Mercredi 31 Décembre - 3/4

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— T'es sûr que c'est là ?

Nathan avait garé la voiture dans une petite rue perpendiculaire au remblai qui longeait la plage sur plusieurs kilomètres. Ensuite, ils n'avaient eu qu'à se repérer au bruit et à se diriger vers la seule maison allumée présentant une activité digne de la Saint Sylvestre. Ils s'étaient arrêtés devant une luxueuse demeure sur trois étages ; quelques personnes buvaient et fumaient devant la porte d'entrée, des jeunes de leur âge. La question étant plus rhétorique qu'une incitation à vérifier l'adresse sur son bout de papier, il hocha positivement la tête.

— Bon, bah c'est parti alors ! enchaîna Elké.

Elle s'invita dans la maison sans sonner, comme si elle revenait d'une pause cigarette à l'extérieur pour retourner danser. A peine eurent-ils franchi le paillasson que la musique assourdie par les murs et doubles vitrages vint s'écraser contre leurs tympans : une espèce d'euro-dance vomie par des enceintes quelque part dans ce salon. Plusieurs adolescents se secouaient au rythme abrutissant des basses, un verre en plastique ou une canette à la main. Il y régnait une atmosphère chaude, moite et pour le moins enfumée. Les regards des fêtards se faisaient hagards, embrouillés et imbibés. Certains avaient déjà abandonné l'idée de boire, danser ou parler pour simplement végéter dans un fauteuil, un canapé ou contre un mur. Pour Elké, l'agression était plus odorante que sonore, elle ne put s'empêcher de grimacer et de froncer le nez sous l'effet d'une forte odeur d'herbe.

— Musique de merde... grimaça Nathan.

— Quoi ?

Ni l'un ni l'autre n'arrivait à s'entendre. Ils s'enfoncèrent dans cette jungle de corps, tant bien que mal. Nathan ne savait pas chez qui se déroulait cette fête, mais il devait s'agir de quelqu'un de populaire pour réunir autant de monde, même si - comme eux - beaucoup avaient dû s'inviter en passant devant ou par relation de relations.

Arrivés au pied d'un escalier, Elké lui fit quelques signes que Nathan interpréta comme : « Monte, je vais chercher à boire et passer un coup de fil, on se retrouve à la voiture. Et dépêche-toi. » Il n'était pas certain d'avoir tout bien compris, mais avant qu'il puisse demander des explications pour la boisson et le téléphone, elle le poussa littéralement dans les marches.

Sur le chemin, il dut enjamber quelques corps inertes et contourner deux couples occupés à copieusement s'embrasser. Au premier palier - un petit couloir transformé en file d'attente pour les toilettes - il joua des coudes pour atteindre le second escalier qui le mènerait à l'étage où on l'attendait. Il espérait juste qu'il ne soit pas trop tard.

En dépit de son empressement à quitter ce lieu de débauche, son attention fut attirée par une série de cadres dans la volée de marches suivante. Les photographies présentaient scènes de vacances et moments heureux d'une famille comptant au moins quatre enfants. Un cliché avait capturé un adolescent au sortir de l'eau, planche de surf sous le bras. Nathan lâcha une bordée d'injures muettes en reconnaissant ce sourire de vainqueur prétentieux : François-Xavier. Plus jeune de deux ou trois ans, les cheveux un peu plus longs, mais il s'agissait bien de lui. Ce qui le conforta dans son idée de quitter cette maison bourgeoise au plus vite.

Sur la dernière marche, il bouscula une jeune femme qui s'apprêtait à descendre. Dans un réflexe, il la rattrapa avant qu'elle ne tombe ; celle-ci s'accrocha à lui en laissant échapper un petit rire joyeux.

— Ça va ? demanda-t-il par automatisme.

Même au deuxième étage, la musique continuait d'écraser ses mots. L'installation sonore devait courir sur plusieurs systèmes hi-fi pour atteindre un tel degré de bruit. Il s'entendait à peine, ce qui laissait peu de chance à cette fille pour qu'elle le comprenne. Il lui fit un signe de la main pour capter son attention, elle écarta ses cheveux collés au visage par la transpiration, regarda ces doigts bouger devant ses yeux et rigola bêtement.

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