CHAPITRE 22

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La boucle d’oreille en main, Rainbow fixa le bijou, perdue sur le sens de ce coup de fil. Elle avait décroché sans même voir qui appelait croyant que c’était Georges qui voulait savoir si elle comptait tarder, puis il lui avait suffi de l’entendre respirer pour savoir que ça n’était pas son rendez-vous qui appelait, alors sa peau c’était recouvert d’une fine chair de poule. Et même cinq minutes passées, et son esprit était toujours aussi troublé, c’était la première fois qu’il l’appelait, et en toute honnêteté, elle aurait préféré entendre autre chose que cette histoire d’amitié aussi improbable que celle du lapin et du chien.

Dans un profond soupire, Rainbow quitta le canapé, prit son manteau qu’elle passa par-dessus son bras, et serrant sa pochette sous le bras, elle prit les clés près de la porte. La main sur la poignée, son élan fut stoppé par les vibrations de son téléphone. Un message, et de nouveau, son cœur à peine calmé s’emballa. C’était lui, l’homme qui lui nouait l’estomac à chaque fois qu’elle le voyait. Jamais elle n’aurait cru que faire semblant pouvait être si difficile, jamais.
D’un doigt tremblant, elle ouvrit le message et il n’y avait qu’une seule phrase.

N’y va pas…

Elle déglutit, relâchant la poignée, Rainbow recula d’un pas, les yeux toujours rivés sur ses quelques mots derrière lesquels il n’y avait pas d’ordre, seulement une demande. Une supplique même.

Pourquoi le faisait-il d’ailleurs ? Que sous-entendait tout ceci ? 

Jamais Antonio n’aurait cru éprouver une telle fragilité en écrivant un simple message, mais voilà il l’avait fait. Tel un enfant il l’avait supplié à mi-mot de ne pas aller avec cet homme, et maintenant toute cette histoire d’amitié ne saurait tenir plus longtemps. De nouveau appuyé contre la balustrade, les doigts refroidit par la nervosité, il sursauta presque lorsque cinq bonne minutes plus tard son téléphone afficha le prénom de la jeune femme. Il lui fallut une bonne seconde avant de décrocher, plus que jamais craintif sur la suite, mais qu’importe, pour les dernières semaines de sa vie, il comptait les passer à faire ce que pour la première fois, il voulait vraiment.
Portant le combiné à l’oreille, il écouta le court silence, refusant d’être le premier à le rompre.

— Tu es conscient qu’en la qualité d’ami tu ne peux décemment pas me faire cette demande.

Il ferma les yeux un court instant.

— Je le sais. Et je vais même plus loin.

— Plus loin ?

— Invite-moi à sa place, plaida-t-il sans emphase, et même de là, il pouvait deviner la surprise de la jeune femme.

— Pardon ?

— Invite-moi à sa place...

Elle se tut.

— Mais tu as d…

— Je sais, l’interrompit-il doucement dans une approbation passive.
Il l’écouta respirer, il pouvait entendre la voix de son trouble, puis elle raccrocha sans autre mot, et de nouveau il serra les dents de colère tout comme le téléphone logé au creux de sa main. Son cœur tambourina douloureusement dans sa poitrine, laissant alors de sombres émotions envahir son esprit, du regret, de la tristesse, de la honte d’être de la sorte rejeté, mais alors un message illumina son écran en faisant bourdonner l’appareil.

Viens.

Et là, il sourit tel un con.

Trente minutes plus tard, il stationna devant chez elle. Nerveux, il monta les marches qui le menèrent devant chez elle, et après une dernière hésitation, de son index il frappa. Son cœur battait toujours aussi fort, ses mains étaient moites, il se sentait con, il se sentait mis à nu. La gorge sèche, il déglutit au moment où elle lui ouvrit, alors son cœur d’homme s’assagit, son regard nerveux devint plus calme, et tout au fond de lui, il était certain que là était sa place. De ses yeux bleus cernés d’eye-liner, elle le regarda un moment sans un mot, avant de finalement se décaler pour le laisser entrer.

Le sacrifice de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant