Chapitre 10

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Ronan décida qu'il était temps qu'on rentre. Je me doutais qu'il faisait cela pour moi, il était plongé dans une discussion passionnante au moment où il donna le signal de départ. Il avait probablement vu que le départ de Del m'avait quelque peu perturbée. Sans elle à mes côtés je me sentais un peu perdue. Et j'étais si fatiguée à cause de cette journée épuisante et des précédentes qui avaient été très chargées. J'étais comme vidée de toutes mes émotions.

Il faisait passer mon intérêt avant le sien, ce qui me plaisait moyennement. Je ne voulais pas être un poids pour lui. Mais je ne contestais pas sa décision. Je me laissais porter par les événements. Ou plutôt, je rassemblais mes forces pour la discussion que nous allions avoir plus tard, et qui serait probablement houleuse... Je savais qu'il n'accepterait pas directement de faire cette foutue protection. Il voulait me protéger. Mais j'allais vite étouffer si j'avais toujours un policier dans les pattes. Et cela ne serait pas gérable. Je ne pourrais plus rien faire sans devoir rendre des comptes, ce que je ne supporterais clairement pas.

Je saluai les autres membres de l'équipe, les remerciant de tout ce qu'ils avaient fait pour moi. Même si leur présence dans ma vie était un peu invasive, je les appréciais quand même. Ils étaient tous très gentils.

Une fois à l'appartement, je posais mes escarpins, seule paire de chaussure qui allait avec ma tenue. Je soupirais de soulagement, une fois que mes pieds furent posés à plat sur le sol. Je n'aimais pas trop les talons, je trouvais cela très inconfortable.

- Tu veux boire un thé ou un café ? 

Demandais-je à Ronan. Il hocha la tête à l'affirmative. Je regardais l'heure et devinai qu'il prendrait un thé. J'allais, quant à moi, boire un peu de caféine. Je servis les deux tasses et les posaient sur la table basse. J'avais mis un fond sonore en allumant la télévision. Mais je ne regardais pas l'écran.

Je me posais sur le canapé, Ronan en face de moi.

J'inspirais profondément avant de me mettre à parler.

- Est-ce que cette protection H24 est vraiment nécessaire ? Je veux dire, c'est idiot de mobiliser un homme de l'équipe pour moi alors que je peux veiller sur moi toute seule. Et puis, vous avez sans doute besoin de vous retrouver tous ensemble pour vous remettre au travail. Il vous manque déjà mon père et ce serait handicapant de vous priver d'un autre membre supplémentaire. En plus, je n'ai pas une activité à risque, je reste dans des quartiers fréquentés la plupart du temps. Je pense que le risque est négligeable qu'il m'arrive quelque chose. 


L'homme en face de moi me dévisagea. Il sembla comprendre que je réfléchissais à cet argumentaire depuis un moment. En fait, depuis le début, je cherchais comment les convaincre de me laisser un peu seule. Je n'avais abordé le sujet qu'aujourd'hui parce que jusqu'à présent, leur présence, bien qu'agaçante, me rassurait. Mais je ne voulais pas devenir dépendante d'eux. Ils ne pourraient pas toujours être là pour moi, il fallait que je me débrouille seule désormais. Il allait prendre la parole, mais je le coupais.

- En plus, pendant ces trois jours, rien n'a montré que j'étais vraiment en danger, si ? Et puis, si j'ai vraiment des ennuis, j'ai les numéros de portable de tout le monde sur mon téléphone. 


J'étais vraiment exaspérée par cette protection. Je n'avais pas pour habitude d'avoir quelqu'un dans les pattes à chaque minute de la journée.

Il sourit, mais rien dans son air ne me disait que j'avais gagné ma liberté. J'aurais voulu avoir un indice pour savoir s'il allait se ranger à mon avis ou s'il allait m'imposer un 'garde du corps' en permanence. Et si c'était le cas, j'aurais bien voulu savoir pour combien de temps...

- Visiblement tu as vraiment envie de te débarrasser nous Tegan, vrai ? Je ne sais pas ce que tu imagines, mais tu cours un véritable risque, et notre protection est le stricte minimum de que ce l'on devrait t'accorder. Penses-tu que ton père voudrait que tu prennes des risques inconsidérés après ce qui lui est arrivé ? 


