Chapitre 32 : on se dit juste au revoir. Tu le sais, ça ?

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Sterenn

Le réveil est une nouvelle torture qui arrache à Solenn un grognement néanderthalien. Si je comprends bien ce qu'elle marmonne, elle ne comprend pas ce que je fais debout aux aurores. Un autre grondement me confirme qu'elle ne va pas à la messe. D'ailleurs, à en croire le demi-sourire de grand-mère lorsque je sors seule de la chambre, elle ne l'attendait pas. Je me jette sur mon bol de café, me brûle un peu la gorge, mais tant pis.

La messe est aussi morne que d'habitude, mais c'est, bizarrement, une routine apaisante. Il y a moins de monde qu'hier, lorsque nous sortons. Je fais attention à ne pas jouer les sauvages. Mais je sens un regard sur moi. Il fait naître en moi une chaleur désormais plus familière. Pas d'erreur, c'est encore mon bel inconnu. Cette fois, il marche droit sur nous, un large sourire sur le visage. J'ai enfin le loisir d'admirer ses yeux bleus, presque délavés, aussi pénétrants que ceux d'un loup. Ils sont fixés sur moi, même si c'est à ma grand-mère qu'il adresse en premier un signe de tête alors qu'il n'est plus qu'à quelques pas.

Loin de répondre à sa salutation, elle m'attrape par la main et m'entraîne à sa suite d'un pas vif, celui de la fuite. Nous traversons la place du village jusqu'à sa voiture.

—Grand-mère, on a oublié le pain, non ?

Grommelant, elle accepte de faire demi-tour après avoir vérifié d'un œil acéré que la route était libre. Une fois dans la voiture, je me permets de l'interroger.

—Qui était-ce ?

—De quoi parles-tu Sterenn ?

—Le garçon qui est venu te saluer, et que tu as ignoré, c'est qui ?

—Personne assène-t-elle.

—Plutôt beau gosse pour un « personne ». Non en fait, spectaculairement beau. Je ne comprends pas. Hier, tu m'as reproché mon impolitesse et là, tu as carrément tourné le dos alors qu'il venait te saluer.

—Ca n'avait rien à voir. Hier, ce sont mes amis, des gens respectables, que tu as offensés.

Soit ; donc il n'est ni de ses amis, ni respectable. C'est ce que je dois entendre dans cette remarque. C'est bien dommage.

Je profite de ce que Solenn est sortie de son semi-coma pour l'interroger. Je lui parle de ce beau gosse, qui ne doit pas habiter loin, qu'on a croisé au feu d'artifice et qui visiblement doit rester loin de moi.

Ma cousine explose de rire.

—Ca, ça concerne tous les mecs des alentours qui veulent garder leur virilité intacte. Je crois que chacun des garçons a fait passer le message dans son réseau ! D'ailleurs, je devrais te remercier, ce n'est plus sur moi qu'ils se concentrent en ce moment; la chasse est ouverte pour moi !

Je me joins à son rire, mais je ne suis pas plus avancée et je ne crois pas que ce soit la peine de tenter ma chance auprès des garçons, encore moins pour leur faire remarquer que je cherche à déjouer les précautions qu'ils ont prises pour me préserver de ce beau garçon que grand-mère ne trouve pas fréquentable.

L'arrivée de la troupe me serre le cœur. Non pas que je sois triste de les revoir, mais parce que leur arrivée signifie qu'il sera bientôt l'heure de se séparer. A 14 heures pour Conan qui a déjà raccompagné son cadet à la gare, et partira finalement avec les sudistes qui ont dégoté un vol direct depuis Brest. Autant dire que les minutes qui nous restent ensemble sont comptées et que jamais je n'ai été aussi heureuse de passer de bras en bras. Chacun a quelque chose à me dire, à me rappeler, et pour une fois, les trois cousins qui restent sur place acceptent de passer au second plan car ils savent que nous avons l'été devant nous.

Un été pour une vieLisez cette histoire GRATUITEMENT !