CHAPITRE 16

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Si je m’écoutais, je voudrais d’un tas de choses, mademoiselle Banks. … – Si je m’écoutais, je deviendrais le pire des égoïstes, je prendrai ce que je voudrai afin d’adoucir la dernière envolée de l’aigle, puis je laisserai le bleu du ciel se lamenter de ce départ.

Toute une partie de la nuit, sans raison aucune, ces phrases hantèrent l’esprit de la jeune femme, et même une fois endormie, elle ne se lassait de les entendre. Comme si elle devait voir ce qui était sous ses yeux, entendre ce qui ressemblait à un cri du cœur, et c’était la première fois qu’Antonio lui parlait avec une sincérité si grande qu’elle en avait eu la chair de poule. Elle voulait tant comprendre, mais une voix lui assurait que ce n’était pas une bonne idée aussi, elle n’avait pas cherché à voir Antonio depuis qu’elle c’était réveillé. Au contraire, elle s’était immergée dans le travail, faisant toutes les recherches nécessaires à sa nouvelle activité, et dès lors qu’elle quitterait cette villa, elle savait la première pierre qui devait être déposée pour faire sortir le projet de terre. Elle se donnerait à fond, et au fond d’elle, elle espérait que ce travail compterait dans l’ardoise qu’elle avait dans le restaurant de la Vie.

Ça devait compter.

— Bonjour, parla doucement une voix.

Rainbow sursauta en retirant sa paire de lunettes qu’elle déposa sur la table basse. Elle descendit ses pieds qu’elle avait remontés sur le sofa, et leva les yeux vers cet homme aux premiers abords facétieux, mais en réalité mystérieux.

— Bonjour, répondit-elle sur le bout de la langue. Il y eut un silence. Du pas de la porte Antonio la fixait sans s’en cacher, par contre ce qu’il dissimulait avec aisance, c’était la raison d’un tel regard, et face à cette muette discussion, Rainbow ne baissa pas les yeux.

— Vous ne m’en voulez pas d’être venu travailler dans votre bureau sans votre autorisation ? fit-elle afin de meubler ce calme qui devenait gênant pour elle.

— C’est un endroit fait pour cela, alors pourquoi devrais-je vous en vouloir d’y être pour travailler ? Antonio referma alors la porte du bureau. — Mais j’aurais tout de même aimé savoir où vous vous trouviez, cela m’aurait dispensé de me promener dans toutes les pièces à votre recherche.

— Désolée.

Il lui fit un petit sourire visant à la détendre. Il détestait qu’on empiète sur son territoire, et son bureau en faisait partie, mais avec elle, certaines choses étaient facilement pardonnables.

— Comment vous sentez vous aujourd’hui ?

— Mieux qu’hier. Je n’ai plus trop envie de m’arracher la peau, et je ne fais plus de fièvre de cheval, lui dit-il en allant vers elle. Assis à quelque centimètre d’elle, Antonio la détailla, et comme toujours, elle gardait les yeux baissés sur les documents qu’elle faisait mine de lire, mais il savait bien que ce n’était pas le cas. Elle rougissait beaucoup trop pour pouvoir se concentrer.

Au bout d’une minute, elle n’y tint pas et leva enfin les yeux vers lui, et de peu il retint le sourire de contentement qui naissait une fois qu’elle le permettait de plonger dans son regard. Ses yeux étaient si apaisants, un ciel bleu dans toute sa paix et sa magnificence. Innocent, pur, rien avoir avec le regard emplit de peur qu’elle avait eue durant l’orage. C’était la première des raisons qui avaient d’ailleurs poussé Antonio à la rechercher ce matin. Le ciel s’était enfin calmé, les routes étaient certes barrées, mais il ne pleuvait plus. Lorsqu’il l’avait vu le bulletin météo, il en avait éprouvé un réel soulagement, état qui l’avait ensuite encouragé à prendre la décision qui suivit.

Le sacrifice de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant