Chapitre 22 : Rome

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Comme lorsque l'on vient de se réveiller, que la lumière est trop forte et que les objets sont flous, Ilåna marchait dans un lieu étrange aux contours imprécis. Peu à peu, ses yeux se firent à la lumière et un décor commença à se dessiner.

Elle se trouvait sur une place pavée de dalles, encadrée par un palais richement décoré et une rue commerçante. Face à elle se dressait la plus grande des trois fontaines qui ornaient le lieu, autour desquelles flottaient quelques mouettes. Des gens sortaient des magasins, de nombreux sacs à la main, ils parlaient et riaient dans une langue qu'Ilåna identifia comme de l'Italien. Un drapeau flottait sur le palais.

Ilåna s'avança vers la fontaine, serrant ses bras l'un contre l'autre, car en dépit du soleil soufflait un vent frais. Une jeune femme buvait à la fontaine. Elle portait une tunique blanche, plissée, et ses cheveux noirs descendaient en cascade dans son dos.

Ilåna fit mine de ne pas la voir, de s'intéresser aux grandes statues gravées dans la fontaine, mais la femme se tourna vers elle.

- Ilåna ! s'exclama-t-elle. Quelle joie de te revoir.

Elle était plus grande qu'elle, mais de quelques centimètres à peine. Elle avait un grand sourire qui rayonnait littéralement. Ses yeux bleus pétillaient.

- Comme tu as changé, dit la femme. Tu es grande, et belle.

Ilåna se regarda. Elle portait sa veste en jean, celle qu'elle avait à la fête foraine pour l'anniversaire de Caleb. Elle ne se sentait ni grande, ni belle. La veste, vielle et ramollie, la boudinait.

- Bravo pour le sphinx, poursuivit la femme. Tu as été très courageuse.
- Oh, vous savez, je n'ai pas fait grand-chose, répondit Ilåna. C'est Fiona qui a pétrifié le sphinx, et c'est Mac Gonagall qui l'a achevé. J'ai eu de la chance, c'est tout.

Le regard de la femme s'adoucit. Elle posa une main sur la joue d'Ilåna, qui ne se crispa pas alors qu'une inconnue lui touchait le visage. Mais elle avait quelque chose de doux, de sincère, qui la mettait en confiance.

- Tu devrais connaître le dicton, pourtant, dit-elle. La chance sourit aux audacieux. Et, quoi qu'en dise Némésis, je ne cède pas ma fortune à ceux qui ne la méritent pas. Même mes propres enfants.

Soudain, Ilåna s'écarta de la femme.

- Vous êtes ma mère ? demanda-t-elle brusquement, avec une pointe de reproche.

Le visage de la femme durcit.

- Oui, en effet, dit-elle. Je suis ta mère. Ça te pose problème ?
- C'est n'importe quoi ! s'écria Ilåna. Vous n'êtes pas... ma mère... ?

La tonalité interrogative était peut-être un peu trop sensible.

- Eh bien oui, fit la femme. Je suis désolée de ne pas avoir pu te prévenir plus tôt, mais je ne t'ai pas abandonnée. J'étais là depuis le début.
- Vous mentez ! s'enflamma Ilåna. On me ment depuis trop longtemps...
- Qui ça ? Qui te ment ?
- Papa ! Il m'a caché que j'étais une sorcière, il ne m'a jamais rien dit sur ma mère...
- Bruce n'a jamais menti, affirma la femme.
- Ah oui ? (Ilåna criait, maintenant.) Et toutes les fois où il t'inventait des noms ? Au fait, comment tu t'appelles ?
- Tu devrais le savoir, dit la femme, avec l'ombre d'un sourire. Je suis la roue qui distribue les bonheurs...

Ilåna recula.

- Non, tu n'es pas... vous n'êtes pas...

Elle se remémora les derniers événements. La bataille avec le sphinx, le manticore, le maléfice du 5e cercle... Et puis, la réponse lui vint aussi naturellement qu'elle avait répondu à l'énigme du sphinx.

- Vous êtes Tyché, dit-elle. La déesse de la chance.

La femme grimaça.

- Ne m'appelle pas par ce nom, dit-elle. Ta sœur a trahi Rome, mais j'espère que tu ne reproduiras pas ses erreurs. Et oui, je suis bien celle qui commande à la Chance. Appelle-moi Fortuna.
- Vous êtes... Ma mère ?
- C'est exact.
- Alors... Alors ça veut dire que tout ce que j'ai accompli n'était dû qu'au hasard ? s'exclama Ilåna. Je n'ai jamais eu A en sortilèges, c'est bien ça ? Et lorsque j'ai vaincu le manticore, c'était juste de la chance ?
- Ilåna, calme-toi, dit la déesse. Tu n'y es pas du tout...
- Tu me dégoûtes ! cria Ilåna. Moi qui pensais être utile à quelque chose, pour une fois...
- Non, Ilåna, tu es une sang-mêlé puissante, crois-moi. Bien plus que tu ne l'imagines.
- Sang-mêlé ? C'est-à-dire ? Et d'ailleurs, pourquoi tu débarques ici tout à coup, après toutes ces années ?
- Ilåna, dit Fortuna, je comprends ta colère, mais s'il te plaît, calme toi. Si je ne suis pas venue plus tôt, c'est que j'étais... Occupée.
- Ah oui ? Occupée à quoi ?
- A protéger ta sœur.

Ilåna se calma, le temps d'enregistrer l'information.

- Écoute, reprit Fortuna, il me reste très peu de temps. Némésis a renforcé la Brume autour de l'île ainsi que ses barrières magiques. Bien que je sache à peu près où se trouve Åna, je ne peux plus lui venir en aide.

Ilåna ne disait rien, ça faisait trop d'informations d'un coup. Fortuna... sa mère parlait d'une île, d'un brouillard, de barrières magiques... comme le sortilège Repousse-Moldu qui entourait l'école Poudlard. Et elle avait parlé de Némésis, aussi, qui était, si Ilåna se souvenait bien, la déesse de la Vengeance...

- Tu es la seule qui puisse aider ta sœur, poursuivit la déesse. J'ai besoin de toi.

Ilåna resta silencieuse.

- Je t'accompagnerai dans ta Quête, je guiderai tes pas, poursuivit la déesse. Je te protégerai, bien que tu sois déjà assez puissante. Et, je t'en prie, ne fais pas confiance à Némésis.

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