CHAPITRE 50

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Il lui fallut cinq jours pour ne serait-ce que quitté sa voiture, deux de plus pour traverser la route, et trois autres jours pour finalement passer le seuil de l'église, et comme toujours Blue dormait a poing fermé. Et ce soir, assis à l'arrière dans le côté le plus sombre pour ne pas se faire voir, Antonio assista à la fin de la messe, et baissa la tête lorsque les fidèles quittaient le bâtiment en le dépensant sans faire attention à lui. Et il resta assis là, pendant deux heures de plus, luttant entre son désir d'avancer pour faire ce qu'on lui avait demandé dans un rêve, ou bien rentrer chez lui. Et a bien y repenser tout ceci était grotesque, ce n'était qu'un rêve, un simple rêve ne cessait de lui répéter la partie raisonnable de son esprit, pourtant il était là, espérant que peut-être que ça soit beaucoup plus que ça. Mais et s'il se trompait ? se demanda-t-il dans un battement douloureux de son cœur au moment où Andrews Peters apparaissait de derrière une porte, pour se mettre comme Antonio avait souvent l'habitude de le voir : en face du Tabernacle, et là, à genoux la tête baissée, il se perdit dans la prière, et lui, il resta assis.

Sous sa peau, Antonio sentait cette douce force, semblable à un murmure qui l'appelait à approcher, mais de l'autre côté, il percevait plus intensément de lourdes chaines qui le poussait à partir. Demain il essayerait. Délicatement, il remonta la couverture sur Blue, et souleva le landau, oui c'était la meilleure décision se dit-il en sentant le soulagement le submerger face à sa décision, même si en arrière-plan, il sentait le gout acre de la déception, mais une fois encore, il essayerait demain.

À pas feutré pour ne pas se faire entendre par le vieux prêtre en oraison, il longea l'allée tel un voleur, et dès qu'il fut près de la porte, Blue poussa un petit cri en faisant mine de se réveiller, et sa douce voix d'enfant se répercuta sur les hauts murs richement décorés, et le bruyant écho brisa le silence. Le cœur battant Antonio s'immobilisa, posa les yeux sur le nourrisson qui se rendormait, il attendit un instant, et n'entendant pas le bruit venant d'Andrews, il souleva le talon, bien pressé de partir cette fois-ci.

- Ainsi donc, ce soir encore tu vas partir sans même me dire bonsoir.

Et merde !

De nouveau il s'immobilisa en entendant maintenant la voix lointaine de l'homme qu'il venait voir depuis quelques jours, mais qu'il fuyait toujours à la dernière minute. Dans un soupire de capitulation, Antonio se retourna, mais Andrews ne le regardait pas, il était toujours à genoux. Maintenant débusqué, il traversa l'allée principale, avalant à contrecœur chacun des vingt-cinq mètres qui le séparaient d'Andrews, et lorsqu'il arriva aux premières rangées, il s'arrêta. Au bout d'une minute, Andrews traça le signe de croix sur sa personne et se releva pour le regarder et comme toujours Antonio se crut mis à nu face à ce regard perçant.

- Dix jours donc pour que cette rencontre ait lieu.

- Comment le savez-vous ?

- On ne peut pas dire que le gros véhicule au noir élégant que tu conduis passe inaperçu.

Silence.

- Comment va ta fille ?

Antonio posa immédiatement le regard sur le doux visage d'ange de Blue qui suçait maladroitement son poing, et il sourit fugacement.

- Elle est à un âge où être turbulente est son passe-temps favori, mais hormis cela, tout va bien.

Andrews sourit, et au lieu de descendre les marches, il s'assit sur l'une d'elles, en laissant le Tabernacle juste derrière lui.

- Et toi, comment vas-tu ?

La joie dans le regard d'Antonio disparut.

- Bien, fit-il laconiquement, et Andrews hocha tout aussi laconiquement de la tête.

Le sacrifice de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant