Chapitre 4

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Je finis par me relever deux heures plus tard du coin de ma chambre où je m'étais réfugiée. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait dehors. Mais j'allais devoir faire face. J'enfilais le pull, ainsi qu'un jogging, plus confortable qu'un jean. Il fallait que j'affronte tout ce qui m'attendait pour les prochains jours. Avant de sortir, je passais de l'eau froide sur mon visage, mes yeux étaient gonflés et rouges... En passant dans le salon, je me rendis compte que l'autre policier était toujours là. Il n'avait pas profité de mon absence pour s'en aller. Visiblement, mon message mental n'était pas passé... Dommage...

- Est-ce que ça va ? 

Me demanda-t-il. J'eus envie, fortement, de lui voler dans les plumes. Lui répondre que oui, bien sûr, ça allait parfaitement, quelle question... Comme si ça pouvait aller... Si j'allais bien, il ne serait pas là ! Quel idiot ! Mais il n'y était pour rien si je voulais l'attaquer de mes piques mesquines. J'étais comme ça, quand j'étais blessée je devenais beaucoup plus méchante avec ceux qui voulaient m'approcher. Ce n'était pas vraiment le comportement à avoir, j'en avais conscience. Mais je ne pouvais pas m'en empêcher.

Je me rappelais que si j'avais perdu mon père, lui avait perdu un collègue, il ne fallait donc pas que je m'en prenne à lui. Il devait lui aussi souffrir. D'ailleurs, il n'avait pas l'air très bien non plus...

Je me contentais de hocher la tête par l'affirmative. Je m'approchais de l'espace cuisine pour faire chauffer de l'eau.

- Tu veux du thé ou du café ? 

Lui demandais-je d'une voix chevrotante. Il acquiesça et je sortis deux tasses. Mon père estimait qu'il n'y rien qu'une tasse de thé ou de café ne puisse améliorer. Mais en l'occurrence, je doutais que boire une boisson chaude change les choses... Cela ne le ferait pas revenir.

Aucun de nous ne parla de tout le temps que pris l'eau à bouillir. Je me tournais vers lui avec la boite de thé dans une main et de café dans l'autre. Il pointa du doigt le contenant plein de sachet. Je pris alors deux d'entre eux pour les poser dans les tasses et versais l'eau par-dessus.

Je lui tendis sa boisson, pris la mienne et m'assis dans le canapé. Malgré la chaleur trop intense sur mes doigts, je les gardais posés sur mon mug. Je me moquais d'avoir des brûlures, cette douleur ne pouvait pas être pire que celle que j'avais au cœur.


Jusqu'à maintenant, je n'avais pas tellement échangé avec Ronan, pourtant, je me doutais qu'il allait falloir que nous parlions de choses dont je n'avais pas envie.

- Qu'est-ce qu'il s'est vraiment passé cet après-midi ? 

Dis-je, la gorge nouée. Je ne savais pas si je voulais vraiment savoir, mais je ne pourrais jamais vivre sans connaître la véritable histoire qui avait amené ce grand brun dans mon appartement.

- On a eu un tuyaux sur notre affaire de trafic. Un gars qui affirmait que tout se tramait dans un entrepôt. On le surveillait depuis un petit moment et il n'y aurait dû y avoir personne. Ton père a tenu à être celui qui... 

L'homme qui me parlait s'arrêta quelques secondes avant de reprendre, d'une voix émue

- ... il voulait être celui qui poserait le matériel d'écoute et d'espionnage dans le bâtiment. C'était un homme d'action, il ne voulait pas que ses subordonnés le croit incapable de faire ce genre de travail et c'est pour ça qu'il faisait toujours les trucs les plus difficiles.

Je reconnaissais bien là le caractère de mon père. Ne jamais prendre les autres de haut, et toujours leur montrer que malgré sa supériorité hiérarchique il restait un homme comme les autres. Mais pourquoi était-il ainsi ? Si seulement... S'il n'était pas entré dans ce bâtiment, il serait toujours en vie... Je serais présente pour lui, pour l'aider à surmonter la perte de son collègue, mais lui, il serait toujours là. Ce n'était pas juste... Pourquoi lui ?

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant