Chapitre 34

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Del roula en respectant toutes les limitations de vitesse, une grande première pour elle. Cela me fit sourire. Je crois qu'elle n'avait pas envie qu'on arrive. Elle ne voulait pas qu'on soit à nouveau séparées. Nous n'aurions aucun moyen de nous contacter ensuite sans risquer d'attirer l'attention sur moi.

Une fois dans notre ville, Del et moi cherchâmes un nom bidon pour la réservation. Elle proposa Justine Bridou mais je savais que je ne pourrais jamais dire cela sérieusement à la fille de l'accueil. Toutes les folies y passèrent, d'Augustine des Fleurslisses à Djambé Rabouzid. Nous nous prîmes un énième fou rire en cherchant un prénom idiot. Encore un moment de complicité entre nous deux. Je me sentais toujours aussi bien. Et pourtant j'avais peur. J'étais terrorisée. Mais je ne l'aurais admis pour rien au monde. Je ne voulais pas inquiéter ma meilleure amie. Et puis j'avais tellement dit que je voulais être seule, que je n'avais besoin de personne, à Ronan, que je ne voulais pas admettre que je m'étais trompée.

Pour oublier ma peur, je consacrais toute mon énergie à trouver un prénom et un nom qui me servirait de fausse identité. De toute façon, je savais qu'il ne me faudrait pas mentir beaucoup pour être crue, puisque je comptais aller dans le premier hôtel miteux que je trouverais. Ce n'était que temporaire et je n'avais les moyens de m'offrir un hôtel de luxe...

Et finalement, je décidais de prendre l'identité d'une cousine de Del, qui s'appelait Alexie Briand.

Del me posa dans la zone industrielle. Elle me souhaita bon courage. Et je fis de même, elle allait devoir affronter la tempête Ronan dès qu'elle allait mettre un pied chez elle. Pas de doute pour nous, il nous attendait là-bas. Il n'était pas idiot. Mais elle saurait le maintenir. Et puis, elle n'avait aucune idée de où j'allais aller, c'était pour cela qu'elle me posait au milieu de nulle part. D'ici à ce que les policiers me retrouve parmi les nombreux hôtels de la ville et surtout sous un faux nom. Le plan était infaillible pas vrai ?

Je claquais la porte de la voiture, regardant ma meilleure amie partir. Nous nous étions amusés comme deux folles et elle allait me manquer, même si je savais que cela n'allait pas durer trop longtemps. Au pire, je pourrais toujours l'appeler d'une cabine téléphonique. Je pouvais très bien me débrouiller pour ne pas être retrouvée par Ronan.

Je sentis les larmes me monter aux yeux. Je me sentais tellement seule. Je frissonnais de peur... Où était Ronan ? Je m'étais habituée à sa présence protectrice... Pourquoi avais-je pris la fuite ?

Tout cela me semblait être une bonne idée quand j'étais avec Del mais désormais... Je me retrouvais toute seule.

Pour ne pas me laisser emporter par mes émotions, je décidais de me mettre en marche. Je ne regardais pas où j'allais. Je me laissais porter par mes pas. Il fallait juste que j'avance, je n'avais pas besoin de but. Je fixais mes pieds qui bougeaient, ne regardant pas tous ceux que je croisais. Je commençais à avoir faim. Il fallait que j'achète quelque chose à manger avant de trouver un hôtel. Je m'arrêtais dans un établissement qui vendait des sandwichs à bas prix. J'en achetais un, avec un soda que j'avalais rapidement.

Je marchais encore quelques dizaines de minutes avant d'entrer dans un hôtel. Je m'étais assez éloignée de la zone où Del m'avait déposée et j'avais laissé passer devant moi au moins une dizaine d'hôtels.

Je réservais une chambre, sans même trébucher sur le nom que je m'étais choisis pour cette aventure. Je récupérais les clés, payant d'avance pour trois jours de location. Je m'installais, même si je n'avais pas vraiment d'affaires à installer.

Je passais dans la salle de bain. Elle était sordide, sans fenêtre, blanche... C'était très impersonnel, et cela amplifia mon sentiment de solitude. Je ne pris pas le temps d'observer mon visage dans le miroir, je passais directement sous le jet d'eau brûlante. Ma peau rougit d'un coup, tellement l'eau était chaude. Mais je m'en fichais. Peut-être que cette chaleur me permettrait de me débarrasser des frissons de peur qui me hantaient depuis que j'étais sortie de la voiture de Del.

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant