Chapitre 9 Toi, ton ersatz, ça a été quoi ?

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Sterenn

Cette dernière phrase me pétrifie.

-Ses livres ? Quels livres ?

-Je me doutais bien que tu ne savais pas ... Elle écrivait, depuis toujours ; sous plusieurs pseudonymes. Elle avait pris des pseudos américain, c'est plus vendeur, disait-elle. Sauf pour les livres pour enfants qu'elle a signé de son vrai nom, quoi son nom de jeune fille. Sinon, elle avait plusieurs alias, Cathy New pour ses polars sombres, à vous créer une nuit blanche et Kate Angel pour ses livres sentimentaux que je n'ai pas lus. Mylène trouvait que c'était torride et je n'avais pas forcément envie de découvrir les fantasmes de ma sœur, même à visée littéraire. J'ai déjà eu du mal à découvrir à quel point elle aimait tuer des salauds, virtuellement bien sûr et l'imagination dont elle pouvait faire preuve pour arriver à son résultat.

-Et ça s'est vendu ?

-Ca se vend toujours, tu veux dire ! Tu touches des sommes rondelettes tous les ans, des trois secteurs en plus. Je reçois régulièrement des demandes pour reprendre la publication, notamment pour le numérique ; j'ai ses manuscrits, si ça t'amuse d'y jeter un œil, même ceux sur lesquels elle travaillait à sa mort. Ce sera peut-être un moyen de la connaître mieux, car elle mettait beaucoup d'elle dans ses livres.

Je plonge le nez dans mon verre et étouffe un petit rire. Mon oncle hausse les sourcils.

-Il y a 24 heures, j'étais sans famille, en tous cas sans famille de sang et de coeur et je vivais de la charité de mon père. Et une journée plus tard, j'ai fait connaissance avec ma mère, ... enfin, tu vois ce que je veux dire, avec sa tombe ; je découvre une famille, des points communs avec ma mère, et en plus, j'ai de l'argent. Ca me perturbe.

-Maman t'a emmenée au cimetière ? Elle n'a pas perdu de temps.

-Oui, avant même que j'aie défait mes affaires, ... mais c'est bien, rectifié-je pour ne passer pour une ingrate. Ca m'a juste fait un choc. Je n'avais pas eu le temps de m'y préparer. En même temps, est-ce qu'on peut se préparer à ça ? Mais c'était intense. Je n'ai aucun souvenir d'avoir été physiquement aussi proche d'elle. C'est dingue de dire ça ; parce que techniquement, ... mais j'ai eu l'impression de la sentir près de moi. C'était fort ; plus que la messe ce matin, un peu matinale pour moi.

-Tu as eu droit à la messe aussi ? Ne lui en veux pas. C'est son éducation ; elle n'a pas consulté de psy, n'a pas pris d'antidépresseur, n'a utilisé, ... aucun ersatz, après ; mais elle s'est tournée vers ce qu'elle savait, la prière. Tu sais, elle a perdu beaucoup.

-Je sais, j'ai vu la plaque au cimetière.

-Bien sûr ; les enfants ; mon père qu'elle adorait, malgré tout, ... et ta mère. Ne te trompe pas, ma mère nous aime tous. Mais une fille, ... Elle était la pierre angulaire de la famille : la dernière, la seule fille, sans compter son tempérament. On a tous eu du mal à s'en remettre. Maman a trouvé un réconfort en priant ; mais si c'est trop lourd, je peux lui demander de te laisser dormir.

-Non, laisse ; c'est important pour elle et comme ça, je me sens un peu proche d'elle. Pour l'instant, j'ai un peu de mal à prendre mes marques avec elle ; elle est très différente de ce dont je rêve depuis que je suis toute petite. Je suis sûre qu'elle est adorable, mais je l'imaginais plus, je ne sais pas, mamie gâteau, câlins, bisous tout ça. Cette idée le fait rire. Effectivement, ce n'était pas son genre, même si elle fait des supers gâteaux et réussit les crêpes à la perfection. Nous restons un instant silencieux devant leur plat, mais je reprends. Je peux te demander quelque chose ? Devant son assentiment silencieux de son oncle, je reprends. Toi, ton ersatz, ça a été quoi ? L'alcool ?

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