Chapitre 16 : je ne pensais pas en apprendre autant

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Sterenn

Il est plus de 11 heures lorsque mon portable sonne, m'annonçant un appel de Yann. Jusque-là, la journée a suivi son train-train : messe, petit déjeuner où ma grand-mère a été l'heureux cobaye de mes petits biscuits et une matinée en cuisine pour continuer à tout préparer et tromper mon impatience. D'ailleurs, je viens d'empaqueter un assortiment pour ses collaborateurs ; j'espère qu'ils aimeront.

Le ton de mon parrain, un peu gêné, me fait frémir. Il avait pourtant dit qu'il ne se défilerait pas ! ce n'est pas vraiment le cas, mais il m'envoie quelqu'un pour me récupérer et éviter que je perde trop de temps.

En fait, à peine a-t-il raccroché qu'une voiture se gare assez bruyamment. Je souris ; le conducteur me rappelle le mystérieux pilote qui me sert de voisin. Sauf que la voiture de celui-ci est toujours garée et que l'homme qui descend du puissant bolide n'est pas d'aussi belle stature que l'ombre d'hier soir.

Ce n'est pas n'importe qui que parrain m'a envoyé, mais son bras droit, son associé, son ami même. Arzhel. Il promet à ma grand-mère que je suis en sûreté, que Yann prendra soin de me raccompagner, en toute fin de soirée. J'ai une bouffée de remords ; je vais encore la laisser seule. Mais elle effleure ma joue et me souhaite de trouver les réponses dont j'ai besoin et de profiter des rencontres de la journée.

Le début de la route se fait dans un silence un peu gêné. Je ne connais pas Arzhel, je suppose qu'il avait mieux à faire que de trimbaler une gamine. Le premier, il brise le silence.

-Ce n'est pas un hasard, tu sais, si je suis là plutôt que Bastien ou un assistant. Bon Bastien, c'est logique, il est un peu trop intéressé par ta petite personne et pas très discret face à ton oncle. Mais je suis là. Si tu as des questions, profites-en, on a tout le trajet et même plus. Je suis à ta disposition tout l'après-midi.

-Non ! Parrain m'avait parlé d'un assistant. Il m'a dit que le vendredi après-midi, les avocats travaillaient.

-Pas trop pendant l'été, c'est assez calme. Et puis quand Yann m'a averti de ta visite, je me suis avancé pour être à ta disposition et répondre à tout. Sur le contenu et son jargon technique, parce que tu vas avoir accès à tout ... Ou sur la conception du testament. Yann m'a dit que ça pourrait être le cas et m'a demandé de répondre à tout ce que je peux.

-Combien de temps avez-vous devant vous ?

-Assez pour que tu aies le temps de me tutoyer. Mais pour répondre à ta question, je n'ai rien de prévu cet après-midi à part être à ta disposition.

Je rougis, gênée d'être encore cause de dérangement. Arzhel rit doucement. Un son que je n'attendais pas de lui. Je me tourne vers lui.

-Tu ne comprends toujours pas... L'importance que tu as pour eux. Ils attendent tous ce moment depuis si longtemps. Depuis qu'on a senti une faille dans la posture de ton père, ce printemps, Yann est comme fou. On a tous tenté de le pondérer...

-Le pondérer ? Pourquoi ?

A nouveau, Arzhel opte pour le silence. Il semble réfléchir, mais je me rappelle des propos de Yann quant à son intelligence et à son sens stratégique. Il y a probablement autre chose. Soit il cherche à me faire cogiter, soit à me mettre mal à l'aise. Dans les deux cas, ça marche.

-On voulait lui éviter une nouvelle déception. Yann a beau être fort, il a dû remonter la pente au prix d'une volonté incroyable. Je sais que vous avez parlé de son problème. Ca m'a surpris, d'ailleurs. D'habitude il est très secret à ce sujet. Aujourd'hui, il est derrière lui ; mais toi, Sterenn, tu es son tendon d'Achille et je crois que ton père le sait parfaitement. Il en joue depuis assez longtemps. Donc je ne voulais pas, et la famille avec moi, qu'il souffre si c'était encore une fausse alerte. Je ne compte plus le nombre de fois où ton père nous a fait ce coup-là... Et puis surtout, je ne voulais pas qu'il s'emballe, ... avant de te connaître. Pardon de te dire ça comme ça. Tu pourras toujours compter sur ma franchise. Mais tu n'es pas que la fille de Katell. Tu es aussi celle de ton père. Et pour traiter depuis des années avec lui, j'avais peur de ton degré de mimétisme.

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