Chapitre spécial : L'an 30 ou pourquoi Ereyne ne trahira plus jamais Zelyan

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La Judée faisait partie de ces provinces romaines conquises mais toujours hostiles et belliqueuses. Les peuples y avaient une haute opinion d'eux et surtout de leurs fois respectives. Alors ces rustres romains qui venaient avec leurs glaives et les multiples dieux ne leur inspiraient guère que du mépris. L'ordre n'était maintenu que grâce à la bonne volonté des rois qui avaient vu leurs pouvoirs locaux assis en échange d'une vague soumission à Rome. Tant que Rome leur laissait faire ce qu'ils voulaient ici tout allait bien.

Quant au système administratif mis en place, avec le préfet de Rome et la garnison, il était volontiers conciliant. Les impôts et taxes partaient vers Rome, il n'y avait pas de révolte, les judéens pouvaient faire comme bon leur semblait.

Mais depuis quelques années la tension montait en Judée, les privilèges locaux étaient remis en question par une partie de la population, enhardie par un groupe de croyants qui prêchaient la bonne parole. Leur chef, un homme dont le foi n'avait d'égale que la haine des prêtres, gagnait jour après jour en popularité, propageant de bonnes paroles à travers toute la province. Lorsque les prêtres juifs virent combien la menace était sérieuse, ils s'employèrent à le faire arrêter pour rébellion et pratique antireligieuse.

Un groupe de soldats romains mené par un traître au prophète l'arrêta de nuit, dans une petite maison située dans un village à trois kilomètres de la ville. L'arrestation fut discrète mais la nouvelle se répandit dans Jérusalem comme une traînée de poudre, des bas-fonds aux palais, toute la ville fut au courant avant le milieu de la nuit. L'homme fut emmené dans la prison du grand temple et remis aux prêtres. Cela le temps que le pouvoir romain en place prépare son procès qui aurait lieu le lendemain dans le palais du préfet.

Alors en séjour à Jérusalem, chez l'un de ses fils, Zelyan, accompagné d'Ereyne, décida de se rendre à l'audience. Cela ne lui ressemblait pas d'approcher d'aussi près des humains. Ereyne fut donc très étonnée d'apprendre qu'il souhaitait y assister.

- Ma chère, qu'on juge un homme pour aimer ton créateur m'est d'un grand amusement, je ne veux pas rater ça.

Ainsi Zelyan, le prédateur, se retrouvait dans la même pièce que plusieurs centaines de ses proies. Tel un loup dans une bergerie.

- Ce procès est un simulacre de grande envergure.

Confortablement installés sur une large banquette recouverte d'un drap et de moelleux coussins, Ereyne et Zelyan assistaient à ce qui serait le procès du millénaire. Lui était allongé confortablement, Zelyan buvait tranquillement du vin glacé et se délectait du spectacle auquel ils assistaient. Ereyne était moins badine, elle restait assise, suivait avec appréhension l'affaire et ne cessait de secouer la tête en signe de désaccord.

- Ma monstruosité et moi sommes justes par rapport à eux. Dit il en avalant quelques grains de raisins. Les hommes sont une telle source de divertissement...

- Ils vont le tuer.

- Et ils auront raison, ça lui apprendra à être aussi arrogant.

Ereyne soupira et leva les yeux au ciel, Zelyan pouvait se montrer particulièrement agaçant lorsqu'il le voulait. Elle observa les romains et autres notables présents, pas un ne semblait vouloir prendre la défense du malheureux.

La grande salle du palais dans lequel ils se trouvaient était comble, si, de part leur statut emprunté d'aristocrates romains, Zelyan et Ereyne avaient de l'espace dans une zone privilégiée avec les nobles, sur le côté de la scène, ce n'était pas le cas de la foule. Les habitants de Jérusalem s'étaient amassés, collés les uns aux autres, dans le vain espoir d'apercevoir le prisonnier. Il se tenait au centre, à genoux devant le préfet, simplement vêtu d'un pagne de nuit. Il se tenait silencieux, le dos droit, regardant dans les yeux celui qui allait le condamner à mort. Il venait de passer une nuit blanche dans le grand temple juif, interrogé et torturé par les prêtres alors ces moments à genoux ne le dérangeaient pas vraiment. D'un côté se tenaient les prêtres juifs, hautains et vindicatifs, emplis de rancoeur. De l'autre se tenaient les nobles venus assister au spectacle. Et face au prisonnier et à la foule en colère, le malheureux préfet Pilate ne savait pas vraiment quoi dire.

Immortels I : Déluge [Edité][Version intégrale Wattpad]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant