Chapitre 7

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Voilà trois jours que j'avais appris la mort de mon père. Les trois pires jours de ma vie. Il m'avait fallu prendre des décisions que je m'estimais trop jeune pour être sûre qu'elles étaient les bonnes. La plus dure d'entre elles avait été le choix d'un cercueil pour un corps inexistant. Mon père avait été littéralement pulvérisé. Il ne restait rien de lui... Il avait aussi fallu organiser la cérémonie de l'enterrement. Quelque chose que je n'avais jamais fait... Comment pouvais-je être sûre de faire les bons choix ? Les journaux avaient relayés la mort de mon père mais j'avais été préservée de cette exposition médiatique par l'équipe de mon père.

J'en étais même venu à apprécier d'avoir toujours un officier derrière moi. Avoir quelqu'un toujours près de moi pour être certain que je reste en vie. Je pouvais me reposer sur eux dès que je me retrouvais prise au dépourvu, ce qui arrivait bien trop souvent... Comme hier, quand le prêtre m'avait demandé quels textes seraient lu pendant la cérémonie, ou même qui prendrait la parole. C'était moi qui étais supposée choisir tout cela ? Mais je ne pouvais pas prendre toutes ces décisions... Cela ne me concernait pas uniquement...

J'avais aussi dû appeler ma mère, chose que je n'avais pas faite depuis au moins deux mois. En général, elle finissait par m'envoyer un mail quand elle pensait que cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu de nouvelle. Mon appel l'avait surpris, mais sa réaction était tout à fait celle que j'envisageais avant même de composer son numéro. Avec sa voix hypocrite elle m'avait affirmé qu'elle était sincèrement désolée, mais elle ne pourrait pas venir à l'enterrement, alors même que je ne lui avais pas encore donné l'heure et le jour. J'avais raccroché avant qu'elle est finie de parler et elle n'avait pas rappelé. En passant ce coup de téléphone, je crois que j'avais espoir qu'elle réagisse enfin comme une mère. Elle n'avait jamais été là pour moi, pas pour mon bac, pas pour mes choix d'étude supérieur, pas pour m'aider quand j'étais empli de doutes. Jamais elle n'avait bougé le petit doigt pour moi depuis qu'elle était partie avec son nouveau mari. Mais là... J'aurais aimé un peu de soutien de sa part. J'aurais aimé découvrir que ma mère pouvait être une maman pour moi. Ce n'était pas le cas... Je n'avais plus de parents...

Mes demi-sœurs, par contre, m'avaient chacune envoyé une lettre pour m'exprimer leur tristesse. Leurs quelques mots m'avaient émue aux larmes. Pourquoi étaient-elles aussi gentilles quand leur mère était aussi odieuse ?

J'avais passé les trois jours précédents avec Adèle. Elle n'avait pas voulu me laisser seule et avait par conséquence délaissé son nouveau jules. Thomas. On s'était mutuellement procuré du soutien. Je ne savais pas comment j'aurais pu survivre sans sa présence. Nous nous étions raccrochées l'une à l'autre. Elle avait passé ses nuits dans mon appartement et nous avions tout fait à deux.

Mais je l'avais renvoyée chez elle pour la soirée. Enfin, pas vraiment, mais j'avais compris qu'elle avait un rendez-vous avec le dit Thomas, qu'elle avait déjà reporté une fois pour passer du temps avec moi. Alors je lui avais affirmé que tout allait bien et qu'elle avait aussi le droit de s'amuser un peu malgré le fait que mon père était mort. Je lui avais affirmé que si je n'allais pas bien je l'appellerais. Après avoir répété encore et encore que tout irait bien et qu'elle pouvait me faire confiance, elle avait fini par me jeter un dernier regard avant d'ouvrir la porte de l'appartement. Je lui avais adressé un sourire que je voulais rassurant, elle y avait répondu et était partie. J'avais reçu un texto quelques minutes plus tard m'indiquant qu'elle était chez elle, puis, une heure après qu'elle partait rejoindre le fameux Thomas. J'espérais vraiment que leur soirée se passerait bien, elle avait besoin de s'amuser un peu, après les quelques sinistres jours que nous venions de passer.

Je m'étais débrouillée pour qu'elle n'apprenne pas que j'étais potentiellement en danger. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète inutilement, surtout pour ce genre de détail. J'avais l'habitude de la paranoïa de mon père en ce qui concernait ma protection et il semblait qu'il l'ait transmise à son équipe. J'étais presque sûre de ne courir aucun risque, donc je n'en avais pas parlé et j'avais imposé mon choix de silence à tous les policiers qui m'avaient suivi jusqu'à présent. Chaque fois qu'elle avait vu un officier derrière moi, elle avait juste pensé que l'équipe de mon père voulait m'aider à gérer les situations qui se présentaient à moi. Cette explication n'était pas si fausse que cela puisque je les avais consultés sur plusieurs questions ; par bien des côtés, ils connaissaient mon père mieux que moi. Et puis, j'avais lu, dans un de mes livres préférés, que « les obsèques [...] étaient pour les vivants » (Nos Etoiles contraires, J. Green). Et cela me semblait vrai. Puisque je n'étais pas la seule à tenir à mon père, il me semblait juste de consulter son équipe sur l'organisation de tout cela.

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant