CHAPITRE 6

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Antonio continuait de la scruter attentivement, en ne ratant rien. Il détailla ses petites taches de rousseurs qu’il n’avait pas vu la première fois, il descendit jusqu’à son petit nez fin, ses joues pleines maintenant roses, et sa bouche, ses lèvres, il n’en avait jamais vu d’aussi roses, et Dieu sait qu’il en avait embrassé des dizaines, mais celle-ci était particulière, tout comme l’envie qui le poussait à vouloir s’en saisir.

Les yeux bleu-pâle de la jeune femme devinrent encore plus clairs quand elle se souvint finalement de lui.

- Mademoiselle Banks, si je ne me trompe pas, demanda faussement Antonio en faisant un pas en arrière comme pour éviter de se faire prendre dans la toile d’araignée que la jeune femme tissait tout autour de lui, et cela sans même s’en rendre compte.

- Oui, couina-t-elle en rosissant toujours.

Indéniablement un vrai bonbon.

Heureux, Antonio retourna se mettre derrière son bureau en croisant habilement ses jambes. Il fallait qu’il s’éloigne encore plus de l’attraction, mais il voulait la savoir aussi plus près de lui. D’un mouvement tout aussi gracieux, il indiqua alors l’une des chaises en face du sien.

- Asseyez-vous.

La jeune femme le regarda incertaine, avant d’avancer d’un pas hésitant à l’endroit demandé.

Maladroitement, elle s’assit devant lui, le regard baissé sur le calepin qu’elle tenait, en évitant de se faire voir, comme si cela lui était possible. D’un regard gêné, elle fixait ses ongles comme si elles les voyaient pour la première fois. Être là, en face d’un tel homme, était aussi excitant, qu’effrayant. Il émanait de lui une telle force, une aura si forte, qu’elle avait l’impression d’avoir déménager aux abords du soleil.

- Vous êtes la nouvelle assistante qu’on m’a envoyée ? demanda Antonio surprit par le tour que prenait toute cette histoire.

Elle rosit délicieusement en ne sachant quoi répondre, dire la vérité afin d’avoir de quoi s’enfuir, ou mentir pour rester plus longtemps ? Face à cette question, elle opta pour l’honnêteté, de toute manière, elle ne savait pas mentir.

- Non, murmura-t-elle alors.
Antonio fronça délicatement les sourcils, de plus en plus perdu. Il attendit alors quelques temps, comme pour donner du temps à la jeune femme de s’expliquer mais elle n’ajoutait rien.

- Alors que faite-vous ici ?
Elle aussi elle aurait aimé connaitre la réponse songea-t-elle en repensant à la tournure qu’avaient prise les choses. Dans sa tête elle rassemblant le puzzle, puis se lança.

- J’ai fini hier ma phase d’intérim chez Monsieur Paul Brown, et en partant il m’a donné des documents que je devais venir remettre à Monsieur Grimaldi, et pour des raisons complètement indépendantes de ma volonté je suis arrivé au moment où les bureaux étaient fermés, alors j’ai ramené les papiers chez moi, pour venir vous les remettre aujourd’hui. Mais en arrivant, une certaine Lise Peterson m’a demandé si j’étais l’intérimaire et j’ai dit oui vu que c’est ce que je suis, et sans que je n’y comprenne rien, j’ai été engagé comme assistante. J’ai d’abord cru à une blague, mais elle est partie en me laissant les rennes du bureau, le téléphone n’arrêtait pas de sonner, alors j’ai dû…

La panique devenait grandissante dans sa petite voix qui n’arrêtait de se faire entendre encore et encore. Il ne supportait que très peu les femmes qui parlaient beaucoup, mais avec elle, c’était particulièrement plaisant. Il se moqua doucement.

- Calmez-vous Mademoiselle Banks, se décida à l’interrompre alors doucement Antonio d’une voix d’où il essayait toujours de retirer tout amusement. Vous allez vous étouffer si vous continuez de parler aussi vite.

La jeune femme, la bouche en ‘o’, écarquilla les yeux, battit des cils, puis referma ses lèvres en prenant une discrète inspiration.

- Personne ne vous accuse de rien. Il y’a juste eu une erreur sur la personne, mais on ne va pas en faire un problème d’état, et je ne vais pas non plus vous renvoyer, aujourd’hui plus que jamais j’ai besoins de vos services.

