Chapitre 17 L'heure de rencontrer les tiens

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Sterenn

Un contrat de mariage ? Son dernier testament ?

Ces idées me font frémir. Suis-je assez forte pour entrer ainsi dans l'intimité de mes parents ? En ai-je le droit d'ailleurs ? J'imagine bien que papa n'aimera pas apprendre que je suis passée outre ses silences et son refus de se pencher sur notre passé, celui où nous formions une famille avec ma mère. Selon Yann, maman lui a imposé le premier, et le second l'a rendu fou. Je devrais peut-être me contenter de lire son cahier pour apprendre à la connaître. Ne devrais-je pas appeler mon père pour lui en parler ? Ou mieux encore, attendre son arrivée pour avoir d'abord son opinion et même sa version des événements ?

En même temps, s'il avait eu la volonté de m'en parler de lui-même, il a eu quinze ans pour le faire. Je relève la tête vers Arzhel qui attend sans un mot, mais sans me quitter des yeux.

-Je suppose que tu vas me suggérer de commencer par le contrat de mariage ?

-Assurément. Commence par le commencement.

J'obéis, ouvre la lourde pochette siglée de l'étude de maître Maudet, à Pont-Aven.

Le contrat a été signé quelques jours avant leur mariage. Il détaille les biens de chacun avant leur mariage. Maman possédait déjà le studio et l'appartement, ainsi que la plupart de ses bijoux. En comparant avec l'inventaire, il n'y a que l'alliance et un pendentif avec une émeraude qui ont été ajoutés, à moins que papa n'ait récupéré ses bijoux après sa mort. Il possédait déjà l'appartement du Blanc Mesnil. Je m'en souviens vaguement avant qu'on n'emménage dans la maison du Bourget.

Le reste prévoyait que ce qui serait acquis pendant le mariage serait réparti en fonction de l'apport de chacun et que sauf précision contraire, les droits sur ses livres seraient tous acquis à ma mère.

-C'est un contrat classique, non ?

Arzhel confirme d'un hochement de tête et selon le procédé que je commence à connaître, attend.

-Je ne comprends pas. Yann me dit que ce contrat l'a mis en colère, mon père. Mais il me paraît très logique.

-C'est vrai. Il est standard. Rien à voir avec certains contrats prénuptiaux délirants qui prévoient même la fréquence des relations sexuelles et les indemnités supplémentaires par année de mariage, par enfant, etc. Là, il s'agissait juste de faire la liste de ce que chacun avait en commençant, de ce que chacun aurait si le mariage devait s'achever. Ce n'est pas la seule raison, ça pouvait être aussi pour préserver ses biens si jamais ton père lançait une entreprise, ça se fait aussi.

-Mais qu'est-ce qui a mis mon père en colère ? Que ma mère ait pris des dispositions au cas où leur mariage échouerait.

-Peut-être, répond, laconique, l'avocat. Je commence à connaître sa stratégie et je continue à réfléchir.

-Qu'elle ait agi comme s'il pouvait être intéressé par sa fortune ou même qu'elle ait annoncé dès le départ qu'il n'y avait pas accès. C'est ce que tu penses ?

-C'est en tous cas ce que pensent tes oncles, et vu le déséquilibre de leur patrimoine de départ et sa réaction à l'arrivée, ...

-Ce n'est pas une hypothèse saugrenue.

Cette fois, Arzhel se contente de hocher la tête, mais je vois dans son regard que c'est ce que tous ont pensé ; probablement même mon père. Vu sous cet angle, je peux comprendre qu'il ait peu apprécié, même si, pour moi, si on n'a aucune intention malhonnête, on n'a aucune raison de se sentir accusé.

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