Lundi 21 Décembre - 3/3

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Ils s'étaient mutuellement offerts un chocolat chaud sur le bord d'un tonneau, auprès d'une petite cabane qui vendait aussi du nougat et du vin chaud pour ratisser le plus large possible dans la gamme des badauds qui fréquentaient le marché. Dans l'esprit de Nathan, cela ne dispenserait pas Elké d'un autre chocolat pour se faire pardonner ; le moment ne risquait pas de se présenter avant un moment au regard de l'événement de l'après-midi. Morgane était rapidement revenue dessus, sans particulièrement s'épandre en détails révélateurs. L'adolescent devinait que cela faisait écho avec une précédente histoire de cœur mais ne jugea pas approprié d'approfondir le sujet. Elle conclut en disant que tout finirait sûrement par s'arranger entre eux, que « c'était pas comme si elle l'avait surpris avec sa queue dans la bouche d'une autre ».

— En parlant de ça, je sais pas si je dois te le dire, mais on a vu Bœmare au cinoch' vendredi soir. Pas vraiment en famille pour Noël...

— Ouais, je sais... fit-il avec amertume.

Il avait compté sur sa journée avec Elké pour avoir son avis éclairé sur la question Alice et les derniers rebondissements de l'affaire. Il n'était pas d'humeur à en parler avec Morgane mais avec ce qui c'était passé avec Cyrille, l'étude de ses amours avec Elké allait de pair avec le chocolat chaud offert : relégués aux calendes grecques ! La punkette prit les devants pour clore aussi cette discussion et ne pas entamer le moral du garçon :

— Bah, comme dirait Louis, « Une de perdue,...

— C'est qu'une de perdue ! » conclut-il joyeusement.

Et ils trinquèrent de leurs gobelets en plastique.

Elle l'avait ensuite embarqué de force dans une parfumerie de luxe. Le magasin était bondé de clientes chargées de sacs et de maris passablement ennuyés de se retrouver là. Les employées sur-maquillées aspergeaient à tout-va les dernières fragrances à la mode vers tous les nez ou tous les poignets qui passaient. Deux colosses embauchés pour les fêtes surveillaient les mains tout en slalomant dans les rayons. Comme les autres hommes, Nathan se sentait ici comme un poisson hors de l'eau, asphyxié peu à peu par tous les effluves odorants qui se mélangeaient en un miasme piquant.

— Allez, fais pas la gueule ! Dis-toi que tu fais ça pour le cadeau de ma sœur. Et puis, si t'es sage, je te laisserais m'accompagner pour mon prochain achat de soutif'.

En dépit de la tragique tournure de son après-midi entre filles, Morgane gardait le sourire avec Nathan. En la voyant heureuse, il ne put s'empêcher de se dérider à son tour.

La lycéenne fouillait dans les mascaras tout en discutant avec Nathan. Elle ouvrait tous les tubes de toutes les marques, regardait l'aspect des brosses, avant de les reposer. Puis elle fit de même avec les rouges à lèvres, les fards à paupières et autres cosmétiques dont le jeune homme ignorait l'utilité. Il l'imitait en ouvrant quelques tubes au hasard, plus par curiosité que par réel intérêt. Rien ne répondait aux goûts de Morgane, ni à ceux d'Elvire semblait-il. Tout en papillonnant et en envoyant régulièrement paître les employées dévouées, elle orientait peu à peu la discussion sur lui :

— Alors, c'est l'époque des choix pour l'année prochaine. Tu sais ce que tu veux faire ?

— Je peux entrer dans n'importe quelle école...

— Je te demande pas ce que tu peux faire, Môssieur Parfait. Je te demande ce que tu veux faire !

— Probablement une prépa Math-Phy... déclama-t-il sans conviction dans la voix, comme une phrase qu'il aurait apprise par cœur.

— Ça a l'air chiant comme une nouille dans un évier ! Pourquoi tu ferais pas un truc qui te plairait ? Genre manager d'un groupe de rock.

— Si je devais faire un truc qui me plaît, j'éviterais le baby-sitting de camés notoires...

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