Chapitre 28 : comme le métal sur un aimant.

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Sterenn

Le dimanche, la messe est un peu plus tardive, comme l'a annoncé ma grand-mère, mais pas plus facultative.

Vu la brièveté de la nuit précédente et la perspective de la suivante, -hier, les cousins ont parlé d'une sortie tous ensemble pour assister au feu d'artifice-, ce n'est pas du luxe, d'autant que le prêtre aurait pu pousser au suicide une bande de joyeux drilles.

Je suis machinalement les paroles, tentant de rester éveillée en listant tous les changements de ces derniers jours.

Hier soir, Leslie a ri de m'entendre moins souvent et de me voir si heureuse. Si elle en ressent un pincement au cœur, mon inséparable n'en a rien dit, partageant au contraire mon bonheur.

Elle n'a pas vraiment reparlé de ma mère, mais elle a écouté les quelques bribes de mon passé que l'on m'a racontée. Ca me suffit pour le moment, mais je ne suis pas dupe.

Même si certains de mes cousins ont évoqué les sujets qui fâchent, la consigne que grand-mère a passée est respectée et personne ne rentre dans les détails.

Les contours du fantôme de ma mère deviennent un peu plus nets, notamment grâce à Azelize. C'est à la fois grisant et affolant. J'ai cru m'être fait à ce vide dans ma vie et pour le moment, cette nouvelle connaissance est déstabilisante.

Pourtant, alors que Leslie me considère habituellement comme la reine du contrôle, je ne rechigne pas à naviguer ainsi à vue, d'autant que tous veillent sur moi. En parlant de naviguer, Pierrick a promis qu'on irait tous en mer un prochain week-end. En mer ! sur un bateau ! Celui de mes oncles et sur lequel ils veulent m'embarquer avec leurs enfants !

Autant dire que j'envisage ces vacances avec une gourmandise accrue et que la perspective de l'arrivée de mon père, Magali et les enfants, dans un peu moins d'un mois, m'apparaît comme une échéance aussi lointaine que désagréable.

En même temps, pour une fois, ils seront sur Mon territoire et je serai en position de force, d'autant que les faux seins de ma belle-mère ne sont plus là pour troubler Conan.

Cette idée me fait sourire, mais me vaut aussi un coup de coude aussi discret qu'efficace : j'ai visiblement oublié un répons et grand-mère ne badine pas avec la religion.

Je reprends tant bien que mal le cours de la cérémonie, observe les fidèles, généralement âgés, notamment à cette heure matinale, et imagine leur vie, leur passé, les rêves qui ont été les leurs, leurs bonheurs, leurs aspirations.

Mais contrairement à ce qui se passe les autres jours, je suis aussi un sujet de curiosité pour les fidèles un peu plus nombreux. Je surprends de nombreux regards posés sur moi et ça me met mal à mon aise.

Finalement, il est temps de sortir. Je me lève vivement, prête à m'enfuir, mais je retiens mon geste pour rester au niveau de grand-mère.

On la salue, beaucoup. Elle est une figure de Nevez et visiblement, sa petite fille en est l'attraction du moment.

Je dois serrer des mains, entendre systématiquement des remarques quant à ma ressemblance avec maman, même si, immanquablement, les gens baissent le ton en prononçant ces derniers mots.

J'essaie de chasser mon trouble. J'ai déjà vécu ça, l'autre jour avec Yann. Certes, mais dans les rues de Concarneau, les gens ne faisaient mine de s'intéresser à moi que pour approcher mon oncle, ou presque. Alors que là, ma petite personne est l'objet des bavardages et des regards, et je n'aime pas du tout ça.

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