"Celui qui n'a pas voulu quand il pouvait, ne pourra pas quand il voudra."
—Inconnu
Nickolas
Trois jours. C'était censé suffire pour remettre de l'ordre. Calmer la mer.
Mais la mienne est encore plus agitée qu'avant.
Je toque trois fois. Sec. Assez pour signaler ma présence, pas assez pour supplier.
— Entre, Armstrong.
Je tourne la poignée. Entre. Referme la porte. Je ne sais pas encore pourquoi il m'a convoqué, mais je sais que ce n'est pas pour me féliciter.
Le bureau de Caldwell m'a toujours foutu un peu mal à l'aise. C'est propre. Trop propre. Ça pue le contrôle. Le genre de pièce où tu poses un pied de travers et on te regarde comme si t'avais marché sur un cadavre. Tout est carré. Parfaitement aligné. Les dossiers sont empilés comme des briques. Les stores sont entrouverts juste assez pour laisser passer un filet de lumière. Les murs sont couverts de diplômes, de plaques officielles, de photos où il serre la main de gens qu'on ne voit qu'aux infos. Zéro cadre personnel. Pas une seule trace de vie en dehors du boulot.
Il est là, derrière son bureau, assis comme un juge qui attend le bon moment pour trancher. Il me fixe. Pas de sourire. Pas d'invitation à m'asseoir. Alors je reste debout, les bras croisés dans le dos, posture réglementaire, le regard planté dans le sien. Pas une ride de plus sur mon front. Pas un muscle qui lâche. Même si, au fond, je sens que ça pue.
Il m'observe. Comme un fauve analysant les mouvements d'une proie qu'il sait blessée.
Une seconde. Deux. Il aime faire durer.
— Trois jours sans rapport. Trois jours de silence. Et maintenant, j'apprends par un agent que tu fricotes avec une victime de notre affaire.
Mon dos se raidit. Je garde la tête haute, mais à l'intérieur, ça vrille. Trois jours. Il a compté. Évidemment qu'il a compté. D'habitude, c'est moi qui balance les premiers rapports. Rapide. Propre. Toujours carré. Mais cette fois...cette foutue fois j'ai pas pu.
Pas après ce que j'ai vu.
Pas avec ce que ça m'a réveillé.
Je serre la mâchoire. Fort. Juste assez pour pas craquer. Qui l'a ouvert ? Qui m'a vendu ? Mon regard reste fixe, mais mes pensées mitraillent.
Pas Jasper. Jamais.
Nolan ?
Putain, non.
Et pourtant... Qui d'autre était au courant pour Daphné ? Qui savait ? J'ai rien laissé traîner. Aucun message. Aucun appel en clair. Juste... ces trois foutus jours de silence. Trois jours à me taire. À respirer entre deux pensées d'elle. Et de l'autre. De l'avant. Mon cœur cogne sec. Pas d'issue. Pas d'alliés en dehors du cercle. Et apparemment, même le cercle commence à fuir.
— Ce n'est pas ce que vous croyez.
Ma voix est basse. Calme en surface. Mais je sens le fil tendu juste sous la peau.
— Ce n'est pas ce que je crois ? Tu veux dire que tu ne t'es pas pointé chez Daphné Bennett dans la nuit ? Qu'on n'a pas rapporté ta voiture garée devant chez elle ? Qu'elle n'est pas sur les relevés de ton téléphone ? Tu veux me dire que tu ne l'as pas protégée d'un certain Liam associé à l'appli ?
Je ne réponds pas. Il a les faits. Je le fixe. Droit dans les yeux. S'il veut voir quelque chose en moi, il va devoir le chercher au fond. Rien ne filtre. Mon silence vaut mieux qu'un mot mal pesé. Je ne fléchis pas. Ne cille pas. Même quand il appuie plus fort. Je sens chaque détail s'aligner dans sa voix. Il a tout. Les heures. Les positions. Les mouvements. Et moi, je suis là, debout, à m'efforcer de rester droit pendant qu'il me découpe avec des phrases claires et propres comme des scalpels. Il a fouillé dans ma nuit. Dans mes choix. Dans mon foutu téléphone. Et dans sa bouche, le prénom de Daphné a déjà un goût de faute. Ça me donne envie de cogner quelque chose.
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INVISIBLE OBSESSION
RomanceDaphné pensait mener une vie ordinaire. Ecrivaine à succès, entourée de ses amies, elle ne se doutait pas que, dans l'ombre, quelqu'un l'observait. Nickolas, agent de l'OGS, est un homme de l'ombre. Son monde est régi par des missions, des ordres et...
