CHAPITRE 51

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Quatre mois plus tard…

En douceur le golfsteam finit sa course sur l’une des pistes de l’aéroport, et plus tard la passerelle fut abaissée pour laisser descendre les rares passagers en son sein. Sa fille tenue tout contre lui, Antonio posa les pieds sur le sol anglais dont le ciel était comme toujours aussi couvert et l’air aussi lourd. Il n’aimait pas particulièrement cette contrée, mais en aimer une de ces citoyennes avait un temps sois peu changé sa décision.

— C’est ici que ta mère est née, dit-il à Blue qui avait maintenant un an.
La petite fille aux belles et opulentes boucles blondes releva la tête de l’épaule de son père et parcourut les lieux de son regard au bleu parfait, avant de reposer sa tête où elle était, et de porter son pouce à sa petite bouche aux lèvres roses, nullement intéressée.

— Toi aussi tu n’es pas ébloui par ce beau ciel aussi sombrement vêtu ? rit-il doucement en posant les lèvres sur sa tête, tandis que Blue tenait fort contre elle la poupée faite sur mesure pour elle, doté de tous les traits physiques de sa mère.

— J’ai dit la même chose à ta mère une fois et elle a bien failli m’étrangler, poursuivit-il en installant Blue sur son siège auto. Il vérifia la ceinture de sécurité une dernière fois, l’embrassa, et fit le tour de la voiture pour se mettre sur le siège passager à côté du sien. Pendant que lui lisait une dernière fois les informations qu’il avait du centre dans lequel ils devaient se rendre tous les deux, Blue, elle, passait ses petits doigts potelés sur les images colorées de son livre. Venir ici, il ne l’aurait fait et encore moins avec sa fille si ce n’était pas Rainbow qui avait suivi et assuré la seconde vie des lieux. Ce projet tenait à cœur à sa mère, et il se devait de lui présenter sa mère à travers ce qu’elle faisait, à défaut qu’elle la voit en vrai. Il referma les yeux par réflexe, et le visage de son ange se présenta à lui, il revoyait ses beaux yeux, il entendait son magnifique rire cristallin. Jamais il ne l’oublierait, jamais il ne pourrait passer à autre chose, c’était elle ou rien.

— Maman ! gazouilla Blue.

Et comme à chaque fois, Antonio se sentit mal. C’est ainsi qu’elle l’appelait depuis qu’elle savait parler, ou du moins depuis qu’elle apprenait à le faire. Ça avait été son premier mot, et ce jour-là, dans la cuisine où ils se trouvaient, elle sur le sol, et lui à préparer son repas, Antonio avait cru que son cœur exploserait de joie, mais également de honte, et depuis lors, c’était ainsi qu’elle l’appelait, maman, probablement pour le punir, pour lui rappeler ce qu’il avait fait à sa mère. Alors il avait porté sa croix, il ne l’avait jamais corrigé. Les larmes aux yeux, il avait acquiescé, elle l’appellerait papa quand le moment viendra, quand il le méritera.
Avec un sourire vrai en dépit d’un cœur qui souffrait et se réjouissait à la fois, Antonio rouvrit les yeux et les posa sur son enfant, Boo, comme cette dernière aimait le dire à Kyle toutes les fois où il lui demandait son prénom, étonnant tout le monde. Elle était précoce pour son âge, déjà un an et chaque jour qui passait exacerbaient cette ressemblance.

- Oui, il mio cara?

Son petit cœur inclina la tête sur le côté et partit dans un rire innocent qui le fit rire. Il posa ses lèvres sur ses cheveux au blond soigneux, inspira son odeur propre.

— Moi aussi je t’aime. Tu sais toujours comment aider papa à se lever chaque matin, confessa-t-il les lèvres sur les tempes de l’enfant.

Il se redressa, et elle le fixait, puis très vite son regard expressif alla sur la gauche d’Antonio, le détailla le vide, et rit. C’était dans pareil moment qu’Antonio rêvait de voir ce que ses yeux d’enfant regardaient toujours avec tant de vie.

Le sacrifice de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant