Chapitre 23 On se pose, on s'écoute, on tire les choses au clair.

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Sterenn

Je les visualise très bien en costume cravate. Le plus mince des deux, qui se présente comme étant Conan avant de m'embrasser, a un look de hipster avec sa barbe brune soigneusement taillée, sa chemise négligemment détachée de deux boutons et un veston très old-fashion porté sur un jean sombre. Sous ses manches remontées, je devine un tatouage assez imposant. Son frère a un look plus traditionnel. Ses cheveux bruns sont coupés très courts, presque rasés, ce qui pourrait lui donner une allure de badboy, sauf que le reste de sa mise est très classique, notamment son pantalon et son polo gris. Il enlève nonchalamment ses lunettes de soleil avant de m'embrasser en me rappelant son prénom, et je me sens scannée par son regard très bleu. Notre étreinte est un peu froide, presque empruntée. Rien à voir avec l'accolade bien plus chaleureuse qu'il échange avec nos cousins. On s'interroge sur les trajets, sur la santé, bref rien de très passionnant. Alors que nous reprenons la route, Conan s'enquiert du programme.

-On pensait manger tous ensemble, qu'on apprenne à se connaître tous, qu'on éclaircisse les zones sombres pour qu'il n'y ait aucun malentendu, assène Soizig, d'une façon qui me laisse à penser qu'il y a effectivement matière à tension. J'échange un regard curieux avec Gwendal qui me rassure d'un clin d'œil.

-Ce me va, concède Armel en glissant son regard glaçant sur moi. Après tout, on est justement venus pour avoir des réponses.

-Si je peux les apporter, je m'entends répondre, j'en serais plus que ravie, mais je crains que tu me surestimes si tu penses que je détiens la clef du moindre secret. Jusqu'à mon arrivée mardi, je ne savais même pas que j'avais une famille.

-Quoi ? Sursaute Conan en se tournant plus franchement vers moi.

Coincée entre mes deux cousins, j'ai un peu de mal à savoir qui je dois regarder. Soizig vient à ma rescousse.

-D'où ma remarque, les garçons. On se pose, on s'écoute, on tire les choses au clair. Mais pour ça, j'aimerais qu'on puisse tous se regarder dans les yeux. C'est jouable ?

Les deux garçons opinent ; je peine à me détendre ; ils ont l'air de ne pas m'apprécier beaucoup et je me sens mal à l'aise. Depuis mon arrivée, c'est la première fois que je ne me sens pas vraiment à ma place et ça me peine. Un comble. Au Bourget, je ne suis JAMAIS à ma place, et je m'en accommode plutôt bien. Mais là, c'est différent. Je suis dans ma famille, et tout le monde m'aime. Alors que me reprochent ces deux-là ? Luttant contre les larmes qui me montent aux yeux, je tente de m'intéresser au paysage, mais pour le détailler, il faut passer par-dessus le corps de l'un de mes cousins et je ne m'en sens pas la force. Néanmoins, je risque quelques regards par-dessus Conan qui se plaque davantage à la banquette.

-Tu y vois ? demande-t-il avec courtoisie.

-Oui, oui, ne te dérange pas pour moi. C'est juste, ... je ne connais pas encore les paysages, j'apprends.

Il hoche la tête et me donne quelques indications. Son ton reste un peu distant, mais il fait un effort, je le sens. De l'autre côté, Armel reste silencieux, mais je sens son regard sur moi. Vivement que je puisse me réfugier à côté des Sudistes, je m'y sens plus à mon aise.

-On déjeune au Distenn ? demande Soizig.

-A vrai dire, répond Armel, j'aurais préféré prendre un truc à emporter à Ti Clémentine.

-Sinon on peut s'arrêter au snack du Cabellou, Hugo nous préparera un truc. La dernière proposition emporte l'avis des garçons, apparemment, c'est une tradition ; je me laisse porter. En plus, selon Conan, c'est plus rapide, et on a une belle vue sur la mer.

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