéré.
C'est alors qu'à peine eut-il fini de souffler cette phrase,une sonnerie retentit dans tout le complexe.Mais ce terrible mois était loin d'être fini.
-Ah,enfin,vous reconnaissez...
-Vous croyez que c'est facile d'affronter les cris de ces cobayes?Je penserais la même chose si c'était à un nazi que je ferais ça.Après débat entre scientifiques et militaires,nous avons ouvert la porte à minuit le 15ème jour.Seule exception,votre mari semblait mieux supporter le gaz que les autres,et plaider de pouvoir rentrer chez lui,rester au calme,sans plus entendre de cris,sans devoir supporter ces regards.Mais devant la porte,les autres nous attendaient et à part le kazhak muet ils plaidaient la vie de leurs proches,et là...Haha.
Le kazhak était mort.Il avait fini d'endurer,pas parce qu'il s'est barré d'ici mais parce qu'il est crevé.
Les rations alimentaire n'avait pas été consommée régulièrement. Il y avait des morceaux de chaire et d'abats humain sur le sol. Une épaisseur de 2 cm d'eau recouvrait le sol. Savoir si l'eau sur le plancher était en fait du sang n'a jamais été déterminée. Les quatre «survivants» des sujets d'essai ont également de grandes portions de muscle et de peau arrachés. La destruction de la chair et des os exposés sur leurs doigts a indiqué que les blessures ont été infligées avec les mains et non pas avec les dents comme les chercheurs l'avaient suggéré. Un examen plus approfondi de la position et les angles des blessures a indiqué que la plupart sinon la totalité d'entre elles étaient auto-infligée.
Les organes de l'abdomen en dessous de la cage thoracique des quatre sujets de test avaient été enlevés. Alors que le coeur, les poumons et le diaphragme sont restés en place, la peau et la plupart des muscles attachés aux côtes avaient été arrachés, exposant les poumons par la cage thoracique. Tous les vaisseaux sanguins et les organes sont restés intacts, ils avaient juste été sorti et posé sur le sol, se déployant autour des corps éviscérés mais encore vivant des sujets. Il est vite apparu que ce qu'ils digéraient était leur propre chair qu'ils avaient arraché et mangé au cours des jours.
Ma grande soeur fut la moins convaincue.Il ne serait pas pertinent de le traiter de menteur,mais elle avait envie de prendre la motoneige la plus proche et de tous leur rouler dessus.
-Allons-nous en...me murmura-t-elle.
-Non.
Sans doute le non le plus décidé et le plus dur que j'ai jamais prononcé.
-T'imagine même pas ce que c'était ma petite cochonne,a-t-il dit en fumant une cigarette artisanale.Mais bon voilà,il fallait surtout éviter d'être tué par ce russe,qui a tué cinq de nos soldats avant que je ne l'abatte.
Mais moi je ne faisais que repenser à mon père avant sa mort.Si doux,si compréhensif,comme si il montrait le meilleur de lui même avant de partir pour une mort qu'il avait pressenti odieuse.
Plus le temps passait,et plus je fus convaincue que mon père irait au paradis,car l'enfer fut son passage vers une autre nuit.
L'ukrainien,ayant le plus de blessures a été emmené dans le seul bloc opératoire dont l'installation disposait. Durant la procédure devant le préparer pour le replacement de ses organes internes, il s'est révélé immunisé aux sédatifs qui lui ont été administrés dans le but de le mettre en condition pour l'intervention chirurgicale. Il se débattait furieusement contre ses liens lorsque le gaz anesthésiant a été apporté pour le mettre hors de combat. Il a réussi à déchirer la quasi-totalité d'un bandeau de cuir épais de dix centimètres attaché à un de ses poignets, même avec le poids d'un soldat de quatre-vingt-dix kilos qui essayait de maintenir ce poignet immobile. Une quantité juste supérieure à la normale a été nécessaire pour l'endormir, et à la seconde où ses paupières se sont fermées,son cœur s'est arrêté. Il esquissa un sourire meurtrier,haineux et narquois,mais le coeur ne reprit pourtant pas.Il était mort.Pendant l'autopsie du sujet test qui est mort sur la table d'opération, il a été révélé que son sang contenait trois fois la concentration normale d'oxygène. Les muscles qui étaient toujours attachés à son squelette étaient affreusement déchiquetés et il s'était brisé neuf os dans sa lutte pour ne pas être maîtrisé. La plupart à cause de la force que ses propres muscles avaient exercé sur eux.Quant au soldat polonais,il était muet. Il a secoué la tête pour faire oui lorsque quelqu'un a suggéré,à contrecœur, d'essayer l'opération sans anesthésie, et n'a pas réagi pendant les six heures qu'ont nécessité le replacement de ses organes abdominaux et la tentative de les recouvrir avec ce qu'il restait de peau. Le chirurgien présidant l'intervention n'arrêtait pas de répéter qu'il devrait être médicalement impossible pour le sujet d'être encore en vie. Une infirmière terrifiée qui assistait à l'opération a affirmé qu'elle avait vu la bouche du patient former un sourire plusieurs fois, à chaque fois que ses yeux croisaient les siens.Lorsque la chirurgie a pris fin, le sujet a regardé le chirurgien et a commencé à siffler fortement, essayant de parler en se débattant. Supposant que ce devait être important, le chirurgien a demandé à ce qu'on lui apporte un crayon et un calepin afin que le patient puisse écrire son message. Il était simple. « Continuez à couper ».Les deux autres sujets tests ont subi la même intervention, tous les deux sans anesthésie. Cependant, il a été nécessaire de leur injecter un paralysant pendant la durée de l'opération. Le chirurgien n'arrivait pas à effectuer la chirurgie pendant que les patients riaient continuellement. Une fois paralysés, les sujets pouvaient seulement suivre les médecins des yeux. Le paralysant a été éliminé de leur système après une période anormalement courte et ils ont rapidement essayé de s'échapper. Au moment où ils ont pu recommencer à parler, ils ont recommencé à demander le gaz stimulant. Les chercheurs ont essayé de leur demander pourquoi ils s'étaient infligé ces blessures, pourquoi ils avaient arraché leurs propres entrailles et pourquoi ils voulaient de nouveau le gaz.
Alors voies les choses autrement Skimaas,a-t-il dit en s'adressant à ma mère.Tu ne peux pas dire que tu aurais aimé mourir aux côtés de ton père de portée dans ces conditions?
Elle qui se demandait ce qu'elle allait faire sans lui.Je n'arrivais pas à imaginer son état psychologique si elle était encore plus mal que moi.Comment mon père a-t-il pu vivre un tel malheur?Qu'avait-il fait pourtant?Rien.
La seule réponse qui a été donnée était: « Je dois rester éveillé ».Après deux semaines dans des conditions aussi difficiles ils voulaient que ça continue ces masos.Il aurait sûrement aimé que sa famille et ses amis ne le voient pas.J'avais rapidement vu que c'était un patient beaucoup plus calme que les autres,le pauvre faisait tout pour éviter les disputes.Les liens des trois sujets ont été renforcés et ils ont été replacés dans la chambre en attendant de savoir ce qu'on allait faire d'eux. Les chercheurs, faisant face à la colère des « bienfaiteurs » militaires à cause de leur incapacité à atteindre le but qu'ils leur avaient fixé, ont pensé à les euthanasier. L'officier commandant, un agent du NKVD a, au contraire, vu du potentiel en eux, et a voulu voir ce qui se passerait si on les replongeait dans le gaz. Les chercheurs s'y sont formellement opposés, mais leurs objections ont été ignorées.Afin de les préparer à être de nouveau scellés dans la chambre, les sujets ont été connectés à un moniteur électroencéphalographique, et leurs liens ont été renforcés pour un confinement à long terme. À la surprise générale, ils ont tous les trois arrêté de se débattre au moment où quelqu'un a laissé échapper qu'on allait les remettre dans le gaz. Il était évident qu'à ce moment, ils avaient énormément de mal à rester éveillés. Un des sujets qui pouvait parler fredonnait d'une voix forte et sans s'arrêter ; le sujet muet appuyait ses jambes de toutes ses forces, d'abord la droite, puis la gauche, puis de nouveau la droite, afin d'avoir quelque chose sur quoi se concentrer. Le dernier sujet gardait sa tête au-dessus de son oreilleretclignait des yeux rapidement. Ayant été le premier à avoir été relié à l'électroencéphalogramme, la plupart des chercheurs observaient ses ondes cérébrales avec surprise. Elles étaient normales la plupart du temps, mais affichaient parfois inexplicablement une simple ligne. C'était comme s'il subissait plusieurs morts cérébrales, avant que tout ne redevienne normal. Comme ils se concentraient sur le papier qui sortait du moniteur, seule une infirmière a vu ses paupières se fermer au moment où sa tête est retombée sur son oreiller. Ses ondes cérébrales se sont immédiatement muées en celles du sommeil profond, puis la ligne droite est apparue pour la dernière fois, alors quesoncœur s'arrêtait.Le seul sujet restant ,votre mari,en état de parler s'est mis à crier pour être scellé immédiatement. Ses ondes cérébrales montraient les mêmes lignes droites que celui qui était mort après s'être endormi. Le commandant a donné l'ordre de sceller la chambre avec les deux sujets à l'intérieur, ainsi que trois chercheurs. Un des trois qui ont été nommés a immédiatement sorti son revolver et tiré une balle entre les deux yeux du commandant, puis a retourné son arme contre le sujet muet, lui faisant également sauter la cervelle.Il a ensuite pointé son arme vers le sujet restant, toujours attaché au lit tandis que les membres restants de l'équipe médicale et de recherche fuyaient la pièce.
