Chapitre 11

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Même si Enora avait choisi de partir en Islande parce qu'elle avait très envie de découvrir ce pays, elle n'avait pas encore eu l'occasion de sortir beaucoup de la ville. Elle avait participé à une excursion organisée pour souhaiter la bienvenue aux étudiants Erasmus, la première semaine. Passage obligé, ils avaient fait le tour du fameux « Golden Circle » que vantaient toutes les brochures touristiques. Ils avaient commencé par la chute d'eau Gullfoss, dont le nom signifiait « chute d'or » : il suffisait d'un rayon de soleil bien placé pour faire apparaître un arc-en-ciel dans les embruns permanents qui flottaient au-dessus de la cascade. Enora avait eu la chance d'être témoin du phénomène. Le deuxième arrêt, Geysir, était le lieu qui avait donné son nom au phénomène des geysers. Masi Geysir lui-même était devenu paresseux, si bien que le toupet d'eau qu'ils avaient admiré était celui de Strokkur, juste à côté. L'excursion s'était achevée par le lac de Þingvellir qui était un lieu remarquable tant du point de vue géologique qu'historique. Leur guide leur avait expliqué que c'était là où les premiers Islandais tenaient leur parlement, mais aussi le lieu où les plaques tectoniques américaine et européenne se rencontraient. Enora avait été saisie par cet endroit où on avait vue d'un côté sur le lac si tranquille avec son île et ça petite église, alors qu'il suffisait de se retourner pour contempler le défilé rocheux aux silhouettes dramatiques qui matérialisait l'endroit où la croûte terrestre se déchirait.

Ça avait été sa principale sortie hors de Reykjavik. La semaine d'après, elle avait tenté l'ascension du mont Esja avec une partie du groupe des Erasmus. La montagne se dressait juste de l'autre côté de la baie et on pouvait se rendre à son pied avec le réseau de bus de la capitale, il suffisait de faire un changement. Enora n'était pas montée tout en haut, la fin du sentier était trop raide pour elle. Avec une autre fille, une Espagnole, elles avaient attendu que le reste du groupe redescende en bavardant tant bien que mal. Ça avait rassuré Enora sur son niveau en anglais : elle ne s'en sortait pas si mal comparée à Luisa. Au début, elle pensait refaire d'autres excursions avec ce petit groupe, mais la météo n'avait pas été de la partie, et puis le travail universitaire s'était accumulé. Les autres avaient continué à se voir fréquemment aux soirées ESN et petit à petit, Enora ne s'était plus vraiment sentie dans le coup. Ils avaient tous leurs histoires de Machin qui couche avec Truc, des potins qu'elle n'arrivait pas à suivre et l'anxiété sociale qu'elle avait essayé de laisser derrière elle en quittant la France était revenue peu à peu.

Solène, elle, se sentait à l'aise dans les soirées, mais surtout, elle n'avait besoin de personne pour partir à l'aventure. Elle n'avait pas fait le Golden Circle avec le reste du groupe, elle avait préféré faire ça de son côté, en stop, le lendemain de son arrivée. Elle avait aussi été passer un weekend à Akureyri, la deuxième ville du pays, tout au nord et était revenue avec des photos fabuleuses. Elle avait bien proposé à Enora de l'accompagner, mais celle-ci s'était retranchée derrière le boulot pour la fac. C'était surtout le prix qui lui avait paru rédhibitoire : vingt mille couronnes aller-retour pour le trajet en bus, sans compter la chambre en auberge de jeunesse. Dépenser une telle somme pour à peine un peu plus de vingt-quatre heures sur place lui avait semblé démesuré. Ensuite, toute seule à l'appart, elle avait regretté : aurait-elle une autre occasion de visiter le nord du pays ? Elle n'était pas venue en Islande pour rester enfermée dans sa chambre. Pour ça, autant rester à Rennes. Elle s'était consolée en se disant que ce serait plus sympa de faire du tourisme au printemps qu'en automne.

Toutes ces réflexions lui avaient fait perdre de vue le trajet, et elle se rendit soudain compte qu'ils venaient de passer le dernier rond-point et de sortir pour de bon de Reykjavik. Il suffisait de faire quelques kilomètres en dehors de la ville pour se retrouver dans un paysage grandiose. La mer d'un côté, les montagnes de l'autre qui s'élevaient soudain toutes droites au milieu de la plaine. Enora était déjà passée par là quand elle était partie voir le Golden Circle, mais en quelques semaines les couleurs avaient suffisamment changé pour que tout lui paraisse nouveau. L'herbe avait viré au jaune, et les montagnes se découpaient sur le ciel gris, brunes et noires, immenses et abruptes, comme découpées au burin. Elle aurait pu se contenter de dévorer le paysage, gluée à la vitre, mais Ingólfur se racla la gorge.

— Dis-moi, je suis curieux... Comment est-ce que tu as atterri sur ce caillou rocheux et venteux au milieu de l'Atlantique nord ?

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⏰ Dernière mise à jour : Jan 26, 2021 ⏰

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Un semestre à ReykjavikOù les histoires vivent. Découvrez maintenant