Chapitre 14 | Droit dans le mur

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Le lundi, j'étais presque reposé. Pas en super forme, mais j'y voyais un tout petit peu plus clair. Mes problèmes étaient financiers. Il me manquait de la thune et je pouvais en trouver en faisant le ménage dans les kroums. J'avais laissé trop de potes boire et manger à l'œil ou faire des notes. En totalisant tout ce qu'on me devait, j'arrivais à près de trois mille cinq cent euros. Exactement ce qui me manquait pour respirer un peu. Je demandais à La Cloche de me payer les huit cent euros qu'il avait picolé à crédit. Idem pour tous les autres. Résultat, à part La Cloche, la plupart des habitués qui me devaient de l'argent n'ont plus remis les pieds dans le bar. Et comme ils payaient quand même de temps en temps, qu'ils amenaient du monde, le chiffre d'affaire a encore baissé. Les mille euros que j'avais récupérés d'un côté, je les avais perdus de l'autre. Et la comptable, oiseau de malheur, a rappelé à la fin du mois d'août.


- Vous comptez faire comment pour les salaires ?

- Attendez, c'est quoi le problème maintenant ?

- Maintenant ? Mais, c'est toujours le même. Il n'y a pas assez d'argent qui rentre et vous en mettez trop dans votre poche.

- Je n'ai quasiment rien pris ce mois-ci !

- Oui mais vous avez fait beaucoup moins de chiffre d'affaires que les autres mois, donc le résultat est le même.


Merde, merde, merde ! Quoi que je fasse, rien ne réussissait. J'avais la poisse. Et hors de question de faire poireauter Franco. J'avais gagné deux mois de remboursement mais si je devais déjà prendre dessus pour payer les salaires, je ne m'en sortirais pas. Ma comptable ne m'aidait pas, elle m'embrouillait. J'aurais bien voulu que Gerbaulet m'éclaire un peu. Je regardais l'heure : je pouvais le choper rue Claude Vellefaux entre la bière et le ricard. Pas sûr de l'accueil qu'il me réserverait.


- Ah regardez-moi qui vient là ? C'est le nouvel homme fort de Paris. Le nabab de la restauration revisitée.

- Bonjour monsieur Gerbaulet.

- Il me « bonjour », il me donne du « monsieur », il a besoin de moi.

- Vous allez bien ?

- Oh, il s'enquiert de mon état, il est en grand désespoir. Tu as besoin d'argent pour refaire ta façade nasale peut-être ?

- Allez, soyez pas vache.

- Il baisse la tête en signe de bonne volonté, d'allégeance presque. L'enfant est au bord du gouffre. Il ne sera pas dit qu'un Gerbaulet abandonna une brebis, même galeuse. Tavernier, deux bières.


Nous avons trinqué. Gerbaulet a insisté pour que ce soit à la santé de mon bistrot. Je lui exposais mes problèmes, ma situation aussi clairement que possible.


- Hola, hola, calme-toi mon garçon, je ne comprends rien. Tu as le débit d'un bègue sous amphétamine. Reprends calmement s'il te plait. Et commence par m'expliquer comment t'as choppé ce nouveau pif ?

- Franco

- Ah.

- Oui, je dois beaucoup d'argent et...

- Oui, j'avais saisi cette partie-là. A qui précisément ?

- A tout le monde. Franco donc, l'état, mes employés, quelques fournisseurs.

- Ah, oui, ça fait beaucoup. Tu dois combien exactement ?


Je lui exposais les montants que j'avais en tête. Il a secoué la tête en recommandant deux autres bières.

Une tarte dans la gueuleLisez cette histoire GRATUITEMENT !