Chapitre 13 | Microchirurgie

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Je suis revenu plus énervé qu'autre chose mais au moins, j'avais deux mille euros en poche. Le lendemain, quand Tyson et Cerdan ont fait leur apparition, encore un peu après le service, j'ai fait le fier.

- Salut les gars, vous venez chercher la thune ?

- T'as tout compris, a dit le noir

- Je vous paye un verre ?

- Ah là, t'as rien compris, a repris le blanc.

- Pardon ?

- Vu ce que tu dois à monsieur Franco, on peut boire à l'œil jusqu'à Noël. Tu nous payes pas de verre, on se sert si on veut, tu vois la différence ?

J'ai rigolé. Un peu trop fort.

- Vous prenez quoi ?

- Sept cent cinquante euros pour ma pomme, a commencé le noir.

- Sept cent cinquante euros pour ma gueule, a fini le blanc.

J'ai fait passer l'argent dans une enveloppe que le noir a mis dans sa poche sans compter.

- Vous ne recomptez pas ?

Le noir m'a demandé :

- Tu connais monsieur Franco ?

Qu'est-ce que c'était que cette question à la con ?

- Oui.

- Alors tu sais ce qu'il fait à ceux qui cherchent à l'entuber ?

Le quartier grouillait d'anecdotes sur monsieur Franco et les punitions qu'il infligeait : du cocard au meurtre en passant par les tortures les plus diverses.

- Oui.

- Donc, on n'a pas besoin de recompter.

Le blanc s'est approché de moi.

- Tu travailles avec quoi toi ?

- Comment ça ?

- Je te demande de quoi t'as besoin pour bosser ? Tes mains, tes jambes, quoi d'autre ?

J'ai senti mon cul se serrer, la sueur me perler dans le dos, sans pour autant comprendre de quoi il parlait.

- Oui, mes jambes, mes mains. Mes bras, enfin, tout quoi.

- Rien d'autre ?

- J'ai besoin du resto et de mes employés aussi.

- Bien. Monsieur Franco nous a dit de ne pas abîmer ton outil de travail, de pas t'empêcher de bosser.

Il m'a alors passé une main derrière la tête et a appuyé très fort et très vite jusqu'à ce que mon visage s'écrase sur le comptoir. Juste une fois. J'ai senti mon nez craquer, le sang jaillir, froid ou chaud, aucune idée, mais ça pissait. Je n'avais pas encore relevé la tête que le noir précisait :

- Mais t'es pas assez beau pour travailler avec ta gueule, donc ça t'empêchera pas de faire ton chiffre.

Dès que Tyson et Cerdan sont partis, Seb s'est approché pendant que Franck répétait "oh putain ça craint, ça craint. Ça craint, je vous le dis". J'avais le nez en compote et Franck jouait les médiums.

- Bien sûr que ça craint, connard !

- Calme-toi, je t'emmène aux urgences, a dit Seb pendant que Franck gueulait parce que je l'avais insulté. Connard.

- Je veux bien, ouais.

Les urgences de Saint-Louis étaient toutes proches, dix minutes plus tard, on poireautait avec Franck qui continuait sa crise de nerfs et alignait les « ça craint, ça craint vraiment ». Seb habituellement moins vaillant, faisait pourtant meilleur figure :

Une tarte dans la gueuleLisez cette histoire GRATUITEMENT !