Elle rosit.

- Merci Monsieur, souffla-t-elle.
- Alors comment vous vous appelez ?
- Rainbow… Rainbow Banks.
Antonio sourit agréablement satisfait. Rainbow, autrement dit arc-en-ciel, ce prénom lui allait à merveille.

- Antonio Grimaldi. Ravi de vous rencontrer Rainbow Banks, lui dit-il honnêtement sur un ton doucereux qui fit rosir la jeune femme. Ainsi donc vous serez ma nouvelle assistante, je suis certains que Lise a déjà dû vous dire que je ne suis pas un patron facile, mais si vous vous accrochez tout devrait aller pour le mieux. J’attends de vous que vous soyez débrouillarde, intuitive, et je ne veux pas de lèche-bottes. Si vous voyez quelques choses qui ne vous semble pas correcte dans ce que je fais, signalez-le-moi poliment.

- Bien Monsieur, acquiesça-t-elle en le regardant droit dans les yeux une fraction de seconde avant de dévier son regard vers un autre point du bureau.

- Vous avez des préoccupations ?
- Non Monsieur Grimaldi.

- Et pourquoi vous n’utilisez pas la tablette interactive pour prendre vos notes, ça irait bien plus vite, et vous n’auriez pas eu besoin de me couper la parole.

Elle grimaça avant de lui répondre.

- Je ne suis pas vraiment à l’aise avec la nouvelle technologie, confia Rainbow dans un souffle gêné.

- Je vois, mais il vous faudra faire des efforts si vous voulez être performante, et donc continuer à travailler pour moi.

- Je comprends, et je m’y emploierai.
Antonio ne cessait de la fixer, observant le moindre de ses réaction, avide de toutes informations pouvant la concerner. Elle sentait l’innocence, la pureté, la candeur, toutes les choses qu’il ne recherchait pas chez une femme, mais il y’avait ce plus qu’elle avait et qui le fascinait sans qu’il ne sache vraiment comment le nommer.

- J’ai mes petites habitudes, mais nous apprendrons à nous connaitre au fil du temps, en attendant je crois qu’il est l’heure de ma prochaine réunion, et vous venez avec moi, l’informa Antonio en se levant. Rainbow en fit de même, en passant devant lui pour sortir par la porte qu’il tenait ouverte pour elle. Une première, toute assistantes confondues.

Dorénavant à deux pas derrière lui, elle marchait timidement, et prit à la volée la tablette sur son bureau. Une fois dans l’ascenseur, elle garda sa position de retraite derrière lui, et en entrant dans l’immense salle de réunion toujours sur ses talons, Rainbow éprouvait la désagréable impression d’être sur du charbon ardent. Il y’avait là pas moins de soixante personnes, hommes et femmes confondus. Tous se levèrent en voyant Antonio entrer, mais ce dernier ne leurs souffla mot, il continua jusqu’au bout de la table, et d’un regard, il signifia à sa nouvelle assistante où était sa nouvelle place. L’ambiance était lourde, tous avaient les visages fermés, et Antonio, lui, avait les traits plus durs que tous. Il ne ressemblait plus du tout à l’homme souriant avec qui elle venait de discuter songeât Rainbow en le regardant furtivement. Il avait l’air d’un gladiateur qui allait très bientôt mettre le feu à l’arène. Et c’était complètement captivé que Rainbow avait regarder Antonio diriger son auditoire. Sa voix était ferme, tranchantes, et ne s’élevait jamais d’une octave au-dessus de la normale, ce qui rendait tout le monde nerveux. Son visage ne montrait aucune émotion quand il virait quelqu’un au profit d’un autre qui se montrait plus compétant. Le silence était maitre, personne ne parlait sans en avoir eu l’autorisation, il n’y avait pas de futiles discussion, car le maitre incontesté des lieux avait une complète connaissance de chaque dossier, et de chaque chiffre. La réunion dura pas moins de six heures de temps, sans aucune pause, et comme Lise Peterson l’avait prédit, sur les soixante personnes dans la pièce, neuf furent remerciés, sept écopèrent d’un avertissement au vu de leur rendement financier légèrement inférieurs aux prévisions, et en tout états de causes, une liste prochaine de neuf nouveau noms sortirait pour remplacer les licenciés.

