Chapitre 1 - D'un battement d'ailes

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Petit mot : cette fan-fiction a vu le jour sur une autre plateforme, où les fondus d'HP sont bien moins nombreux. Ce qui explique la présence des petites notes d'informations ! Mais si tu es incollable (de chez incollable) sur l'univers de J.K. Rowling, elles te seront sûrement d'aucune utilité ! ;) Sur ce, bonne lecture !

***



Dans un monde d'une immensité titanesque, peu se doutent, ou peu veulent croire, que le plus petit être puisse engendrer les plus grands bouleversements. Les origines des cataclysmes trouvent leur source dans le petit caillou qui déclenche l'avalanche, dans l'allumette qui ravage la forêt d'un feu dévastateur. Une action exponentielle que les incrédules refusent d'admettre afin d'appuyer leur suprématie, la leur, et ce malgré cette bien célèbre théorie du chaos induit par l'effet papillon. Ce phénomène pose le postulat que l'innocent battement des ailes d'un papillon puisse soulever un ouragan à l'autre bout de la planète.

Un papillon ? Cet insecte ridiculement petit et éphémère ? Trop beau pour survivre ne serait-ce que deux semaines en pleine nature ? Alors que sur terre, les hommes s'échinent à marquer leur empreinte, à faire reconnaître leur existence, que ce soit par le biais de folies insensées ou des beaux gestes. Sans succès, quand bien même ils en eurent consacrés leur vie entière. Tous battus à plate couture. Par un vulgaire papillon. Heureusement que la race humaine survit à la honte, sinon, l'espèce aurait été éradiquée depuis belle lurette.
Et ce petit papillon, nonchalamment posé sur son index, pouvait-il lui aussi déclencher une tempête qui ferait chavirer les plus lourds des navires ? Cette idée fascinait Kate, qui étudiait les ailes nacrées et poreuses de l'insecte, dont la trompe spiralée frôlait son ongle. La voix de sa mère, résonnant derrière la porte, la détourna de sa contemplation :

— Kate ! Ton père est de retour !
— C'est vrai ?!

Cette phrase, qu'elle eut prononcé bien plus pour elle-même qu'à l'adresse de sa mère, provoqua l'explosion du papillon fictif dans une pluie de minuscules étincelles diaphanes. La jeune Kate, âgée de onze ans, bondit sur ses pieds en quittant le lit et se précipita à la fenêtre, écartant le vieux rideau crasseux en dentelle surannée. Un sourire radieux, soulignant ses dents dont l'alignement manquait encore d'harmonie, s'étira sur son visage, lorsqu'elle constata la vieille voiture noire garée devant leur maison du 45 Owlstone road. Le 5 était d'ailleurs tombé depuis longtemps, ce qui valait souvent aux propriétaires des erreurs postales. Kate se rua hors de sa chambre et descendit les marches en quatrième vitesse, atterrissant dans un virage contrôlé en s'appuyant sur la boule en bois qui terminait la rambarde. Son père n'était peut-être parti que depuis ce matin, mais ce soir était unique. C'était son soir. Elle avait attendu cela trop longtemps. Même lorsque tout espoir semblait s'être dévoré par les ténèbres de la cave dans laquelle elle s'était cachée durant des mois, elle se donnait encore la force de résister. En rêvant de ce soir.
Son père se déchargeait de son manteau de cuir dans le vestibule quand Kate le surprit. C'était un homme grand, soutenant une robuste carrure. Sur son visage, une jeunesse qui semblait s'éterniser, mais cela ne serait sans l'expression taquine qu'il arborait depuis toujours. Et lorsque celle-ci s'évanouissait, elle n'en laissait qu'une face sculpturale, en tout point inquiétante. Kate avait eu l'occasion de la voir à plusieurs occasions. Mais elle chassait ce souvenir loin dans sa mémoire. Ce temps était révolu désormais.

— Papa ! s'écria-t-elle, en s'élançant vers lui.
— Hey, ma chipie !

Lorsqu'elle se jeta dans ses bras, il encaissa un hoquet.

— Tu deviens trop lourde pour que je te porte, ma grande !
— T'insinues quoi par là, papa. Que je suis grosse ?
— Je croirais entendre parler ta mère !

Mais en réalité, Kate ne ressemblait que trop à son père, Phil. La preuve irréfutable étant les yeux qu'ils partageaient, d'un gris si singulier. Comme un acier scintillant d'un éclat verdâtre. 

— J'ai entendu... !

Tous deux se tournèrent vers Grace, la mère de famille, avec ses longs cheveux bruns, légèrement en pagaille, ses yeux noirs perçants et son large sourire entre ses lèvres charnues. Elle croisa les bras contre sa poitrine et s'appuya sur l'arrête de la porte-vitrée aux carreaux sales qui séparait l'entrée du séjour.

— Les moldus ont vraiment l'oreille trop fine parfois ! ricana Phil en se penchant vers sa fille.
— Et les sorciers sont de bien mauvaise foi, répliqua Grace, narquoise. Surtout qu'il s'agit de promesses, n'est-ce pas mon chéri ?

À l'expression dubitative de son mari, elle s'écarta de l'ouverture, dévoilant un salon noyé sous la paperasse, laissant apercevoir des carcasses de bière traîner sur le plancher et des mégots de cigarettes agonisants à côté du cendrier. Phil dut s'y reprendre à plusieurs fois pour formuler une phrase complète :

— Ah oui, je t'avais promis que je rangerai.

Il sortit de sa poche sa baguette magique et l'agita sous le regard ébahi de Kate. Elle ne s'en lasserait jamais...

 Recurvite. [1]

Aussitôt, les feuilles semblèrent s'aviver d'une nouvelle vie et s'empilèrent les unes sur les autres. Le cendrier lévita et effectua plusieurs tours sur lui-même, avant de rejoindre la cuisine à la manière d'une soucoupe volante, suivi par les canettes vides qui terminèrent leur course dans la poubelle. En un clin d'œil, le salon était nettoyé, les tables brillantes, l'air renouvelé. Mais le mur au vieux papier-peint demeurai inchangé, d'une teinte grisâtre, tout ce qu'il y avait de plus triste. 

— C'est si agréable à ne plus avoir à se servir d'un aspirateur ! soupira Grace avant d'accorder un baiser à son époux.

Kate cligna des yeux en observant la scène. Elle sentait de la chaleur émanant de son cœur et se diffuser dans chacun de ses membres. Peut-être était-ce le bonheur pour lequel avait tant prié ? L'image de l'accolade de ses parents, dans cette nouvelle maison, qui méritait, certes, de sérieuses rénovations : elle voulut l'imprimer longtemps dans sa mémoire.

— J'en conviens ! Ta machine de Moldue fait un de ces bruits monstrueux en plus. On dirait que tu y as enfermé un dragon !

Mais l'impatience de la fillette gagna le dessus :

— Papa, papa ! On y va ?
— Tu es prête ? s'étonna-t-il en la regardant de bas en haut. Et ta liste ? Et ton sac ?

À ces mots, Kate détala à l'étage en quatrième vitesse. Son cœur battait à cent à l'heure. Elle arracha un parchemin plié à sa table de chevet, jeta son petit sac à dos d'un mauve souillé sur son dos, sac qu'elle avait préalablement préparé la veille avec la plus grande attention, et redescendit. Aussitôt arrivé, aussitôt reparti : Phil avait revêtu sa veste en cuir qu'il n'avait quitté que deux minutes. Kate s'en voulut un instant de ne pas offrir à ses parents l'instant de discuter, mais aujourd'hui, c'était son jour. Elle prit de l'avance en ouvrant la lourde porte d'entrée, courant sur le perron jusqu'à la rue en tirant sur les bretelles de son sac qui lui frappait le dos à chaque enjambée. Elle faillit trébucher à deux reprises en s'emmêlant les jambes. Mais son père la rattrapa :

— Hep, hep, c'est quoi cette fille ingrate qui ne dit pas au revoir à sa mère ?!

Il disait cela sur le ton de la plaisanterie, évidemment. Et tout de suite, Kate se confondit en excuses, trotta jusqu'à la porte, embrassa sa mère qui la serra dans les bras, avant de retourner illico sur le trottoir. Elle guetta le bout d'Owlstone road, comme si quelque chose en surgirait. Mais le bruit de la portière de la voiture de son père lui fit pivoter la tête.

— En voiture ? s'indigna-t-elle. M-mais... je voulais qu'on prenne le Magicobus moi !
— Désolée ma chérie, on n'a pas le choix.

Phil attendit que sa fille s'installe et s'attache pour éclaircir ses raisons :

— L'ancien contrôleur était un Mangemort, et pour l'instant, je ne veux prendre aucun risque. Mieux vaut-il rester prudent. [2]
— Je croyais que c'était fini tout ça ! se plaignit-elle alors que son père, d'un tour de clé, fit vrombir douloureusement le moteur du vieux véhicule.
— Tu-sais-qui est peut-être mort, certains de ses fidèles traînent encore en liberté... On ne sait pas ce qu'ils peuvent manigancer. Nous sommes plus des cibles prioritaires, mais restons sur nos gardes. 

