KATLIJN
Je rejoins Kania dans mon salon avec deux tasses de café, je lui en tends une et m'assois à ses côtés.
- T'as parlé avec Hakim et Idriss ?
- Pourquoi tu me poses la question ? Je suis sûre que Hakim te l'a déjà dit.
Elle boit une gorgée de son café pour pas que je la voie sourire, mais c'est raté.
- Même hier ?
- Tu nous as vus nous parler ?
- C'est vrai.
Ken a fait son concert à Bercy hier soir, et il a aussi sorti son nouvel album, Cyborg, je suis super fier de lui.
On était donc tous ensemble, les garçons sont aussi montés sur scène à un certain moment.
C'était une soirée incroyable, si on oubliait le froid entre le plus vieux des frères Akrour et moi, et la continuelle ignorance qu'on se porte avec le plus jeune.
- Ce n'est pas Idriss le problème, il respecte mon couple comme j'ai respecté le sien. Mais le problème, c'est bien Hakim.
- Il t'aime.
- Qui ? Hakim ?
- Arrête de faire l'idiote, elle lève les yeux au ciel.
- D'ailleurs, à propos Hakim et moi, on est ..., elle s'arrête brusquement.
- Plus qu'amis ?
Elle est toute gênée, et commence même à jouer avec ses doigts.
- Ouais.
- Ça aussi, on le sait tous, du moins, je le sais. Il y a des regards qui ne trompe pas.
Elle sourit, gênée, mais elle replonge son regard dans le mien.
- Alors pourquoi tu vois pas ceux entre Idriss et toi ?
Je souffle et je lève la tête au ciel. Elle ne me laissera pas tranquille.
- Je les vois, j'avoue, il est pas là le problème. Le problème, c'est que j'ai été amoureuse de lui, et qu'il m'a trahi quand il l'a compris. Et j'ai fini par souffrir. Ça fait plus d'un an que je douille à cause de lui, alors ouais, maintenant, je suis heureuse avec Oliver, je continue, laissez-moi être heureuse avec lui.
On reste silencieuse plusieurs secondes avant qu'elle ne reprenne la parole.
- D'accord, mais je veux pas que tu souffres à nouveau. T'es ma grande sœur, et forcément te voir triste et malheureuse, me rend moi aussi triste et malheureuse.
- J'ai plus l'intention de l'être.
Elle sourit grandement, avant que je décide de revenir au sujet principal.
- Comment ça s'est produit tous les deux ?, je demande.
- à force de passer du temps ensemble, j'ai commencé à éprouver autre chose que de l'amitié pour lui. Et je crois que de son côté aussi. On a passé une énième soirée ensemble, on a fini par coucher ensemble, c'est devenu régulier. Au bout d'une ou deux semaines, on a fini par mettre tout à plat.
- Faut croire qu'il est moins con que son frère.
Elle ricane alors que je ramène les deux tasses dans la cuisine pour les laver, ma sœur me rejoint dans la cuisine.
- Il a intérêt à te rendre heureuse Kania, je le tue sinon.
- C'est noté.
Je me rends dans mon entrée pour ouvrir la porte après qu'on y ait frappé, j'ai un mouvement de recul quand je vois ma grand-mère maternelle. Je la prends très vite dans mes bras.
- Comment va ma petite fille chérie ?
- Très bien et toi Babunia ?
Je la fais rentrer dans l'appartement, je prends directement sa valise pour la mettre dans l'entrée et qu'on rejoigne ma sœur.
C'est la seule personne que je voie du côté de ma mère, avec mon grand-père, mais il est décédé il y a quelques années. Je suis à peu près sûr que sa mort a causé une rechute à ma mère. Ils étaient très proches tous les deux, tellement que mon grand-père trouvait des excuses à tous ses agissements. Même la fois où elle a failli me tuer.
- Tu fais quoi ici ?
Ma grand-mère ne parle pas français, elle parle le polonais et le néerlandais. C'est assez drôle au repas de famille comme Noël, parce que j'ai aussi mon grand-père paternel qui parle français oui, mais il a un fort accent italien.
Comment mes parents ont pu se rencontrer, sérieusement ?
C'est simple, mon père a voulu voyager en Europe, en commençant par les Pays-Bas, et il a rencontré ma mère à une soirée.
- Je viens voir mes petites-filles avant Noël, on va pouvoir profiter plus que les autres années comme ça.
Je souris et la prends contre moi. On se voit très peu, alors forcément la voir me fait du bien.
- Mais tu fais quoi ici ?, demande ma sœur.
- Je viens vous voir. Et de ce que m'a dit votre père, votre grand-père arrive aussi.
- Mais Noël, c'est dans vingt jours Babunia.
- Je sais, je sais. Mais être avec mes petites filles ne me fera pas de mal.
- Je suis contente que tu sois là, je souris.
- Bon, on va chez votre père ? J'ai l'intention de voir sa nouvelle femme.
Je ricane et avec ma sœur, on s'habille rapidement.
Normalement, mon père et Josie travaillent, mais je pourrais essayer de faire un bon repas.
C'est ce que je fis quand je vis qu'il approchait tout doucement dix-neuf heures, une demi-heure plus tard, j'entends la porte s'ouvrir.
Je rejoins le salon en croyant que ce sont les deux habitants de cette maison, mais non, c'est Hakim qui vient d'arriver. Sûrement ma sœur, je lève les yeux au ciel et je rejoins la cuisine.
Il doit être vingt heures quand se sont vraiment Josie et mon père qui arrivent.
- Ça sent bon ici, j'entends Josie.
Je rejoins le salon et sourit en voyant ma grand-mère, les mains sur les joues de mon père en train de lui parler.
Elle l'a toujours considéré comme son fils malgré ce qu'il s'est passé avec ma mère.
Ça tiendrait qu'à elle, elle l'aurait renié.
- Tu as raison Kat', elle est très belle.
Je souris aux deux femmes avant de me concentrer sur la traduction que ma petite sœur donne.
Du coin de l'œil, je vois le regard que me lance Hakim, mais j'ai toujours pas accepté ce qu'il a fait. Et tant que je n'aurais pas d'excuse, je ne l'accepterais pas.
- Si on m'avait dit que l'une de mes filles aurait ramené l'un des frères Akrour, commence mon père, j'aurais pas parié sur toi, ni sur cette fille-là.
- Papa.
J'ai pas envie de passer une soirée à me battre avec ces deux-là. Même si je sais que mon père dit ça par rapport à l'aéroport où avec Idriss, on a été plus que proche, mais je n'ai pas envie qu'ils prennent une mauvaise habitude tous les deux.
Malgré ça on passe une super soirée, un peu compliquée pour Josie et Hakim, mais en soi ç'a été parfait.