Samedi 25 Avril - 1/1

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L'exercice de chimie peinait à maintenir la concentration d'Elvire ; celle-ci ne pouvait s'empêcher de regarder du coin de l'œil le visage tuméfié de son tuteur. Comme tout le lycée, elle avait assisté aux prémices de l'émeute, vu Nathan s'emporter contre Morgane et senti son cœur s'envoler quand il avait trahi un secret qu'il avait juré de garder. Vingt-quatre heures plus tard, elle n'arrivait déjà plus à lui en tenir rigueur. Si la petite rousse souffrait de le voir ainsi défiguré par les boursouflures, ce côté tête-brûlé aussi inconscient qu'insoupçonné - terriblement sexy à ses yeux - avait permis d'éclater la bulle dans laquelle Morgane s'était enfermée.

Très tard dans la soirée, cette dernière avait frappé à la porte de sa chambre. Pour la première fois depuis le décès de leur mère, elle était venue instaurer le dialogue en brandissant un drapeau blanc. Les révélations de Nathan eurent l'effet d'un véritable électrochoc sur la punkette. Elle avait pris conscience de la portée de ses actes et de la façon dont ils pouvaient se répercuter sur les personnes auxquelles elle tenait, malgré son attitude ouvertement détachée ou agressive à leur égard. Les deux sœurs avaient parlé plusieurs heures de ce qui s'était produit le soir du nouvel an d'une part, mais aussi des mois passés. Avant cette conversation à cœurs ouverts avec sa benjamine, Morgane se doutait que les autres membres de sa famille souffraient de la disparition prématurée de sa mère, mais elle ne mesurait pas pleinement combien ils avaient souffert de sa disparition à elle. Les remous provoqués par Nathan avaient secoué ses convictions égoïstes et remis en perspective ses propres responsabilités envers Elvire : elle aurait dû être plus présente pour l'aider, pour la guider. Elle, pas Nathan. Par sa faute, tout le monde avait été blessé. Le garçon plutôt deux fois qu'une. Et dans l'intimité de cette chambre, les remords, la culpabilité et l'idée qu'Elvire ait échappé au pire lui tirèrent ses premières larmes sincères depuis des mois.

La Seconde aurait bien voulu remercier le garçon pour son aide indirecte. Mais avec son père qui lisait le journal en buvant son café dans le salon juste à côté, la situation n'était pas propice à ce genre de révélations intimes. Nathan notait quant à lui une atmosphère sensiblement différente. Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur la teneur exacte du changement. Morgane n'était certes pas avec eux, mais avec les répétions pour le concert de fin d'année, elle l'avait rarement été les semaines passées. À défaut de clairement définir l'étrange quiétude de la maison, il se laissait bercer par la petite mélodie qui tournait en boucle dans sa tête The End des Doors. Il avait revu Apocalypse Now la veille, cette musique tournait en boucle depuis. Nathan se sentait un peu comme le Colonel Kilgore, respirant l'odeur du napalm après qu'on ait bombardé pendant douze heures son lycée.

Dans une tentative pour esquiver la chimie, Elvire essaya d'amorcer une nouvelle conversation :

— Tu sais, j'ai demandé à entrer en S.

Nathan sortit de sa rêverie musicale. Son élève avait indéniablement progressé tout au long de l'année, rendant ses visites plus routinières que nécessaires. Les points de cours qu'elle ne comprenait plus en Sciences Physiques relevaient désormais du détail ou de cas très particuliers. Depuis quelques temps, Nathan mesurait pleinement le terme « argent facile » avec un brin de culpabilité en venant chaque samedi.

— Tu t'en sortiras très bien ! Il faudra juste bien suivre en Math', la rupture avec la seconde est bien violente et en laisse beaucoup sur le carreau.

— Tu pourras plus venir m'aider après ?

— J'en ai bien peur, je serai à Nantes l'année prochaine. Mais ne t'inquiètes pas : si tu appliques la méthode que je t'ai apprise, ce sera les doigts dans le nez.

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