Il était vingt-une heure passée, et assise devant son bureau, Rainbow regardait les photos de paysages défiler sur l’écran de veille de l’ordinateur en ne sachant que faire. Cette journée avait été affreusement longue, jamais elle n’aurait cru qu’en si peu de temps on pouvait travailler autant. Tout avait été si vite, elle n’avait pas arrêté, elle avait même oublié de manger, trop occuper à se familiariser avec le matériel informatique, et à réorganiser l’emploi de temps hyper changeant d’Antonio, et là, tout ce dont elle avait envie, c’était de rentrer chez elle, prendre un bain chaud, à la limite bouillant, pour finir sous ses draps pour une nuit méritée. Après avoir regardé l’image du jet bleu posé sur une branche pour la trentième fois, elle releva la tête pour voir autour d’elle, tout le monde était parti, les lumières étaient été éteintes, soient tamisées, et à l’étage, il n’y avait plus qu’elle, et Antonio qui semblait ne pas vouloir rentrer chez lui. Au bout d’une quinzaine de minute de plus, elle se décida à aller le voir. Arrêtée devant sa porte, elle remit nerveusement une mèche de cheveux blond derrière l’oreille, et toqua.

- Entrez, répondit Antonio sans quitter des yeux les diagrammes qui s’étalaient à l’infinies sur son ordinateur.

Il entendit la porte s’ouvrir, et en dépit des douces notes de saxophone qui se dégageaient des enceintes night Tech de son bureau, il entendit les petits pas légers de la jeune femme. Il releva alors les yeux quand il comprit qu’elle se tenait non loin de lui, et comme d’habitude il éprouvait une réelle joie de la voir.

- Oui ? fit-il cependant d’une voix dure avant de rabaisser les yeux comme s’il était irrité.

- Je voulais savoir si vous aviez toujours besoin de moi, murmura-t-elle en se triturant les doigts.

- Non, vous pouvez y aller. Et prochainement ce n’est pas la peine d’attendre aussi tard tant que je ne vous en fait pas la demande expressément.

- Bien Monsieur. Bonne soirée, lui dit-elle alors en sortant.

Avec douceur, elle referma la porte, renfermant ainsi la musique dans le bureau insonorisé, avant d’aller prestement récupérer ses affaires, il y’avait là les documents qu’elle était censé lui remettre, plus une copie de son contrat de travail, ainsi qu’un chèque de bienvenue que lui avait remis Lise, et cette dernière n’était pas passer par quatre chemin pour lui dire que cet argent devait être utilisé pour s’acheter des vêtements plus présentables, et qui siéraient plus avec le standing de la société, et de son travail. Elle lui avait même donné une adresse, où dépenser les sept mille dollar. Rien que pour des vêtements, des chaussures, du maquillage et quelques bijoux avait signalé Lise, en veillant à préciser que si elle dépensait l’argent autrement, ou si elle se montrait pingre, ce n’était pas la peine de revenir. Il y’avait eu aussi beaucoup d’autres mots échangés, des menaces qui ne disaient pas leur noms. Rainbow poussa au fond de son esprit ce moment désagréable, et reprit le chemin du bureau d’Antonio. Elle poussa timidement la porte, quand il lui en donna l’autorisation, et sous son regard insistant, elle marcha jusqu’à lui, en priant pour ne pas s’emmêler les pieds.

- Ce sont là les documents que Monsieur Brown m’avait demandé de vous faire parvenir.

Le regard inexpressif d’Antonio devint dur lorsqu’il tendit la main pour prendre la grande enveloppe kaki scellé qui contenait une première version de son testament, ainsi que la liste et les informations concernant les associations qui avaient besoin d’argent.

Immédiatement son esprit se perdit dans son passé, retourna à cette nuit où tout avait changé, son regard vitreux jeté dans le vide, il se leva pour se remettre devant son mur de verre, il était si loin qu’il n’entendit pas la porte se refermer, ni ne voyait son reflet dans la glace, il allait bientôt disparaitre, c’était là la seule chose à laquelle il ne pouvait s’empêcher de penser.

Encore une nuit qui s’annonçait difficile.

Le sacrifice de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant