Lundi 21 Décembre - 2/3

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Trois heures plus tard, les filles marchaient toujours accrochées l'une à l'autre tandis que Nathan restait en retrait. Elles avaient chacune trois paquets, Nathan juste un. Les deux copines gloussaient ensemble et multipliaient les magasins en un temps presque record. Hormis chez le disquaire, où Morgane et Nathan s'étaient retrouvés à discuter joyeusement autour des mêmes bacs après une disparition mystérieuse d'Elké, l'adolescent ne participait tout simplement pas à leur journée. Et comme la punkette l'avait annoncé, il était resté aux portes des deux boutiques de lingerie, à piétiner sur place pour se réchauffer tout en considérant sérieusement l'idée de les abandonner et de faire son shopping en solitaire. Ce qui aurait été bien plus rapide. Mais dans sa grande bonté, Elké avait proposé de lui offrir un chocolat chaud pour se faire « pardonner », alors il s'accrochait à la perspective d'une boisson chaude avec des petits chamallows dessus. Même si après la pause goûter elle avait prévu de faire la dernière boutique de la ville dédiée aux gaines, aux bas de contentions et accessoirement aux strings. Trois magasins pour la lingerie fine et pas un seul pour les jeux vidéo dans lequel il aurait pu se réfugier. Le mâle du groupe se consolait en se répétant que c'étaient les dernières courses dans sa ville natale et que l'année prochaine, les études supérieures lui ouvriraient les portes d'une agglomération digne du geek qu'il était.

Au sortir d'une boutique judicieusement nommée Intime, ils remontèrent la rue dans le prolongement de celle du cinéma, en direction du minuscule marché de Noël qui proposait au moins deux cabanes qui pourraient répondre aux attentes de leurs estomacs

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Au sortir d'une boutique judicieusement nommée Intime, ils remontèrent la rue dans le prolongement de celle du cinéma, en direction du minuscule marché de Noël qui proposait au moins deux cabanes qui pourraient répondre aux attentes de leurs estomacs. Maugréant toujours dans son coin, Nathan vit les filles s'arrêter soudainement devant une nouvelle vitrine.

— Non-non-non ! cria-il machinalement plusieurs mètres derrière elles. On a dit : le chocolat, puis les fringues !

Mais Morgane lui fit signe de se taire avec une grimace éloquente.

Il leva les yeux vers l'enseigne du magasin. Elles n'avaient pas trouvé une nouvelle occasion de faire chauffer leur carte Jeune. Simplement le kebab « Chez Samir ».

En arrivant à leur hauteur, il aperçut les larmes perler au bord des yeux de sa meilleure amie. Mais elle les retenait, fixant l'intérieur du restaurant. L'autre T-L se mordait la lèvre inférieure, faute de trouver le moindre mot réconfortant. Nathan suivit le regard d'Elké à travers la vitre, vers la table tout au fond. Il aperçut Cyrille, derrière un plateau regorgeant de frites, un kebab au quart entamé entre les mains, les yeux clos d'extase comme s'il mangeait au Fouquet's.

La situation n'aurait pu être pire, à moins de remplacer le mouton découpé et rôti par une fille nue sur ses genoux.

Derrière son comptoir, penché sur un journal télé, Samir reconnut le groupe dehors en levant les yeux de ses mots fléchés. Pris de panique, il se rua sur Cyrille et mit une claque au sandwich qui alla s'écraser contre le mur à gauche, éclaboussant le mur jaune de sauce blanche. Éberlué par le comportement du Turc pris d'une folie soudaine, le client resta sans voix, les yeux écarquillés et figés sur le cadavre de son repas. Un signe de tête discret mais grotesque de la part de Samir l'invita à porter son attention non sur la viande par terre mais vers la rue.

La fierté d'Elké, celle qui retenait ses larmes, n'attendait que ça : qu'il la voie. Qu'il sache.

Elle n'avait rien à dire de plus qu'il ne savait déjà au moment où leurs regards se croisèrent. Alors elle partit en trombe, sans même un mot pour Nathan ou Morgane. Cyrille attrapa son manteau et se lança à sa poursuite tout en hurlant son nom.

Nathan hésita quelques secondes. Alors qu'il s'apprêtait à partir les rejoindre - sans réellement savoir ce qu'il pourrait dire ou faire pour désamorcer une situation qui s'apparentait à un divorce - il sentit une main le retenir par le bras.

— Tu veux pas être au milieu de ce qui va suivre. Crois-moi.

Son air contrit semblait marqué des stigmates d'un vécu similaire.

— Ana mich fahem ! s'excusa Samir sur le pas de sa porte. Cyrille, il m'avait dit que tout était OK. Pourtant, je lui ai dit que je voulais pas mettre des ennuis dans son couple. Je te jure qu'c'est la vérité ! Je la connais trop la petite Elké pour plaisanter avec ça.

Le pauvre Samir était vraiment peiné par le drame qui venait de se jouer dans son restaurant. Depuis l'ouverture de son magasin, il n'avait pas eu de clients plus réguliers et fidèles que la bande de Nathan et les considérait quasiment comme une extension de sa famille.

— Nan, mais il est un peu gland de bouffer un kebab à cinq heures aussi ! argumenta Morgane. En plus, il savait bien qu'elle traînerait dans le centre-ville avec moi !

Au bout de la rue, Cyrille l'avait rattrapée. Comme Elké ne s'arrêtait pas, ni même ne faisait mine de ralentir, il l'attrapa par le bras.

— L'erreur de débutant ! commenta la punkette. Il va s'en prendre une...

La réaction d'Elké fut immédiate, claqua et raisonna sur les murs. Une diatribe stridente suivit, attirant l'attention de tous les promeneurs aux alentours. Nathan l'avait déjà vue en colère, il savait que rien n'était plus terrible que de subir les mots assassins de sa meilleure amie. Les mots volaient et éclataient à une telle vitesse sur le visage de son ancien compagnon qu'il ne trouva pas la moindre opportunité pour se confondre en un début d'excuses.

— Allez, viens Nath'. Y'a rien que tu puisses faire pour le moment.

Samir préféra rentrer pour ne plus entendre la dispute. Morgane tira un peu plus sur son bras pour l'entraîner loin.

— On n'a plus qu'à finir nos courses en tête-à-tête ! ajouta-t-elle, forçant presque un sourire.

Il jeta un dernier regard par-dessus son épaule, il vit des bras s'agiter des deux côtés : l'engueulade s'enflammait.

— Allez viens ! T'appelleras Cyrille ce soir. Je m'occuperai d'elle.

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