Chapitre 8

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« Ne crois pas que les étoiles sont mortes

Parce que le ciel est caché par les nuages »

-Proverbe africain

La journée parut interminable pour Cléophée. Morad s'absenta jusqu'en soirée, car il avait à faire dans la ville d'Atlansìa. Cléophée aurait bien aimé l'accompagner, mais elle savait qu'elle n'aurait fait que lui nuire, alors elle s'enferma dans sa chambre avec un livre qu'elle avait pris au hasard dans la bibliothèque du salon. Deux pages plus tard, elle s'était rendu compte que c'était un livre sur l'art du Scrapbooking et l'avait refermé d'un coup sec.

- Tu parles d'un passe-temps ! s'exclama-t-elle. Morad doit s'ennuyer mortellement pour lire ce genre de chose, et encore plus s'il fait des collages de photos !

Elle se laissa tomber sur son lit en soupirant.

- Que pourrais-je faire ? se demanda-t-elle. Je m'ennuie, moi aussi.

Amiel était occupé avec Paige, évidemment.

Tout à coup, une idée lui vint. Ce n'était pas la plus brillante qu'elle ait eut, mais sa curiosité l'emporta. Elle voulait en apprendre plus sur Morad et le seul moyen, c'était d'étudier son environnement. Puisque sa chambre était attenante à la sienne, elle décida d'aller y faire un tour. Il n'y verrait probablement aucun inconvénient puisqu'elle y avait déjà séjourné, et pas plus tard que la veille. La pièce était très grande et lumineuse. La couleur des murs était pâle et les immenses fenêtres laissaient entrer le soleil. De grandes toiles pouvaient être tirées au besoin. La chambre était meublée très simplement. Un grand lit était appuyé sur le mur du fond, entre deux tables de chevets et, au-dessus, une toile représentant un paysage à couper le souffle y était accrochée. Elle évoquait une chaîne de montagne avec, en bas, un lac d'eau turquoise. Morad avait-il lui-même pris cette photo ?

Un fauteuil berçant avait été installé dans le coin de la pièce, près d'une porte. Cléophée s'y dirigea, croyant que c'était la salle de bain.

Eh non ! C'était un bureau mais, au lieu d'être ordonné comme le reste de la maison, on aurait cru qu'un ouragan y était passé, qui portait indubitablement le nom de Morad. C'était sans nul doute la pièce de la maison dont on avait la plus belle vue d'Atlansìa. Le mur derrière de bureau était entièrement vitré. Au loin, on pouvait apercevoir la cité, avec ses hauts bâtiments blancs qui étincelaient au soleil. De nombreux papiers jonchaient le bureau et, en jetant un coup d'œil, Cléophée se rendit compte que c'était des plans d'édifices. Elle n'aurait jamais cru que Morad avait des talents d'architecte. Elle admira quelques-unes de ses œuvres. Il fallait être un artiste doté d'une imagination débordante pour créer ce genre de choses. Elle déplaça quelques papiers et, après avoir fait le tour, s'éloigna du bureau. Elle s'apprêtait à partir lorsque quelque chose retint son attention. C'était un dessin, mais pas le même genre que tous les autres. Il représentait une femme d'une beauté ahurissante. Elle avait de longs cheveux noirs et brillants, une peau basanée et de grands yeux sombres entourés de cils épais. C'était sans aucun doute l'Amérindienne dans ses rêves, Donoma.

Cléophée découvrit alors des dizaines d'autres esquisses de l'ancienne compagne de Morad.

- Pour quelqu'un qui disait l'avoir oubliée..., marmonna-t-elle.

En cet instant, elle aurait bien brûlé cet horrible papier qu'elle avait sous la main.

À peine eut-elle cette pensée que le papier s'enflamma. Jamais elle n'avait vu de feu pareil auparavant et elle ignorait la douleur que provoquait une flamme. Ce n'est que lorsque celle-ci atteint son doigt qu'elle poussa un cri en laissant tomber le dessin sur le bureau. Les flammes atteignirent les autres documents et se propagèrent à une vitesse fulgurante. Cléophée resta figée sur place, dos à la fenêtre et seule la porte qui s'ouvrait d'un coup de vent la fit réagir. Elle hurla à nouveau alors que Morad entrait en jurant. Il se saisit d'un extincteur sur le mur et aspergea le bureau. Les flammes diminuèrent peu à peu et s'éteignirent complètement. Ce ne fut qu'au moment où Morad se tourna vers elle que Cléophée aperçut ce qui pouvait faire peur à ses ennemis. Ses yeux émeraude étincelaient de colère, le rendant à la fois beau et terrifiant.

La Saga des Syrès : Dévastation ( tome 3) (TERMINÉ)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant