Chapitre 10

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Gordon évalua les risques. Ils devaient parer au plus urgent.

- Je monte avec Kathy. Assurez nos arrières jusqu'au toit, ordonna-t-il à Lilith et Christobald.

- Pas question, objecta ce dernier.

- L'hélico est encore loin, on peut disparaître. Mais vous devez vous occuper de ceux qui grimpent.

- Je ne partage pas cet avis.

- Moi oui, déclara Lilith derrière eux.

Satisfait, Gordon sourit intérieurement. La Loi de la Légion était claire : au vu de leurs rangs respectifs, en cas de désaccord important, la majorité l'emportait. Christobald se raidit, mais ne protesta pas. Il se plaqua contre la paroi pour les laisser passer. Un point pour lui : ce blanc-bec se pliait aux règles.

- On fonce ! lança Gordon à Kathy.

Il accéléra, grimpant les marches quatre à quatre, s'assurant toutefois qu'elle suivait le rythme. L'expression concentrée, elle collait à ses basques. Il contint un sourire satisfait : il existait une seconde raison à sa volonté d'envoyer Christobald au front. De cette manière, il ne pourrait pas abattre Kathy sous prétexte qu'elle risquait de retomber entre les mains de leurs ennemis.

*

Lilith ralentit sa progression, laissant Gordon et Kathy se distancer d'eux. Arrivée sur le palier suivant, elle s'immobilisa derrière la rambarde, de manière à obtenir le plus grand champ de vision possible sans s'exposer plus que nécessaire. Christobald ne la rejoignit pas, préférant rester une dizaine de marches au-dessus d'elle. Même si elle en comprenait les raisons, elle détestait avoir un féal du Cercle dans son dos. Plus d'un membre de sa famille avait autrefois été asservi par des gens tels que lui.

D'après les sons qu'elle discernait, leurs ennemis avaient atteint leur appartement, dont elle avait soigneusement refermé la porte avant de monter. Ils se rendraient rapidement compte qu'il était désert. Ensuite...

Le moment était venu.

Elle inspira et expira profondément, bras tendu pour appeler son arme. L'air scintilla devant elle, trahissant la brèche créée entre les univers. L'espace d'un instant, elle perçut l'odeur de terre et de feu typique des Abysses. L'habituelle pointe de nostalgie la piqua, vite oubliée sous le poids de sa flamberge à la longue lame ondulée. L'épée trempée dans le feu liquide du fleuve Phlégéton jeta un éclat menaçant dans la cage d'escalier. Son armure se matérialisa dans le même temps, l'enveloppant d'une carapace écailleuse couleur de bronze, aussi souple que résistante, qui couvrait chaque centimètre carré de sa peau jusqu'en haut de son cou. Seule sa tête restait vulnérable, non par coquetterie, mais parce qu'une part importante de ses pouvoirs de succube nécessitaient que son adversaire voie son visage.

Soudain, elle eut l'impression de moins bien entendre, comme lors d'un décollage en avion. Elle fit jouer sa mâchoire pour libérer ses tympans, sans effet. Ils avaient enclenché un générateur antibruit. Un immense sourire étira ses lèvres : elle allait pouvoir s'en donner à cœur joie !

Les premières balles s'écrasèrent dans le mur face à elle avec de faibles « plocs ». Des éclats de plâtre volèrent. D'un regard en arrière, elle s'assura que Christobald, qui ne devait rien entendre, lui, s'était bien rendu compte du danger. Il avait plongé dans la transe légère caractéristique de ceux de sa race lorsqu'ils employaient leur magie. Ses yeux semblaient à présent occuper tout l'espace de son visage inexpressif. Dans son cou, le tatouage ondulait, comme animé d'une vie propre. Ses mains étaient déjà entrées en action : il dessinait de ses doigts déliés une rune de pouvoir dans les airs. Sa silhouette se brouilla sous l'effet de son sort de protection. Très bien, il gérait. Elle n'aurait pas à se soucier de lui. Elle reporta son attention vers le bas.

Exogènes - Le sang de la lignéeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant