Vendredi 5 Juin - 1/3

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Toute la bande était réunie chez Samir pour dîner. De nombreuses fêtes furent programmées pour marquer la fin officieuse de la vie lycéenne ; même quand il fréquentait encore la cour de Sainte Marie du Port, Nathan n'y était pas invité. Encore une fois, il ne perdait rien à esquiver une beuverie dans une maison huppée laissée aux bons soins d'une progéniture dorée. Cyrille et Elké, nettement plus populaires, se voyaient régulièrement conviés mais avaient rapidement statué sur la vacuité d'une telle débauche, où le but avoué de beaucoup était d'être saouls très rapidement, vomir et recommencer. Il ne leur fut pas difficile de refuser pour célébrer de façon plus intime leur libération. Alexandre dut faire appel à la voix de la sagesse - à savoir Elké - et accepter le fait que sortir ce soir aurait des conséquences le lendemain, donc sur ses révisions, donc sur les épreuves du baccalauréat. De son côté, s'il n'était pas absolument réfractaire à l'idée d'un kebab à prix réduit et de passer du temps avec ses amis, Louis pondérait lourdement sa vie sociale contre l'opportunité de peut-être, enfin, trouver une demoiselle peu farouche pour accomplir son ultime quête lycéenne. Aussi, si leur réunion ne s'éternisait pas, il comptait bien s'incruster dans une fête au hasard plus tard. Sans surprise, Morgane était en retard et personne n'avait jugé bon de l'attendre avant d'attaquer son repas.

— Je vous jure, même les frites ont un goût différent !

— T'exagères pas un peu, Loulou ? ricana la seule fille.

— Peut-être que Samir a juste changé d'huile, proposa Nathan.

— Nan, mais toi tu peux pas comprendre, ça fait plus d'un mois que t'as quitté la prison !

— Si j'avais su, commenta Lex entre deux bouchées, j'aurais moi-même déclenché une baston pour me tirer d'là ! Y'a juste pour le bac que j'aurais galéré. Ça va aller toi ?

Nathan était confiant. Ses entretiens à CinéSup furent parfaitement maîtrisés, au point qu'on lui laisse sous-entendre au moment du départ qu'il ne lui restait plus que la formalité du bac. Chose à laquelle Nathan se préparait sans relâche.

— Cyrille a eu la bonté de me filer ses cours pour que je jette un œil. Et d'emprunter des annales au C.D.I. pour que je fasse des exos en conditions réelles.

— Au moins, tu passeras le bac reposé, maugréa Louis. Toi !

— Pour ton information, précisa Nathan en secouant une frite pleine de mayonnaise, je bosse encore plus qu'au bahut. Depuis que j'ai plus à attendre que le prof ait fini d'expliquer pour trente autres élèves, je passe mon temps à bûcher d'anciens sujets.

— Je sais pas comment tu fais ! fit Elké admirative. T'es sûr de l'avoir les doigts dans le nez et tu bosses cent fois plus que ceux qui sont sûrs d'aller au rattrapage.

Tout le monde se tourna vers le garçon à tête de fouine qui s'offusqua au quart de tour.

— C'est dégueulasse d'insinuer ça ! cria Louis.

Samir tourna la tête vers la table du fond, jeta sa serviette sur l'épaule et se rua vers eux :

— Comment ça, c'est dégueulasse Monsieur Louis ? C'est quoi ces insinuations ? C'est ma nouvelle huile pour les frites, c'est ça ?

À l'exception de l'intéressé, la tablée entière pouffa.

— Mais non Samir, c'est pas les frites ! C'est eux, là, ils croivent que j'aurais pas mon bac.

— En tout cas, c'est une bonne chose qu'on ait déjà passé le Français ; parce que la conjugaison, c'est encore approximatif chez toi ! chargea la Terminale L.

— Oh, ça va !

— Et Mademoiselle Elké, comment elle trouve ma nouvelle spécialité ?

— Par-faite !

Quelques semaines plus tôt, le propriétaire du kebab, toujours à l'affût de nouveaux clients dans sa petite ville, avait eu l'idée de lancer un nouveau produit : une préparation végétarienne. Il gardait les fondamentaux avec le « salade-tomates-oignons » mais avait décidé de remplacer la viande d'agneau ou de poulet avec un complément qui ne ferait plus fuir la jeune femme. Trouvant le tofu contre nature et sans intérêt gustatif, son choix final se porta sur du halloumi grillé, un fromage typique du Moyen-Orient. En hommage à celle qui le lui avait inspiré, il avait baptisé son nouveau sandwich le « Elké » et commandé des nouveaux stickers pour sa vitrine pour en vanter les mérites. Il se félicitait du « Elké » qui draguait une clientèle plus féminine dans son restaurant ; il se gardait toutefois bien de mentionner la teneur en calories de son nouveau produit et appuyait son menu d'un coca light. Après tout, comme il disait « Tant que le client a l'impression que c'est meilleur pour lui, je vais pas le contrarier ».

— Alors, c'est tant mieux !

Deux nouveaux clients le firent retourner derrière son comptoir, Lex se retourna pour vérifier s'il s'agissait de son ancienne petite amie.

— 'Tain, mais c'est pas possible ! râla-t-il. On a quasiment fini de bouffer et elle est toujours pas là !

— T'as qu'à lui filer ta Flik-Flak... plaisanta Cyrille.

— Je savais pas que tu voulais intégrer l'école du rire, mon pote ! Hey, Elk' ! Elle t'a bien dit qu'elle venait ce soir Morg' ?

— C'est marrant que tu poses la question...

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