Je le regardais, blessée qu'il se planque derrière Pap's pour me convaincre.

- Mon père sait que je prends jamais de risque dans ma vie et il n'est pas là pour m'affirmer que ce prétendu risque est réel. En plus, ce n'est pas la première fois que je suis en danger à cause de son travail, et il n'a jamais mis en place ce genre de 'protection' comme vous dites, lui répondis-je d'un ton froid, il ne l'avait jamais fait, sans doute parce que je ne l'avais pas laisser faire.


Ronan resta calme. Cela m'énervait encore plus. J'avais envie qu'il crie le premier pour pouvoir me lâcher aussi. Je voulais une dispute, je la cherchais, sans doute inconsciemment, pour pouvoir relâcher la pression. Mais il refusait de rentrer dans mon jeu...

- Ah oui ? Et à ton avis, ce qui lui est arrivé, c'était réel ? 

S'il voulait continuer d'appuyer sur les boutons qui faisaient mal, il allait finir par me mettre dans une rage qu'il ne pourrait pas contenir. Mais je ne devais pas m'énerver ; pas s'il rester aussi calme.

- Je n'ai pas dit que vous ne risquiez rien. Simplement que rien ne prouvait que les méchants en ont vraiment après moi. Et tant que rien ne le prouve, je ne vais pas supporter l'un de vous dans mes pattes.


Et s'il voulait vraiment jouer à ça, il verrait à quel point je peux être une peste. Cela ne lui avait pas suffi que je prenne la fuite le premier soir ? Mon visage resta impassible et pourtant, je commençais à être en colère.

- Très bien, dans ce cas, on discuteras avec l'équipe pour savoir si notre présence est encore nécessaire ou non. Mais autant te dire qu'au vu de ce que t'as dit le ministre, il est possible que nos supérieurs insistent pour maintenir cette protection. 

Je lui lançais un regard noir. J'avais obtenu presque ce que je voulais, la dispute en moins, je n'allais pas lâcher mon avantage à cause de leur hiérarchie. S'il avait cédé, il avait intérêt à faire céder tout le monde.

- Débrouillez-vous pour faire sauter cette garde rapprochée ou je me ferais une joie de fuir mes sois disant gardes du corps autant que possible.


Il accusa le coup. Il ne s'attendait sans doute pas à autant de résistance. La conversation s'était terminée et je ne comptais pas reprendre le débat. Je camperais sur ma position et lui sur la sienne. Il m'informa qu'il restait de toute façon le soir même et je répondis que je m'en doutais. Est-ce que j'en étais agacée ? Je n'arrivais pas à le déterminer. Comme toujours, je trouvais sa présence rassurante. Je n'étais pas vraiment seule et cela me faisait du bien. Et même si je ne l'aurais jamais admis, le fait que la présence policière à mes côtés allait bientôt disparaitre me faisait un peu peur.

Je pris la télécommande de la télévision pour monter le son et zapper un peu. Aucun programme ne trouva grâce à mes yeux et à huit heures, je décidais d'aller me coucher.

- Tegan, tu n'as rien mangé depuis hier soir, me dit Ronan quand je l'informais de ce que je comptais faire. Et dire que je pensais qu'il n'avait pas fait gaffe...

- Ah oui ? En plus d'être mon garde du corps, tu surveilles ce que je mets dans mon assiette ?, lui demandais-je.


J'étais dans un état d'énervement tel que j'allais prendre le contrepied de tout ce qu'il dirait. Il sembla le comprendre et me laissa disparaître dans ma chambre pour la soirée. J'étais tout en tension. Je n'avais pas pu me disputer contre lui, et je ne pouvais pas frapper dans un mur sans qu'il s'en aperçoive. Je ne savais pas comment évacuer tout cela. Je lui en voulais de ne pas m'avoir permis de faire retomber la pression en me donnant cette dispute. Il avait le même talent que mon père dans ces circonstances, il laissait couler tout ce que je pouvais dire.

Je finis par enfiler un pantalon de jogging et un sweat et prendre un livre. Assise en tailleurs sur mon lit, je faisais tourner les pages en me plongeant dans l'histoire. Je finis par m'endormir, épuisée, la lampe encore allumée. 

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant