Chapitre 12 Si vous saviez comme vous allez l'aimer

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Yann

Puisque Sterenn m'a chassé en riant de la cuisine, je suis ma mère dans son petit potager. Elle en sourit, pas dupe de ce prétexte. Je n'ai pas l'âme d'un jardinier.

-Alors mon fils. Ton sourire signifie-t-il que tu as passé une bonne journée ?

-Sans aucun doute. Et le tien confirme-t-il que tu es également sous son charme? Tu as beau essayer de prendre ton air sévère, je sais que toi aussi tu es plus qu'heureuse. Parce qu'elle est là et parce que son père a laissé très peu d'empreinte sur son caractère.

-Tu as raison. Ça a été une vraie peur. Je savais que je l'aimais malgré tout, mais je suis tellement heureuse qu'elle soit vraiment aimable. Tu as respecté mes consignes?

-D'après toi? Elle est intelligente. Elle a des milliers de questions. J'ai pesé toute la nuit ce que je m'autorisais à lui dire, puis j'ai mis fin à mes confidences, lorsqu'elles sont devenues trop douloureuses ou lorsqu'elle a mis le doigt trop près de ce qu'elle n'est pas encore prête à endurer. Elle l'a accepté. Pour le moment en tous cas.

-C'est plus que ce que j'aurais voulu. Mais je sais aussi que tu as dû te faire violence pour te modérer.

-Oui et non. Elle est déconcertante. À la fois vulnérable et en même temps forte et résiliante. Mais malgré sa curiosité, elle a été secouée.

Ma mère veut évidemment savoir ce que j'ai divulgué. Elle se montre soulagée de ce que j'ai tu et surprise que mon passé d'alcoolique ait été abordé.

-Je ne pouvais pas lui en dire plus. Pas en une seule fois du moins. Elle porte des choses lourdes, suis-je obligé de reconnaître en haussant les épaules. La situation avec son père est pire que ce que j'avais anticipé. Heureusement, elle a été appuyée par une sorte de famille de substitution, celle de sa copine d'internat. Je les envie presque. D'ailleurs, je vais me mettre en contact avec eux. Je veux m'assurer que sa confiance est bien placée. Quoi? Le demi-sourire de ma mère m'a interrompu.

-Rien. Ca fait juste longtemps que je ne t'ai pas vu aussi impliqué. Je veux dire émotionnellement impliqué. Au point d'être un sale garnement avec tes frères. Sachant qu'ils viennent dimanche, dois-je te rappeler que tu étais sensé toi aussi lui laisser le temps de s'acclimater avant de venir ? Au lieu de quoi en plus tu nargues tes frères ! Fait-elle mine de me réprimander avec une sévérité qui n'est que feinte.

-Incroyable ! Je ricane. Lequel des deux est venu rapporter ?

-D'après toi ? S'amuse-t-elle. En fait, les deux m'ont appelée pour protester de ton manque de fair-play ! J'ai l'impression que dès leur retour, je devrais me battre pour préserver du temps avec ma petite fille. Et je ne parle même pas des jeunes pousses !

-Tu as l'avantage des matinées, lui rappelé-je d'un ton qui n'est pas totalement dénué de reproches. Tu me parles de ne pas trop la bouleverser, mais tu l'emmènes immédiatement au cimetière ! Et la messe de 7 heures, dès le premier matin ? Tu n'y as pas été de main morte.

-Elle t'en a parlé ? Elle s'en est plaint ? S'inquiéte-t-elle sincèrement, baissant le masque avant de reprendre sa contenance habituelle.

-Non, elle ne s'est pas plainte. Remarque, je ne crois pas trop qu'on lui ait tellement donné le loisir de le faire. Et puis je crois qu'elle craint plus que tout de ne pas te plaire...

-Pauvre agneau. C'est si sombre que ça, tu crois ?

Je hoche silencieusement la tête tout en m'acharnant sur un innocent feuillage pour tenter de retrouver un semblant de calme, pour ne pas prendre immédiatement mon téléphone et appeler Philippon sur le champ. Il lui a fait croire que nous ne voulions pas d'elle, putain ! que j'étais mort ! Je veux bien croire que, si j'avais continué sur la voie où j'étais la dernière fois qu'on s'est vus, ça aurait bien pu se produire. Mais il me sollicite suffisamment souvent pour savoir que ce n'est pas le cas !

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