« Je ne me laisserai pas enfermer là-dedans avec ces choses ! Pas avec vous ! a-t-il crié à l'homme attaché à la table. QU'EST-CE QUE VOUS ÊTES ? a-t-il demandé. Je dois le savoir ! »
Le sujet a souri.
« Est-ce que vous avez oublié si facilement ? a répondu le sujet. Nous sommes vous. Nous sommes la folie qui est cachée dans chacune d'entre vous, suppliant d'être libérée à tout moment dans votre esprit animal. Nous sommes ce dont vous vous cachez toutes les nuits dans vos lits. Nous sommes ce que vous réduisez au silence et à la paralysie lorsque vous rejoignez le paradis nocturne que nous ne pouvons fouler. »
Le chercheur a marqué un arrêt. Puis il a visé le cœur du sujet et a fait feu. L'électroencéphalogramme a alors affiché une ligne droite, tandis que le sujet s'étranglait, laissant faiblement échapper quelques mots :
« Si... près d'être... libre... »
Alors les mioches,cet homme vous semble toujours aussi extraordinaire?
Gaëll,la seule qui pourrait être considérée comme une mioche ne fut pas présente et heureusement.
-Oh pardon cette histoire m'a échappé...Dîtes-moi comment je pourrais me faire pardonner...Oh!Mais en vous maintenant en vie puisqu'on ne pardonne pas à la place des morts!
J'ai déjà entendu cette expression et c'était de la part de juif comme Rabys ou Stalas.Mais même un bon goûter dans la salle à manger du kolkhoze ne m'aurait rien apporté de bon.Alors nous avons fait demi tour emmitoufflée comme des bonnes soeurs.
-Je me souviens que Nikolaï avait promis de m'en parler et il s'est rétracté.Je le comprends tellement.Je suis sûre qu'il y a un moyen que je le revois et qu'on s'explique.
-Je ne sais pas si j'oserai moi,chuchotai-je.
-Je n'ai pas de gêne à avoir avec lui,insista-t-elle.
-Je comprends,ouais.Et sinon...Comment tu...
-Comment je vais?Hé bien tu ne vois pas que ça pourrait aller beaucoup mieux?Tiens,on arrive.
Pour moi c'était à peu près la même chose.Je n'osai regarder personne dans les yeux,et je me suis contentée de regarder la fenêtre de la iourta.Je ne savais pas quoi leur dire,j'attendais une phrase de ma mère qui leur expliquerait la folie,la cruauté,le niveau de sadisme du NKVD.
-Oh,Ilentha...commença notre copain lituanien en s'approchant.
Il la fixait avec de grands yeux ronds.
-C'est à propos de votre mari?
-Vous seriez choqués de l'apprendre,a-t-elle dit,agacée qu'on lui parle de son mari.
Lavra la regarda étrangement,comme je le faisais,et je fus surprise de voir que Gaëll avait exactement le même petit regard.Très vite,une alarme commença à retentir à travers le camp.Je vis les finlandais sortir de leur iourta et se faire crier qu'ils devaient rentrer.Certains que je connaissais un peu,d'autres que je n'avais jamais vu,la majorité.Je vis passer la femme enceinte,avec deux de ses amies,celle avec qui j'avais discuté en arrivant ici,elle m'adressa un sourire auquel je répondis rapidement.J'ai ensuite tourné la tête,et je vis Viktor et Gaëll en compagnie d'une fille de leur âge,une lituanienne,aux cheveux de perle.Je vis la blonde,la fille d'Elena,qui griffonnait quelques mots sur son calepin.Je souris automatiquement,voyant que certains prenaient l'initiative de vivre normalement sans que des amis,de la famille ne le leur conseille avant.J'ai pensé encore au futur de Gaëll.Quand elle rentrerait,serait une lycéenne imposée comme pestiférée par la société,les gens préfèreront-ils obéir à cette pression et rater une amie formidable?
Je pensais à cela pour ne pas penser à mon père.Au côté incroyable des sévices inhumains qu'ils lui ont fait subir.