Vendredi 7 Novembre - 1/1

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 Après le déjeuner, Nathan avait abandonné ses amis pour retourner au bâtiment C. Le Sur-Gé l'avait vu entrer, il était même sorti de son bureau pour voir où l'étudiant suspect déambulait. Nathan n'était pas allé plus loin que le tableau d'affichage libre ; il n'y avait pas l'ombre d'une alarme incendie dans son environnement proche, pourtant Barrateau resta les bras croisés à le dévisager depuis l'encadrement de la porte. Avec le peu d'ironie qu'il lui restait sur sa situation de criminel, le Terminale ne put s'empêcher de sourire. Mais l'urgence de sa situation le rappela à son objectif à court terme : se faire de l'argent, donc trouver un petit boulot.

Suite à sa rencontre avec la Sid Vicious du lycée, il avait non seulement perdu deux soirées par semaine, mais sa mère était entrée dans une telle fureur en voyant le mot du proviseur qu'il avait bien failli perdre toute liberté. Sans l'intervention solidaire de son père et une diatribe en faveur de l'interaction sociale, les après-midis jeu de rôle avec ses amis auraient été supprimées. Sans une autre argumentation - non dénuée d'une certaine perfidie - Nathan aurait également dû renoncer aux vendredis soir en compagnie d'Arthur. Plein de sagesse, la figure paternelle avait manœuvré une barque dans un courant dangereux et fit remarquer à sa femme que Nathan payait les magazines de sa poche tandis que le cinéma ne lui coûtait rien. Sa dot mensuelle fut donc supprimée. Mais Jacques Dillon connaissait suffisamment bien son fils pour savoir que les magazines avaient bien peu de valeur comparés aux heures à discuter avec son oncle. La punition d'ordre pécuniaire n'en était pas vraiment une.

En revanche, ce trou dans son budget ne faisait pas les affaires de l'étudiant qui avait prévu l'achat d'une caméra vidéo pour ses projets personnels. Il discuta avec sa mère de l'opportunité de se faire lui-même un peu d'argent. Puisqu'il était forcé de faire du soutien scolaire après les cours, il pourrait également en faire contre rémunération durant les week-ends. L'argument parut valide et suffisamment responsabilisant pour que cette faveur lui soit accordée.

Nathan cherchait donc sur le tableau de liège une annonce qui pourrait le satisfaire. Le moment n'aurait pu être plus opportun : le premier trimestre était terminé, les bulletins avaient été envoyés, les demandes de soutien de Secondes complètement perdus avaient par conséquent fleuri au milieu des annonces pour la vente ou l'échange de VHS, jeux vidéo, CD et livres. Il passait méticuleusement en revue tous les papiers punaisés afin de trouver une annonce qui lui parlerait. Il prenait tous les critères en compte : l'écriture, la couleur de l'encre et du papier, le taux de fautes par mot, les matières demandées, le nombre de coupons avec le numéro de téléphone déjà manquants, la rémunération.

Au bout de quelques minutes, il trouva annonce une qui lui plaisait bien : « élève de seconde recherche soutien scolaire en Mathématiques (et Sciences Physiques) 50frs/heure ». L'écriture était ronde, bleu turquoise sur papier blanc. Il n'y avait pas de fautes, pas d'abréviation, une majuscule aux matières. Nathan en déduisit qu'il devait s'agir d'une fille, appliquée et sérieuse. La rémunération était deux à quatre fois moins élevée que sur les autres billets, soulignant aussi l'origine modeste de la demande. Ce qui lui convenait parfaitement. S'il évitait tout préjugé, un tel billet limiterait ainsi la probabilité de tomber sur une petite prétentieuse pourrie gâtée. Sans grande surprise, l'annonce n'avait encore aucun numéro de téléphone arraché. Sans être sur-optimiste, il se dit qu'il avait trouvé son revenu d'appoint et partit avec le numéro noté dans son agenda. Avec un peu de chance, il pourrait peut-être même commencer dès le lendemain.

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