Chapitre 24 : je n'étais pas le plus enthousiaste

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Sterenn

Je sens que ce doit être moi.

Je le fais de la façon la plus légère possible en levant mon eau gazeuse vers mes cousins.

-A nous ; il y a une semaine, je me croyais seule et sans famille, aujourd'hui, j'ai la chance de faire votre connaissance, puissent ces moments se multiplier.

Nous trinquons tous avant que Conan ne se racle la gorge.

-Comme tu l'as compris, de nous tous, nous sommes les plus dubitatifs quant à ton arrivée. Les Sudistes sont sous le charme, quant au trio, si j'ai bien compris, ils sont fous d'impatience. Nous aussi, ... d'une certaine façon. Mais je n'oublie pas...

J'écarquille les yeux devant son ton plus dur. Il reprend.

-Je n'oublie pas, ce qu'était notre famille avant la mort de ta mère. J'avais seize ans quand c'est arrivé et j'ai vécu en direct l'effondrement. Sa mort, la naissance en catastrophe de Tristan, les heures d'angoisse absolue autour de lui en plus du désespoir autour d'elle...

Tu ne le sais pas, visiblement. Azelize attendait Tristan quand c'est arrivé. Elle venait de passer les six mois de grossesse. Grand-père était mort et tout le monde disait que c'était la fameuse roue de la vie : l'un part, l'autre naît...

Sauf que ce n'est pas la mort de grand-père qui a accompagné sa naissance. Lorsqu'elle a appris l'accident, le choc a été si violent pour Azelize que ça a déclenché le travail. Pendant de longues semaines, on n'a pas été sûrs qu'il survive.

Tu n'es pas responsable de ça, bien sûr. Mais c'est pour que tu réalises. Ce que tout ça représente pour nous. Ce que Tu représentes pour nous. Ta mère était ma marraine. J'en ai été privé et, quelque part, j'aurais aimé combler ce vide avec toi... Sauf que toi aussi tu as disparu.

Pas morte, mais juste volatilisée. Je me souviens des étés où tu venais, de la tension chez les adultes, de la distance que ton père nous imposait. Et puis d'un coup, tu n'es plus venue non plus. Plus rien. Pas de nouvelles, aucune réponse à nos lettres et les courriers de ton père pour nous dire que tu ne voulais plus entendre parler de nous, que ta vie parfaite était loin de nous.

-C'est, ... c'est un mensonge, balbutié-je, bouleversée de devoir l'admettre. Ma vie parfaite, mon refus d'entendre parler de vous. Je ne savais même pas que vous existiez.

-Si, Sterenn ; on s'est vus, plusieurs étés. Armel a même une cicatrice qui en témoigne !

J'écarquille les yeux, avant que son cadet ne soulève son pantalon. Tout le long de sa jambe, une fine cicatrice témoigne d'une blessure ancienne.

-Nous étions tenus à l'écart des discussions la plupart du temps. La seule chose qu'on savait c'est que l'arrivée de ton père entraînait des tensions entre les adultes. Ils disaient plein de gros mots, rigole Armel et nous, les plus grands, on savait que ça ne plaisantait pas. Mais tu étais là ; un amour de bonbon sucré ; on profitait de ta présence, comme si on avait su que ça ne durerait pas... Et puis il y a eu le dernier été avec toi. Tu avais 4 ans, un truc comme ça ...

-Si peu ?

-Oui, les années qui ont précédé la rupture, ton père ne t'emmenait plus. Mais cet été-là... Ton père et Pierrick se sont battus. Sévère. Ils ont failli en venir aux mains. Dans l'heure, tes affaires étaient prêtes et tu étais dans la voiture. Et tu pleurais, tu pleurais, des sanglots à fendre l'âme, murmure-t-il, la gorge plus serrée.

Et je me suis rendu compte que tu avais oublié le bracelet avec ton prénom que je t'avais fait faire, turquoise et mauve parce que c'était tes couleurs préférées. Alors, j'ai voulu courir pour te rattraper et te le donner. J'ai couru comme un fou, j'ai pris des raccourcis et bien sûr j'ai glissé, dans un fossé. Je me suis ouvert la jambe. C'est ma blessure de guerre. Grâce à toi, j'ai pu draguer facilement, conclut-il en souriant et en tendant la main par-dessus la table pour presser ma main.

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