Déçue au plus haut point, Kate se tassa sur son fauteuil, la tête enfoncée dans ses épaules et serrant son sac contre elle.

— Je pensais que maintenant qu'Harry Potter l'avait tué, tout serait redevenu... « normal » ?
— Ma chipie, ça ne fait que deux mois ! Mais rassure-toi... je suis certain que d'ici la fin de l'année, tous les Mangemorts seront derrière les barreaux d'Azkaban, je te le promets.

Ah, les promesses de son père. Il ne fallait pas y compter. Même s'il disait cela pour la réconforter. 

Kate attendit la fin de la deuxième chanson de Deep Purple, groupe musical moldu que son père portait en affection, et que la voiture bringuebalante sorte de la petite ville de Carlton pour s'intéresser à sa journée :

— Tu as eu affaire à quoi aujourd'hui ?
— Un épouvantard, rien de bien original ! haussa-t-il des épaules.

Phil n'exerçait pas un métier des plus communs au sein du monde la magie. Il était nettoyeur. À cette appellation, tout Moldu s'attendrait à voir paraître un vulgaire technicien de surface qui épurerait le trottoir à coups de jets d'eau ou qui récurerait les cuvettes de toilettes. Mais dans le monde des sorciers, être Nettoyeur était un métier à risque que très peu exerçaient. En premier lieu, il fallait détenir une connaissance quasi-exemplaire des Moldus, reconnaître leurs rites, leurs objets et s'adapter à leur quotidien. Et deuxièmement, il fallait agir dans la plus grande discrétion.
La plupart du temps, les Nettoyeurs intervenaient après le signalement étrange de la part de Moldus, qui décrivaient des phénomènes paranormaux, ou alors suite à une traque d'une créature échappée du monde des sorciers. Cela se traduisait par des portes des s'ouvraient, des jouets qui parlaient, des bruits de craquement de plancher, voire, dans les pires des cas, une confrontation entre les Moldus et la réalité de la magie. Ce que les Nettoyeurs devaient éviter à tout prix à chaque fois qu'ils étaient envoyé sur le terrain. Après quoi, ils appelaient les fameux fonctionnaires du Ministère, les Oubliators, chargés d'effacer de la mémoire de ces pauvres gens les événements auxquels il venaient de faire face. [3] Ça allait du petit boursouf dans la cheminée jusqu'au troll dans le jardin. 
Mais le Ministère avait également recours aux Nettoyeurs lorsqu'il s'agissait de se débarrasser d'une créature nuisible ayant causé des pertes chez les Moldus. Et entre ceux qui se prenaient pour des sorciers autour d'un plateau de magie noir et les esprits vengeurs, ce genre d'affaire devenait monnaie courante.

— Et c'était drôle ? demanda Kate, curieuse.
— Pas aussi amusant que le coup du Père Noël, mais ce pauvre Moldu se trouvait cerné par des poupées ! Les gens ont vraiment des phobies bizarres !

L'anecdote du Père Noël ressortait régulièrement à la table des Whisper et c'était une histoire que l'on prenait plaisir à partager. Un épouvantard s'était attaqué à une étudiante et lui était apparu sous la forme d'un Père Noël, semblable en tous points aux bonshommes déguisés dans les supermarchés durant la période de l'Avant. La jeune femme s'était enfermée dans le placard de sa cuisine en le menaçant avec des casseroles, avant que les Nettoyeurs n'arrivent sur place.

— Tu ne m'as jamais dit ce qui apparaissait devant toi quand tu es face à un épouvantard ! se plaignit la fillette.
— Ta mère en colère ! Très en colère ! Les yeux rouges, les veines tapantes, les poings serrés... Brrr !
— Non, sérieusement, rit Kate en cognant l'arrière de son crâne contre le siège, l'appui-tête étant encore trop haut.
— C'est personnel, chipie ! lui sourit-il en appuyant d'un doigt sur la joue de sa fille.

Blottissant sa bouche contre l'arrière de son sac, Kate plongea dans une profonde méditation. Que verrait-elle à son tour le jour où elle devra affronter un épouvantard ? Peut-être la vision de la porte de sa cave et la terreur lui nouant les entrailles chaque fois que la vieille poignée métallisée et écaillée oscillait. Elle se cacha le visage en entier, espérant chasser ses sombres pensées.

Ludo Mentis AciemLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant