Chapitre 11

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CHAPITRE 11

- Je n'y peux rien Clara ! plaidai-je. Mais des tonnes de choses ont changé ces derniers jours.

- Tu pourrais au moins convaincre tes parents de ne pas t'y inscrire ! répondit ma meilleure amie indignée par la nouvelle.

- Il est trop tard. Je pars demain, avouai-je en essuyant une larme qui traversait ma joue. Si j'avais eu le choix, je n'y serais pas allée. Je suis désolée.

- Tu n'as pas à t'excuser.

Et elle raccrocha.

J'éclatai en sanglots. Je ne pouvais plus endurer cela. Tous ces changements étaient insupportables. Le pire n'était pas de changer de lycée, mais de devoir cacher à ma meilleure amie ma nature. Ma vraie nature.

Je fourrai dans ma valise les piles de vêtements et mon ordinateur portable. Je me jetai ensuite sur mon lit, et enfouis ma tête dans mon oreiller. J'en ai assez !

Ça ne fait pas de mal, de pleurer un peu, murmura mon cerveau.

Je me laissai aller à la seule chose que je pouvais encore faire, et restai ainsi, immobile, jusqu'à ce que je n'aie plus assez de larmes pour pleurer.

Lorsque j'estimai avoir assez de forces pour quitter mes couvertures duveteuses, j'ouvris la porte de la maison à la volée et pris une grande bouffée d'air frais.

Mia, la peste de mon ancien collège était assise sur les marches du porche de sa maison tandis que ses doigts pianotaient sur l'écran de son téléphone. Dès qu'elle sentit le poids de mon regard sur son visage et leva les yeux vers moi, puis les rebaissa aussitôt. Elle me faisait de la peine à toujours tourner la tête dès qu'elle m'apercevait. Soit elle avait peur de moi, soit je ne méritais pas son attention.

- Tu sais, tu n'as pas à avoir peur de moi, dis-je lorsque je passai devant chez elle sans m'arrêter. Je n'attendis pas la réponse et continuai ma route sur le rebord du trottoir.

La maison de Clara ne se trouvait que deux rues plus loin. Je passai devant l'épicerie du coin, gardée par le vieux Billy qui me lança :

- Eh, Roxane ! Comment vas-tu ?

- Bien, merci.

Mensonge ! hurla mon cerveau.

Je toquai à la porte des Sandford. La dernière fois que je m'étais rendue chez elle, j'étais humaine. Et la dernière fois que je l'avais vue, je l'avais mordue. Vais-je commettre la même erreur aujourd'hui ? Il n'y avait personne pour m'arrêter, maintenant.

La mère de Clara, Suzanne Sandford m'ouvrit, me tirant de mes pensées morbides. Ses traits paraissaient plus vieux qu'auparavant. Peut-être était-ce dû à ma vue performante. Ses cheveux blonds ramenés en chignon semblaient plus ternes et des rides se formaient aux extrémités de ses yeux noisette. Cependant, la mère de Clara dégageait une sympathie singulière, qui réconfortait même dans les moments les plus durs, tout comme sa fille.

- Bonjour, Roxane. Ça fait longtemps ! s'exclama-t-elle.

Je dus refréner ma soif. Mes yeux avaient une vue en exclusivité sur sa veine juteuse dévoilée.

- Bonjour, Suzanne. Tu vas bien ?

- Oui, je m'en sors.

Je fis un pas à l'intérieur de la maison, mais un mur invisible m'en empêcha. C'est à ce moment que je me souvins. La malédiction des vampires. C'est pourquoi toute ta vie a basculé du jour au lendemain, idiote. Mme Sandford me fixa étrangement. Je me forçai à sourire, même si mon visage était crispé. Il fallait que je trouve une façon assez lucide de lui demander la permission d'entrer sans paraître folle.

La nature de Roxane - tome 1 : MauditsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant