Chapitre 15 Ils ne montent pas pour moi, mais pour toi

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Sterenn

Je ne suis là que depuis trois jours et pourtant, j'ai l'impression de m'installer dans une routine rassurante. A la messe du matin et ses regards qui se voudraient discrets, ont succédé les menus achats à la boulangerie et chez les détaillants du bourg. J'ai sagement opté pour du pain plutôt qu'un nouveau gâteau. J'ai l'intention de profiter de ma nouvelle garde-robe et ça s'annoncera compliqué si je continue à tester toutes les spécialités culinaires du cru.

Grand-mère me présente à peine, à l'inverse de ce qu'a fait Yann. Elle établit la même distance avec tous, acceptant comme une évidence les salutations des villageois, répondant de quelques mots brefs. On est loin de l'habile séduction de mon oncle, mais la voir interagir ainsi avec les autres me montre aussi que sa froideur n'est en aucun cas dirigée contre moi.

De retour à la maison, nous avons aussi mis en place un train-train confortable ; elle m'initie au jardinage, j'en profite pour grappiller quelques framboises et croquer un radis, on s'installe en cuisine pour préparer le déjeuner. Là encore, pas un mot superflu n'est échangé. Comme hier, en cuisine, je me sens tout de suite plus à l'aise et, pour m'amuser, je commence à tailler les pommes de terre en diamant. C'est une technique qu'on a apprise avec un jeune chef particulièrement mignon qui était à fond sur la présentation ; sans réfléchir, je taille avec vitesse et précision quatre pommes de terre avant que ma grand-mère ne s'approche pour regarder.

-Je n'ai pas l'habitude d'une préparation aussi sophistiquée. Aussitôt, je m'arrête, mais elle pose sa main sur mon bras avec une certaine douceur. Ce n'est pas une critique, petite. Tu as l'air de penser que chaque phrase qui t'est adressée est un reproche, mais ce n'est pas le cas. Je suis juste admirative de la façon dont tu transformes une simple patate en quelque chose d'élégant.

-Je pensais en mettre dimanche.

-Si tu veux. Tu as pensé à ce que tu voulais qu'on cuisine ?

Je rougis jusqu'au front, pas certaine de la façon dont elle va accepter ma proposition.

-En fait, j'aimerais que dimanche, tu te reposes. Si j'ai bien compris, on va être vraiment nombreux et je voudrais faire ça pour toi, pour eux.

-Pour nous, Sterenn, rectifie-t-elle avec un regard qui montre sa clairvoyance. Parce que ce repas est un repas de ta famille et que tout le monde vient te voir. N'espère pas que tu pourras te défiler en te cachant dans la cuisine ; ou alors tout le repas va se faire dans la cuisine et on risque d'être vraiment serré. Ceci dit, je crois que je peux comprendre ta démarche, si elle s'inscrit dans celle d'hier. Voilà ce qu'on va faire. Je te laisse la main sur la cuisine ; mais je suis là si tu as besoin d'aide ; je sais que Yann t'y aidera, je suis prête à parier que ce sera aussi le cas de Solenn.

-Pourquoi, elle cuisine aussi ?

-Pas spécifiquement, mais si j'en crois l'état d'excitation dans lequel elle est depuis que ton arrivée a été évoquée et plus encore depuis qu'elle sait que tu es là, je pense que tu seras obligée de te cacher pour lui échapper.

Ce portrait devrait me faire un peu peur, mais au contraire, il me comble de joie parce qu'il confirme qu'on m'attend. Mes réflexions sont interrompues par ma grand-mère qui me demande si elle peut quand même savoir, en avant-première, ce que j'ai prévu de cuisiner. Je lui explique mes plans et elle écarquille les yeux, en me demandant si je ne suis pas un peu trop ambitieuse.

Habituellement, une telle remarque m'aurait fait perdre mes moyens. Mais pas dans ce domaine, pas face à elle. Je lui explique mon planning et elle objecte de nouveau que je suis en vacances.

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