Chapitre 27 Ne trouves-tu pas que la crevette est devenue une sacrée merveille ?

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Sterenn

Toujours cachée derrière mon mur d'affection, j'entends la porte claquer et des pas énergiques fouler le parquet en même temps qu'une voix mélodieuse s'élève, trahissant néanmoins un énervement certain.

-Rick, je ne comprends vraiment pas pourquoi tu avais besoin que je repasse ici avant d'aller chez ta mère, râle-t-elle.

En plus tu es gonflé, tu m'as dit que tu t'occupais des bagages pendant que j'allais au magasin et tout est au milieu. Rien à faire, on laisse tout en plan et on file.

Ca fait plus de dix ans que j'attends de voir la crevette et tu me fais encore attendre. C'est sadique!

Oh les enfants, vous faites quoi ? En voiture tout le monde et vite ou je vous laisse là!

Quoi ? ... Oh mon dieu !

Les garçons, sur un geste de leur père, se sont écartés et Azelize, ma marraine, est là, à deux mètres de moi.

Elle me dévisage, laisse tomber son sac et ses clefs.

En un instant, Pierrick est tout contre elle, prêt à la retenir si elle chancelle. Maël en fait de même avec moi, l'air de rien.

Nous leur prêtons à peine attention, trop occupées à nous dévisager l'une l'autre.

Elle est belle. Très belle, même. Ses cheveux bruns sont coupés dans un carré plongeant qui fixe les regards vers son visage à l'ovale régulier. Ses yeux, gris comme ceux de Tristan, semblent voir jusqu'au plus profond de mon âme, avant de disparaître sous un voile de larmes. Elle s'effondre, frappe le bras de son mari.

-T'es un idiot, Pierrick. Tu mériterais que je te frappe !

-Euh, techniquement, mon ange, tu l'as déjà fait, tente-t-il de plaisanter pour alléger l'ambiance saturée d'émotions. Ne trouves-tu pas que la crevette est devenue une sacrée merveille ?

-Mon Dieu, Sterenn, que tu es belle. Viens dans mes bras ma puce.

De nouveau, je suis enlacée et je peine à réaliser que mes larmes se mêlent à celles de ma marraine.

Je découvre à quel point le bonheur peut faire pleurer, lui aussi.

Je n'ai jamais été aussi émotive ! Comme si tout mon cœur s'éveillait d'un seul coup alors que jusque là, seuls certains de mes textes parvenaient à m'émouvoir vraiment.

Je reste de longues minutes, lovée dans ses bras, le temps que nos tremblements s'apaisent.

Autour de nous, tout le monde est dans le même état.

Pierrick ne cherche même pas à cacher ses yeux rougis, par plus que Solenn blottie contre lui. Les garçons font mine d'être moins touchés, mais je sais qu'il n'en est rien. Les yeux de Maël sont gonflés, quant à Tristan, sa toux soi-disant allergique ne trompe personne.

Azelize s'écarte de quelques pas, me regarde attentivement, murmure à quel point la ressemblance est troublante, puis me reprend dans ses bras. Elle semble incapable de s'éloigner de plus de quelques pas.

Et loin de mes habitudes, je ne demande rien de mieux que de rester dans ses bras. Elle sent bon. Trésor, me semble-t-il.

Son corps est mince, musclé ; il frémit contre le mien et pourtant, je sens dans ses gestes une incroyable douceur, alors qu'elle caresse mes cheveux, mon visage et me guide jusqu'à un immense canapé où elle se laisse glisser. Nous nous retrouvons assises, toujours enlacées.

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