Chapitre 11 Ma manière à moi de dire ...

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Sterenn

Encore un peu assommée, j'approuve néanmoins. Grisée de la somme dont je dispose enfin, je veux m'offrir des vêtements à mon goût, en plus de ceux offerts par Sabine. Je ne suis pas encore d'humeur à réfléchir à un ordinateur. Une lueur espiègle dans le regard, Yann signale qu'il connaît exactement le lieu qu'il me faut. La boutique favorite de Soizig et Solenn où il crée régulièrement des comptes cadeaux pour l'une ou pour l'autre. D'ailleurs, on l'y accueille comme un habitué et une vendeuse s'empresse autour de moi. Proche de la panique, je ne sais plus que choisir, retrouvant des vieux réflexes de défense. Mon parrain intervient, déchiffrant visiblement mon malaise avec aisance.

-Ne réfléchis pas trop puce. De quoi as-tu envie? Murmure-t-il.

-Je ne sais pas. De tout, de rien. Il y a plein de choses qui me plaisent, je reconnais en balayant la boutique du regard, mais je ne suis pas ce genre de fille, celle capable d'être jolie dans des tenues...

-Seyantes, sexy. On ne te demande pas de te transformer en vamp. Aujourd'hui, tu es ravissante comme ça. C'est juste du plaisir tout en restant toi-même mais un peu plus gracieux que le truc informe que tu portais hier. Qui t'avait acheté ca?

-Magali. La tenue d'hier. Et Sabine celle d'aujourd'hui, je souffle en haussant les épaules.

-Bizarrement je n'en suis pas surpris. Là, sois sans stress, laisse Lisa te guider. Elle a toujours eu l'oeil pour habiller les filles. Tu me fais confiance?

Levant mon regard vers lui, encore surprise d'y voir le reflet du mien, je hoche lentement la tête. Sur un discret signe de tête, une jolie blonde, la quarantaine, s'approche. Avec un sourire bienveillant, elle nous salue. Mon oncle me présente.

Aussitôt, elle s'enquiert de mes goûts, des couleurs, des formes et du type de vêtements que j'aime porter avant de sélectionner une dizaine de tenues et d'ensembles.

Je tente de protester, gênée de la peine qu'on se donnait pour moi sachant que je n'achèterai jamais tout ça, à commencer par une combishort qui pouvait se porter comme un bustier ou cette robe habillée, au décolleté profond et dont des bandes de dentelle faisaient mine de masquer les hanches. De fait, Yann et Lisa ont beau m'assurer que je suis très belle ainsi, comme le fait Sabine à chaque fois, je rejette ces deux tenues lors du choix final, retenant tout de même deux corsaires et trois tuniques ainsi qu'une petite jupe et une robe, amputant mon budget de moitié malgré la remise pratiquée. D'ailleurs, Lisa, qui se dit impressionnée de me voir nettement plus raisonnable que mes cousines, me délivre une carte de fidélité pour mes prochaines visites.

Je la consulte longuement. C'est bête, mais je me sens encore un peu plus ancrée à cette nouvelle vie.

Au même moment, Leslie m'envoie un message. Je souris. Ca fait au moins deux heures que nous n'avons pas échangé de nouvelles. Alors que je lui réponds, mon parrain étouffe un juron. Il a oublié son portable dans la boutique. Je souris, pressentant un prétexte pour conter fleurette à la vendeuse. Aussi je préfère l'attendre dehors. Je réalise quelques minutes plus tard ma naïveté. Il y a bien un coup fourré grâce auquel parrain ressort bientôt avec deux grands sacs et un sourire pas peu fier. Toutes les tenues essayées y sont plus d'autres vêtements sélectionnés par la professionnelle.

Je proteste, mal à l'aise de ces attentions, mais il m'interrompt immédiatement. Il a des tonnes de Noél et d'anniversaires à rattraper. Et puis selon lui, il était trop difficile de choisir entre toutes ces tenues. Mais surtout, avoue-t-il presque gêné, il a juste eu envie de me gâter. Comme ca. Sans raison. Juste parce qu'il peut enfin le faire. Et parce qu'il ne veut plus jamais, ajoute-t-il d'un air sévère, voir sur mon dos les frusques que l'Autre m'achetait.

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