Chapitre 2

354 28 2

Mais je n'eus pas le temps d'y penser trop puisque le café fut rapidement plein et qu'Éric autant que moi étions débordés. Les clients se multipliaient et nous nous dépêchions de leur donner satisfaction. Nous avions l'habitude de fonctionner ainsi et nous étions plutôt efficaces.

La journée se termina et j'avais le visage en feu d'avoir trop sourit pour présenter une tête accueillante à tous les clients. Mais j'étais satisfaite du travail accompli. Nous n'avions eu aucune crise majeure, ce qui faisait une différence avec la semaine dernière où une jeune femme avait fait un scandale parce qu'elle avait commandé un éclair au chocolat avec des éclats d'amandes mais qu'elle n'avait pas trouvé les amandes dans sa pâtisserie. J'étais plutôt quelqu'un d'impulsif alors j'avais dû prendre sur moi de rester calme. Dans ces circonstances, le mieux était d'offrir une partie de la commande, ce que j'avais fait, et elle avait tout de suite retrouvé le sourire. Mais aujourd'hui, il n'y avait pas eu de crise de ce genre.

Je ramassais des tasses et des assiettes dans lesquelles il y avait, quelques heures plus tôt, des pâtisseries. Il ne restait que quelques clients, ils étaient quatre ou cinq. Cinq pour être exacte puisque l'un d'entre eux était dans le coin le plus sombre du café, je ne l'avais pas vu au premier abord.

Je remarquais alors que si un couple discutait en plein milieu du café avec un ami à eux, les deux derniers clients s'observaient chacun à un bout de la pièce. On aurait dit qu'ils se jaugeaient avant de se jeter l'un sur l'autre pour se battre. J'espérais juste que cela n'arriverait pas ici, dans le café, je n'avais pas envie d'éterniser ma soirée en étant contrainte de répondre à des questions de la police qui serait venue séparer les deux hommes.

Je trouvais ce comportement bizarre et me demandais subitement si mon père faisait référence à ce genre d'énergumènes pendant notre conversation. Est-ce que je devais le rappeler pour lui parler d'eux ? Mais cela risquait de le déranger... Et sans doute pour rien.

Je n'allais pas me mettre à juger toutes les personnes qui passaient par ici juste à cause du boulot de mon père qui le contraignait à voir des atrocités partout. Ces deux hommes étaient peut-être simplement deux anciennes connaissances qui cherchaient à déterminer si l'autre l'avait reconnue ou non. Aussi bien, dans quelques minutes, l'un des deux allait se lever pour aller saluer l'autre et on pourrait entendre dans l'établissement des « oh ! Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu ! Comment tu vas ? Et ta famille ? Toujours marié avec Sophia pas vrai ? » et autres phrases qui seraient de circonstance dans cette situation.

Je continuais donc de ramasser la vaisselle sur les tables sans plus leur prêter attention. J'avais presque fini mon travail pour la journée et je songeais déjà à ce que j'allais faire une fois chez moi.

Je passais de l'autre côté du comptoir m'approchais d'Éric.

- Eh boss ! Faudra commander plus de mille-feuilles, on a été complètement dévalisés, c'est sans doute leur si belle présentation qui fait envie aux clients, il ne faudrait pas en manquer la prochaine fois.

Mon patron se tourna vers moi en souriant.

- J'en prends note Miss, merci de ta réflexion. Aller, rhabille toi et rentre, tu as l'air épuisée et tu as bossé bien plus longtemps que tu n'aurais dû.

J'enfilais mon blouson en cuir et sortis par l'arrière du café. Je pêchais les clés de chez moi dans mon sac à main et en profitais pour y poser mon téléphone portable. Il se fondit dans le bazar qui régnait à l'intérieur.

Je n'avais que quelques rues à parcourir avant d'être enfin chez moi pour la soirée. Et je savourais déjà la grasse matinée du lendemain qui m'attendait. J'allais sans doute prendre une longue douche chaude pour me délasser les muscles et je me poserais devant la télévision pour regarde un film bien niais.

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant